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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un farfadet rétro, mais dynamique
et sans nostalgie
C’est le nouveau phare de la « soul music » britannique. James Hunter nous entraîne dans l’univers sonore des années soixante, sans aucune nostalgie, avec des titres originaux et un groupe de musiciens très affûtés. Attention, ça balance !
Strict costume gris bleuté, chemise bordeaux au col largement échancré, cheveux plutôt courts et sagement tirés vers l’arrière, fossettes de farceur et regard vif, James Hunter a
tout du bon voisin sympathique qu’on a plaisir à convier pour une soirée sans façons parce qu’il y mettra de l’animation. Presque quinquagénaire (il est né en 1962), l’homme fait preuve d’une
étonnante vitalité sur scène, véritable ludion se déplaçant d’un point à l’autre en ayant l’air de glisser sans effort. Très volubile entre les morceaux, il plaisante volontiers si j’en crois
quelques rires qui fusent dans la salle, mais son anglais est si rapide que je n’en saisis à peu près rien sinon deux ou trois titres.
Dès le premier morceau de style rythm and blues (R&B), le ton est donné. La section rythmique (contrebasse et batterie à l’ancienne avec surtout des caisses claires, une grosse caisse et des cymbales) joue solide et carré, ferme et discret tout à la fois. L’orgue Hammond assure le fond sonore. Les saxophones (ténor et baryton) accompagnent la mélodie et interprètent, en solo et en duo, les parties purement instrumentales qui coupent toute bonne chanson en ces années-là. Hunter, lui, s’accompagne à la guitare, plutôt sobrement. De sa voix de ténor, chaude et claire, il interprète un grand nombre des titres de ses deux derniers albums, dont les titres éponymes : People Gonna Talk (2006) et The Hard Way (2008). Pour se croire dans les années soixante, il ne manque même pas les onomatopées récurrentes. Chez James Hunter, nos yé-yé sont devenus des sortes de « a-i-ou », qu’il articule drôlement en tordant la bouche. Les ombres d’Otis Redding, de Fats Domino, de Ray Charles même, passent sur ce concert. Jacqueline rappelle certains accents de Maybellene par Chuck Berry. Mais, à chaque fois, il s’agit d’instants fugaces comme la réminiscence d’une fragrance oubliée. Dans ses habits rétro, la musique de James Hunter est effectivement originale : nulle trace ici de passéisme ou d’imitation.
Hunter semble s’amuser beaucoup avec ses musiciens, avec qui il forme un ensemble très solide. J’accorderai une place spéciale aux deux saxophonistes, Damian Hand (ténor) et Lee Badau (baryton). L’un et l’autre prennent de vrais solos et n’hésitent pas à improviser longuement, changeant ainsi complètement la nature des « intermèdes musicaux ». Leur grand art éclatera lors du premier rappel, purement instrumental. On n’est pas très loin de l’univers du jazz, surtout chez Damian Hand qui, parfois, sonne un peu comme Manu Dibango. Tous deux exécutent un duo éblouissant dans Corinna. Au clavier, le pince-sans-rire Kyle Koehler se lance parfois dans d’étourdissantes variations pouvant aller jusqu’au délire « psychédélique ». Ce n’est pas le moindre mérite de James Hunter que de savoir laisser cette liberté à ses musiciens et de mettre en valeur leurs performances. Lors du second rappel, James Hunter se laisse complètement aller, plus décontracté que jamais. C’est là qu’il donne le meilleur à la guitare, n’hésitant pas à s’en servir comme d’une percussion, avant de se lancer, sur un clin d’œil à son batteur, dans un étourdissant Kasatchok ! La musique de James Hunter est une musique de divertissement, mais de haute volée. Hunter est un artiste qui, sous des dehors de dilettante, est un grand professionnel. Il n’est pas étonnant que le public ait adoré cette soirée placée sous le signe du souvenir, de l’humour, de l’émotion, mais surtout du rythme. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
James Hunter en concert
Avec : James Hunter (guitare et voix), Kyle Koehler (orgue Hammond), Damain Hand (saxophone ténor), Lee Badau (saxophone baryton), Jason Wilson (contrebasse) et Jonathan Lee (batterie)
Photo: X D.R.
Théâtre national de Bretagne • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes
Billetterie : 02 99 31 12 31
Le 29 septembre 2009 (salle Vilar)
23 € | 12 € | 10 € | 8 €
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