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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 18:31

Hors des sentiers battus

 

C’est un doux automne que celui qui se passe en ce moment au Théâtre de l’Épée-de-Bois. En effet, c’est dans ce chaleureux théâtre que se tient en ce moment le festival Un automne à tisser. Mais s’il est facile d’y nouer des liens (paraît-il), il y en a d’autres qui sont plus difficiles à défaire. Ainsi, de routines en dépendances, il n’y a qu’un pas, celui qui nous emmène sur un chemin personnel, une route pas commune. Quelques enjambées sur un « sentier de dépendance » qui nous garderont tout à fait éveillés, le temps d’une soirée.

 

Je dois avouer que j’étais inquiète à l’idée d’un spectacle joué par une seule comédienne et dans lequel on nous laisse entrevoir un croisement entre la parole, la musique et la danse. Peur de m’ennuyer sans doute. Peur également d’assister à un mélange flou de formes artistiques soutenant un propos qui, à première vue, a été traité maintes et maintes fois et qui n’est, en outre, pas forcément des plus consistants.

 

En effet, ce n’est pas toujours très passionnant d’écouter pendant une heure une inconnue parler de la personne dont elle se sépare, sauf si… Sauf si elle arrive par miracle à nous captiver. Et, ici, curieusement, cela nous intéresse ! Oui, étrangement, car même lorsqu’il s’agit de votre meilleure amie qui s’épanche au café pendant des heures sur les habitudes et les détails de tout ce qu’elle supporte ou non chez son « ex », cela peut sembler difficile par moments de rester attentif, en bon(ne) ami(e) que nous sommes ! Mais dans Sentier de dépendance, rien de tout cela. Déjà parce que la bonne copine, qui est souvent là pour écouter les confidences, est absente ! Ici, il n’y a qu’un miroir pour donner la réplique à la comédienne. Miroir, mon beau miroir, écoute-moi, s’il te plaît ! Sans trop en abuser, la comédienne s’en réfère d’ailleurs quelquefois à son reflet. Mais, très vite, c’est nous que nous voyons en toile de fond de ce reflet… Nous qui sommes venus regarder un spectacle, nous devenons ainsi partie prenante de cette histoire. Si bien que c’est à nous qu’elle les confie, ses tirades sur son « ex ».

 

Mais, loin de paraître romantico-dépressive, c’est avec une tout autre humeur que ce petit bout de femme nous dévoile un détail par-ci par-là, esquisse un pas de danse ou une chansonnette un rien mutins, avec lesquels nous chercherons toute la soirée à reconstituer le puzzle de sa vie sentimentale. Amusante énigme, l’histoire amoureuse de cette femme va au-delà de l’anecdote. Car, finalement, nous n’en saurons pas tant que cela. Tout ce que nous découvrirons restera de l’ordre d’impressions brossées avec une palette de nuances subtilement dosées, non seulement par la plume délicieusement cynique et incisive de Marie de Beaumont, mais, aussi, par le jeu étonnant et tonifiant de Marie Delmarès. Tel un vilain petit canard non « palmé », celle-ci déambule vêtue d’un tutu noir avec pour seule excentricité des gants mauves. De très jolis et simples gants qui nous apparaissent alors comme une discrète touche personnelle. Détail intime, très certainement, à l’image du vécu qui semble avoir nourri et l’écriture et l’interprétation des mots de Marie de Beaumont. Des mots choisis avec attention, qui nous surprennent autant qu’ils nous émeuvent, tout cela sur un fond sonore composé dans l’instant.

 

Le but n’est pas d’être original. Pourtant, ça l’est. Le but n’est pas de surprendre. Néanmoins, ça surprend. Le but n’est franchement pas d’être drôle, et l’on rit volontiers. Cela pourrait paraître convenu, et cela ne l’est pas vraiment. Et même si l’exercice semble un tantinet narcissique, ce « sentier de dépendance » n’en reste pas moins une curiosité artistique qui maintient notre attention. Pas d’artifice, pas de surjeu, pas d’excentricité gratuite. Mais plutôt une sincérité, un humour aigre-doux, une énergie pétillante, un ton léger, une touche d’excentricité et un esthétisme raffiné qui n’auront de cesse de nous séduire. Il est si doux d’y succomber. 

 

Angèle Lemort

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Sentier de dépendance, de Marie de Beaumont

Compagnie Théôrêma • 2, rue Grande • 77670 Saint-Mammès

06 72 82 55 92

m.de-beaumont@voila.fr

http://theorema.free.fr/

Texte et mise en scène : Marie de Beaumont

Avec : Marie Delmarès

Musique : Johann Grandin

Chorégraphie : Pascal Croce

Lumière : Johann Ascendi

Régie : Olivier Schneider

Photo : Pascal Bussière

Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 48 08 39 74

Du 29 septembre au 4 octobre 2009 à 20 h 30, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée : 1 heure

13 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Antonio Labati 07/10/2009 10:31


Le théâtre a besoin de (bons) critiques.
A quoi ça ressemble un bon critique ? Est-ce que c'est le type qui va encenser mes spectacles et détruire ceux des autres (soyons directs dès le début !)?
Est-ce qu'il s'agit d'un comédien refoulé et frustré qui se venge ? Est-ce que...
Et si c'était mon voisin...celui qui ne me dit pas bonjour et qui crache dans l'escalier. A moins que ce ne soit la jolie trentenaire qui me sourit chaque dimanche matin lorsque je fais exprès
d'aller chercher mon courrier pour la croiser (je remonte, elle descend : ce qui me donne plus de temps pour la voir) quand elle part " faire son jogging". Du coup, mon courrier dans la main droite
et ma serpillière dans la main gauche (j'ai nettoyé pour ne pas qu'elle marche sur le crachat du vieux malpoli), je remonte amoureux sans me douter qu'elle va écrire son papier assassin !
Il n'y a pas de type de critique.
Un bon critique est celui qui va mêler sa propre histoire (c'est inévitable !!!), ses sens et sa vie à l'histoire qui se déroule devant lui. Disponible, il participe au spectacle ; il en est une
des composante essentielle.
Mais ses commentaires n'ont d'intérêt que s'ils apportent une sorte d'autorité (même pas peur d'écrire ce mot !).
Ses commentaires n'ont aucun intérêt s'ils se réduisent à un simple étalage de généralités et de banalités non soutenues ni argumentées, non vivantes.
Le comédien et le metteur en scène ont une responsabilité énorme.
Le critique aussi !!!
Demain, je me mets au "jogging"...


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