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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:35

Viviane De Muynk,
une femme hors du commun


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


Depuis son arrivée à Sète, Yvon Tranchant a habitué son public à des ouvertures de saison mémorables. Il s’est battu depuis 2004 pour pouvoir programmer « la Chambre d’Isabella », de Jan Lauwers. Ce spectacle vole de succès en succès depuis sa création. On n’est pas près d’oublier ce grand moment de bonheur, annoncé comme l’évènement de l’année au Théâtre Molière. Cette comédie musicale tragi-comique, surréaliste, devenue premier volet d’une trilogie, créée au Festival d’Avignon cet été, vous emporte dans un tourbillon explosif. Viviane De Muynck, une comédienne hors du commun mène la danse.

Isabella s’avance, elle se présente. Vieille et aveugle. Autour d’elle, ses partenaires, avec lesquels elle va revivre sa vie : Arthur et Anna, les parents adoptifs, ses amants. Mais aussi les représentants de son cerveau droit, de son cerveau gauche et de sa zone érogène, et surtout, le prince du désert, son père. C’est de lui qu’Isabella a hérité les objets hétéroclites qui envahissent sa chambre. Des antiquités égyptiennes ou africaines aussi étranges qu’une fiole ayant recueilli les larmes d’Antoine à la mort de Cléopâtre ou le pénis pétrifié d’une baleine. Un invraisemblable cabinet de curiosités. Le spectateur, dès cet instant, se laisse embarquer dans ce voyage à la recherche du temps passé, du temps perdu, du temps rêvé à travers le vingtième siècle.

Le temps passé, l’enfance envolée avec la mort d’Anna, qui donne lieu à une des plus belles scènes du spectacle. La morte soulevée dans les airs, portée en triomphe pour un tour de piste, continue à chanter, tandis qu’Arthur s’adonne à l’alcool, jusqu’au suicide. Le temps rêvé, à la recherche de cette Afrique qu’Isabella ne foulera que pour secourir son dernier amour, Franck, son petit-fils. Le temps, qui lui a enlevé ses proches les uns après les autres. Cette femme extraordinaire, qui a tout de même collectionné soixante-quatorze amants, ne pleure personne. Il lui reste un amour pour la vie plus fort que la mort et son prince du désert, Félix, qui veut dire « bonheur ».

© Eveline Vanassche

Jan Lauwers a créé cette œuvre peu après la mort de son père, Félix Lauwers, médecin et anthropologue amateur. Isabella n’est autre que son double. C’est à une biographie romancée entre imaginaire et réel que nous assistons. L’artiste, cinéaste, écrivain, plasticien d’origine, a conçu un spectacle total : théâtre, danse, chant, vidéo, ponctué de références aux arts d’hier et d’aujourd’hui. Ainsi, le nom d’Isabella, Morandi, fait écho au peintre italien spécialisé dans les natures mortes. De même, Breton, Picasso, Joyce, sont souvent cités. Et que dire d’Hans Petter Dall, qui a composé les musiques et joue le rôle d’Alexander, vrai clone de David Bowie ? Jan Lauwers ne nie pas non plus avoir pensé à García Márques en écrivant son spectacle. La folle exubérance épique de Cent ans de solitude vient en effet parfois à l’esprit devant cette délirante représentation. Diabolique, l’auteur passe de l’anglais au français et au flamand sans parvenir à perdre le spectateur. Un peu grâce au narrateur, le comédien qui joue également la zone érogène (excellent Misha Downey).

Mais toute la distribution éblouissante contribue à réjouir les spectateurs. En tête, Viviane De Muynck, une femme hors du commun. Énergique, drôle, émouvante, sublime dans ce personnage délirant qui se permet toutes les outrances, y compris dépuceler son petit-fils. Il faut citer aussi Benoît Gog, Anneke Bonnema, les danseurs Yumiko Funayaa, Tijen Lawton, Tijen Lawton, les musiciens Hans Petter Dahl et Maarten Seeghers. Et lorsqu’en fin de représentation tous les artistes reprennent We Just Go on, le thème du début, le public est transporté. Dans les rangs du public, certains se mettent à fredonner, réalisant le rêve de Jan Lauwers : « Je veux que le rituel du théâtre devienne quelque chose où les gens se réunissent pour chanter ». C’est totalement enthousiasmant. Poursuivez la Chambre d’Isabella à Sarajevo, à Moscou, à Madrid… Et si vous vivez en Languedoc, retrouvez cette fabuleuse équipe en juin 2010 dans la Maison des cerfs à Sérigan. 

Marie‑Christine Harant


La Chambre d’Isabella, de Jan Lauwers

Needcompany • 35, quai au Foin • B-1000 Bruxelles

32 2 218 40 75 | télécopie : 32 2 218 23 17

www.needcompany.org

Mise en scène : Jan Lauwers

Avec : Viviane De Muynck, Anneke Bonnema, Benoît Gob, Hans Petter Dahl, Maarten Seghers, Julien Faure, Yumiko Funaya, Tijen Lawton, Misha Downey

Musique : Hans Petter Dahl, Maarten Seghers

Scénographie : Jan Lauwers

Création costumes : Lemm & Barkey

Création lumière : Jan Lauwers et Ken Hioco

Concept son : Dré Schneider

Théâtre Molière • avenue Victor-Hugo • 34200 Sète

Réservations : 04 67 74 66 97

Les 1er et 2 octobre 2009 à 20 h 30

Durée : 2 heures 

19 € | 16 € | 15 € | 13 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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