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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 13:16

Luciole brûle les planches


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le premier album de Luciole, « Ombres », m’avait intéressé. Son spectacle m’a conquis. Une voix superbe, des musiciens complices, une mise en scène au cordeau servent des textes pleins d’humour, de tendresse, d’une fraîche poésie. Le public apprécie.

À l’avant-scène, une guirlande, qui festonne un pied de micro, scintille doucement dans l’obscurité. Une lueur blanche apparaît en fond de scène. Luciole, fragile dans sa robe immaculée et pieds nus, s’avance. Sa voix s’élève, claire et chaude, pour un superbe texte d’accueil du public, mi-parlé mi-chanté comme souvent chez Luciole, dont la parole devient naturellement chant. Le ton est donné, l’attention du public, captée.

Pendant plus d’une heure, les titres de l’album s’enchaînent sans aucune monotonie. Luciole interpelle son public, elle le trouve bien sage. Mais c’est tout simplement qu’il est attentif à son univers, qu’il la suit, comme elle l’y a convié, dans l’histoire qu’elle raconte, qu’il écoute les mots qu’elle a tissés dans ses textes bien troussés. Lorsqu’il s’agira d’accompagner un rythme ou de chanter en chœur, elle sentira d’ailleurs sa présence chaude et vivante.

L’univers de Luciole, c’est celui d’une jeune femme (elle a vingt-trois ans seulement) qui, dans Grain de sable, un texte métaphorique, ou dans Je suis s’interroge sur le sens de sa vie et de son art. C’est celui des histoires d’amour : Une rencontre qu’on savoure dans la joie de l’instant, une belle histoire qui s’estompe sans drame (J’t’oublierai), une rupture qui fait mal (Est-ce que j’ai rêvé ?), la distance qu’on sait, qu’on voudrait prendre avec la souffrance (J’ai le coeur en miettes, Rien de grave, Elles nourriront les oiseaux), la revendication tranquille du plaisir partagé (Encore et encore) et les images encore vives et pleines de sensualité d’un amour qui finit (Viens sourire sur ma bouche).

Luciole a pratiqué le slam et y a même brillé en remportant deux trophées nationaux, en individuel et par équipes. Son écriture en porte la trace. Elle aime les allitérations, les assonances et le choc des mots, jusqu’à un certain arbitraire comme dans Perpendiculaire, un écho à Horizontalement de Ferrat ou une rencontre fortuite ? Elle pratique le plus souvent le vers libre, et sa langue est celle de tous les jours, ne reculant pas devant l’argot (« empafé » ou « planté ») ou le vocabulaire familier (« pogne ») sans jamais verser dans la vulgarité.

Sa formation musicale (piano, chant, comédie musicale) lui permet d’être à l’aise dans tous les genres. Sur Elle ne pense qu’à ça, en scat, on ne peut s’empêcher de marquer le rythme. J’ai le cœur en miettes, interprété a cappella, fait passer un grand frisson d’émotion dans la salle. Une reprise théâtralisée et très originale de la Chanson de Prévert de Gainsbourg suscite des applaudissements nourris. Une version de Je suis, style rockabilly ou façon Chuck Berry et Jerry Lee Lewis, aurait fini de dérider, de débrider les derniers spectateurs encore dans l’expectative, s’il en avait été besoin.

Le spectacle, alors que la tournée vient à peine de commencer, se distingue par une mise en scène soignée et précise, servie par des lumières bien choisies et un son léché, millimétré. Luciole utilise avec bonheur des objets banals : une feuille de papier machine plaquée sur sa robe devient un instrument de percussion ; une autre, que l’on froisse, suggère le crépitement d’un feu de bivouac ou de cheminée ; un journal que l’on ouvre et referme d’un geste sec marque le tempo ; un petit moulin à musique, rescapé d’un autre âge, semble mâcher quelques notes en prélude aux Feuilles mortes, etc. Ainsi joint-elle la poésie des choses à celle des mots du quotidien.

Il serait injuste de conclure sans citer les musiciens. Benoît Guivarch, à la guitare et au clavier, Antoine Arroyo, à la basse et aux percussions, sont de vrais accompagnateurs, attentifs et discrets mais bien présents, qui jouent aussi les chœurs. Ils soutiennent Luciole et la portent. Leur jeu, subtil et rigoureux, contribue aux couleurs de ce concert. Le groupe travaille dans une telle harmonie que le mot de trio vient à l’esprit pour les qualifier. Fougue et rigueur, fraîcheur, musicalité, sens des mots, du rythme et de la scène, après ce concert, on peut affirmer sans crainte que « Luciole s’envole ». Jusqu’où n’ira-t-elle pas ? 

Jean-François Picaut


Ombres, de Luciole

www.myspace.com/luciole1

www.luciolesenvole.com

Avec : Luciole (voix), Benoît Guivarch (guitare-clavier), Antoine Arroyo (basse-percussions), Roland Auffret (ingénieur du son)

Photo : Jean-François Picaut

Contact tournée : Cécile Moreau (Uni-T) | 01 53 09 30 10 | Cecile@unit-production.com

Centre culturel • rue Pierre-de-Coubertin • 35340 Liffré

02 99 68 31 45

Prochaines dates :

– 1er octobre 2009 au Festival de Marne à Fresnes à 20 heures

– 11 octobre 2009 au Nancy Jazz Pulsation Festival à Nancy à 20 heures

– 16 octobre 2009 au centre culturel Robert-Margerit à Isle à 20 h 30

– 19 octobre 2009, présentation de saison à Cébazat (Auvergne) à 20 heures

– 23 octobre 2009 Festival Octobre 2009 à Lescar (Aquitaine) à 20 h 30

– 31 octobre 2009 Les Fadarelles à Langogne (Languedoc-Roussillon) à 20 heures

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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