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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 18:05

Les « hussards de la Culture » vilipendés

 

Nichée dans les entrailles du Théâtre national de Chaillot, l’immense salle Jean-Vilar a connu, lundi 21 septembre 2009, une rentrée culturelle un peu particulière. Grâce à l’accord bienveillant de la direction des lieux, y était organisée une assemblée générale convoquée par diverses organisations du spectacle vivant. Destinée à (re)mobiliser les troupes, cette réunion se situait dans le prolongement de l’assemblée générale « d’information et de mobilisation » organisée le 17 juillet 2009 à Avignon en plein Festival éponyme.

 

Cette récente réunion de Chaillot a permis, comme annoncé, de faire le point et de dresser divers constats partagés sur la situation du spectacle vivant français face à un contexte et un avenir politico-culturels chaque jour plus incertains. Concernant l’affluence, les foules ne se sont pas déplacées à la hauteur de ce à quoi d’aucuns auraient pu s’attendre : seuls les dix premiers rangs de la salle Jean-Vilar étaient occupés. L’essentiel des personnes présentes était issues du théâtre. Bien qu’étant gérés par le même ministère, le livre, le cinéma, la télévision, la radio ou la danse étaient notoirement et curieusement absents. Les annonces relatives à cette manifestation ayant été effectuées très tardivement, cela ne semble pas avoir favorisé une mobilisation maximale par le biais des différents réseaux culturels.

 

Dans la gestion du micro et la distribution des prises de parole, pratiquement aucune personne qui aurait été inconnue de l’assemblée présente. Mis à part, peut-être, ce jeune danseur situé à l’arrière des rangs, levant la main à plusieurs reprises et dont l’insistance a fini par lui faire décrocher le sésame oratoire. Hasard ? Il semble que non, la plupart des intervenant(e)s se tutoyant aisément et se répondant les un(e)s aux autres par leur prénom respectif. En somme, c’était une réunion composée à la quasi-unanimité de certains professionnels avertis, ce qui n’a d’ailleurs pas manqué d’être relevé et regretté. Notamment par le jeune danseur en question : « Il y a trop peu de personnes qui sont au courant de la situation, à part sans doute notre entourage. Il y a un besoin urgent de sensibiliser le public à ce qui se passe ! ». Et de proposer que des actions puissent être organisées juste avant des représentations, afin d’éclairer les spectateurs et spectatrices sur les enjeux du spectacle vivant.

 

 

Quid du contenu des autres interventions entendues ? Sur un ton souvent vif, elles se sont succédé, émanant tantôt de responsables politiques, tantôt de représentants de diverses organisations syndicales, tantôt de quelques individualités du champ artistique très au fait de la situation, des « dangers institutionnels » sur lesquels chacun et chacune a tenu à alerter.

 

Créé ex-nihilo par le président de la République, placé sous son autorité directe et décrié dès son lancement, le Conseil de la création artistique (1) – ayant à sa tête le cinéaste Marin Karmitz (2) – a de nouveau été critiqué de façon virulente. Il a notamment été assimilé à une « officine présidentielle », un « comité Théodule » qui « vassalise les services de la Culture sans que les conseillers du ministre soient consultés ». Quant aux membres de cette instance, ils en ont eux aussi pris pour leur grade, qualifiés dans leur globalité de « casseurs du ministère » ou de « hussards de la Culture qui prétendent faire mieux pour pas cher ». Codirectrice du Théâtre national de Chaillot et présente au tout début de la séance, la chorégraphe Dominique Hervieu, élégamment vêtue, s’est rapidement éclipsée. Le fait qu’elle soit membre de cette instance n’y est, semble-t-il, pas étranger…

 

L’avenir des collectivités territoriales et leur place, jusqu’à présent prépondérante, dans le paysage culturel français ont été abordés en des termes sombres. La perspective imminente d’une suppression de la taxe professionnelle (TP) a été rejetée : « Avec cette réforme, on va encore  diminuer les capacités des collectivités territoriales à rendre des services au public et la culture en fait partie ! ».

 

Au-delà de ces critiques, inquiétudes et constats tous plus dramatiques les uns que les autres, une volonté de rassemblement, d’unité et de mobilisations communes à venir s’est exprimée : « Seule une mise en œuvre collective peut nous permettre d’avancer ! », a-t-on entendu. Auquel a pu répondre ce vibrant : « Il faut se bouger ! Il faut vraiment que toute la profession se mobilise ! ». Parmi les idées émises, celle d’utiliser la date de la mort d’André Malraux afin de faire, en un maximum de lieux culturels, une sorte d’hommage public rendu en l’honneur de la culture et de l’action artistique. Quant aux cérémonies de célébration du cinquantième anniversaire de la création du ministère de la Culture, prévues semble-t-il vers la mi-octobre, elles pourraient être mises à profit pour des actions diversifiées.

 

Dans l’immédiat, une plate-forme revendicative et prospective a été brièvement exposée à la toute fin de la séance, sans que soit clairement exposée la genèse exacte de ce texte ni nommées les organisations signataires ou celles qui auraient refusé. On a ensuite « voté » très rapidement, pour ne pas dire à la hussarde : des personnes n’ont pu, malgré leur demande, s’exprimer sur le contenu du texte soumis au « vote ». À suivre, donc… 

 

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

(1) Composition du Conseil de la création artistique.

(2) Interview de Marin Karmitz dans le Monde du 11 septembre 2009.


Plate-forme revendicative présentée lors de l’assemblée générale de Chaillot du lundi 21 septembre 2009 :

• Élaboration d’une loi d’orientation et de programmation pour les arts et la culture.

• Une nouvelle étape de la décentralisation négociée avec les collectivités territoriales.

• Un plan de relance et de développement du spectacle et de la culture.

• Rétablissement des capacités artistiques des structures.

• Pérennisation et développement des emplois artistiques et techniques.

• Soutien aux outils de production, notamment les compagnies.

• Expertise des propositions alternatives des annexes 8 et 10 de l’assurance-chômage.

• Élargissement des publics et mise en place d’un véritable plan d’éducation artistique.

• Politique d’ouverture européenne et internationale.

• Suppression du Conseil de la création artistique.

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