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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 17:31

Assa-saint

 

« Dandy malfrat » ou « bon larron du xxe siècle » ? Maria Blanco adapte au théâtre les écrits de prison de Jacques Fesh, avec Alain Sportiello dans le rôle-titre.

 

Dans cinq heures, je verrai Jésus ! » Cette phrase n’a rien d’une ritournelle accompagnée à la guitare, lors d’une veillée paroissiale. Ce sont les derniers mots d’un homme de 27 ans, condamné à l’échafaud pour un braquage qui a mal tourné. À Saint-Germain-en-Laye, Jacques Fesh étouffe dans sa famille, dominée par un père tyrannique. Il désire partir au loin, acheter un voilier… mais rate sa vie professionnelle comme son mariage. Il tente un casse dans le quartier de la Bourse, le 25 février 1954, pour réaliser son rêve. Branquignol, ce « dandy malfrat » dérobe deux millions de francs, mais blesse légèrement le changeur qu’il agresse, s’enfuit, tue un policier et finit par être arrêté à peine quelques mètres plus loin à la station Richelieu-Drouot. Écroué le 27 février à la Santé, il est par la suite condamné à mort et guillotiné le 1er octobre 1957. Que va-t-il se passer durant ses trois ans et demi d’incarcération ?

 

Dépassant en prison son conflit avec son père, Fesh peut enfin tenir pleinement son propre rôle paternel, reconnaître son fils naturel et se faire plus proche de sa fille. Fils de bonne famille, il vit en détention un dépouillement et une effroyable solitude. Citadin, il communie avec la nature, par-delà les murs, et fait de sa prison une cellule monastique. Tout cela lui vaudra le surnom de « Petit François d’Assise ».

 

Alain Sportiello, qui comme Fesh a des racines corses, incarne avec beaucoup de justesse le parcours spirituel du condamné. Il s’est inspiré pour ce spectacle des lettres et du journal de Fesh, publiés une première fois en 1972 et réédités en 2007 aux très catholiques éditions Téqui. Cet homme, dont le procès de béatification est en cours, n’est pourtant pas un enfant de chœur et sa conversion en prison n’élude ni angoisses ni doutes. L’interprétation qu’en donne Sportiello est puissante, tantôt inquiétante, tantôt émouvante, avec sobriété, évitant le sentimentalisme ou l’excès de démonstration. Le comédien prend place dans un décor sans artifices, où le travail de la lumière joue un rôle essentiel. Il est accompagné par la voix off d’un narrateur qui évoque le contexte de cette incarcération, sans donner – hélas – de repères chronologiques.

 

C’est la première interprétation vraiment théâtrale de ce texte, après la lecture qu’en avait faite Mikaël Lonsdale (enregistrement chez Jade). Joué à la crypte de Saint-Sulpice en mars et avril 2009, puis au Théâtre de Ménilmontant en septembre, ce spectacle devrait être présenté à la salle Jacques-Tati de Saint-Germain-en-Laye, la ville de Fesh, en octobre 2009. Alors que, adolescent bien trop sage, j’avais lu le témoignage de cette vie rocambolesque, je m’étais imaginé un Jacques Fesh qu’Alain Sportiello ne dément pas. Il lui donne même plus d’épaisseur. Au-delà de toutes les récupérations, cette expérience spirituelle est d’une générosité sans faux-semblants. Méconnue mais vraiment originale. 

 

Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Lumière sur l’échafaud, d’après le journal de prison de Jacques Fesch

www.jacques-fesch.com

Mise en scène : Maria Blanco

Avec : Alain Sportiello

Musique : Laurent Brondel

Photo : © Serge Feuillard

Théâtre de Ménilmontant • salle XL • 15, rue du Retrait • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 98 60

Du 16 au 19 septembre 2009 à 20 heures, et le dimanche 20 septembre à 16 h 30

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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