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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 00:15

La Suède est revenue à l’atelier !

Avec une carte blanche à Joël Grip

 

Ce contrebassiste talentueux dont nous avions déjà dit beaucoup de bien et pressenti une évolution prometteuse s’est acquitté de la tâche avec un rare bonheur… Comme les formations sont très spécifiques, nous abandonnerons délibérément l’ordre chronologique qui n’avait d’intérêt que dans sa progression scénique.

 

La présence de Sofia Jernberg, que nous avions remarquée lors d’une précédente venue à Paris, dans le trio qui a conclu la première soirée, s’est encore affirmée aux côtés de Silvia Tarozzi et Pierre Borel. Ce trio tout en finesse et retenue a exploité tous les registres des timbres et de l’articulation voix-instrument. L’alto de Pierre Borel a exploré sans relâche les aigus, les résonances et les attaques d’anche, tuilant sans cesse avec les effleurements de cordes de Silvia pour se fondre dans les susurrements de Sofia… Une véritable mélodie de timbres, avec quelques saillances inédites, qui nous a ravis pendant deux (courtes) improvisations. Certes, ce ne sont plus là de véritables innovations, mais le courage et la précision de leur mise en forme au cours d’une session improvisée a quand même de quoi surprendre. Ces délicats tuilages de timbres bien sentis et parfaitement exploités touchent de près une écoute quasiment spectrale du son. Borel a trouvé, quant à lui, un système d’attaque et de tenue (de note) particulièrement intéressant, donnant un rendu linéaire, presque sinusoïdal à certains sons. Et la superposition des trois registres a engendré des harmoniques tout à fait étranges…

 

Patricio Villaroel et Benoît Delbecq | © X D.R.

 

Conclusion splendide d’une soirée ouverte par un duo de piano dans sa configuration classique, mais dont le déroulement a été tout autre. Délicatement préparé, avec deux instrumentistes remarquables, le duo d’ouverture mit les choses en place immédiatement et précisément. Leur jeu décrivant d’étonnante manière une approche résolument contemporaine, subitement traversée par quelques traits de groove repartant vers les touchers subtils des cordes préparées pour rencontrer, comme un courant d’air à un carrefour, des riffs de jazz, un tempo de bop !

 

Joël Grip s’est illustré dans un impressionnant solo de basse, exploitant tout ce qu’il est possible d’extraire de son instrument, tantôt charmeur, puis s’acharnant sur la carcasse tel un équarrisseur dément à l’heure de l’apéro ! Pour revenir caresser, comme une excuse, les cordes, qui tour à tour sous ses doigts de magicien sont drisses de haubans ou cheveux de Naïades. Yumi, qui avait semble t-il pris le parti de rester minimale dans sa gestuelle et son énergie, n’a pas jugé utile de s’ouvrir de force une entrée dans ce labyrinthe de sons et de gestes… attendant tranquille que le Minotaure, s’il y vit encore, daigne saluer son économie d’un petit signe, du bout d’une corne indécise… Pierre Borel, le lendemain a fait preuve d’une ténacité et d’une endurance toute particulière. Il a tracé un solo clair, précis et incisif, sur un mode linéaire avec une construction attaque-tenue, timbre-silence imperturbable, malgré les vociférations distantes de quelques énergumènes que l’exposition précédant le concert n’avait pu larguer plus bas (le caniveau est pourtant en pente vers Charonne !).

 

Une mention spéciale pour le duo Sehnaoui-Jernberg…

Le trio de la veille nous avait vraiment plongés dans le ravissement, mais, là, ce duo de femmes a été particulièrement émouvant autant que magistral. Christine, dont le travail original à l’alto a considérablement évolué, a tissé un véritable cocon de microsons pour l’organe délicat de Sofia. Elle a su construire une réelle architecture dans le registre des attaques, des oscillations entretenues, des souffles et des compressions dans une splendide association avec le travail de la voix. Solide quand il a fallu construire, souple quand des trames s’imposaient, avec une inventivité constante. Cela a permis à la chanteuse de se laisser aller à toutes les excursions possibles. Une véritable manducation de la parole ! Laissant le public sous le charme d’un réel envoûtement. Un grand merci à ces deux artistes.

 

Il est revenu au trio Grip, Tarozzi, Walker de conclure ces deux passionnantes soirées. Nous n’avons point été déçus. Saluons d’abord Deborah Walker, une violoncelliste impressionnante, possédant tous les registres de son instrument, capable d’une vivacité et d’une étonnante puissance autant que d’une douceur subtile à la limite du son… faisant sonner ses cordes avec presque autant de sauvagerie que Joël. Silvia, au violon alto, toujours aussi subtile et inventive, a encore extrait de l’instrument des timbres et des frisés dont elle a le secret. Quant à Joël Grip, cet inlassable créateur a exploré-exploité tout ce que cette malheureuse caisse peut contenir d’inouï et d’indicible.

 

Il y a eu deux séquences, la première dans un jeu ouvert avec une disposition triple, chacun bien individualisé contribuant à une séquence rythmique et harmonique bien équilibrée, avec des vélocités et des registres posés et déterminés. Les évolutions en intensité et en timbre toujours propres à chacun et argumentées. La seconde, a été fabuleuse, disons le tout net ! Une mélodie de timbres et de microtonalités, avec quelques saillances subtiles, semblait avoir été composée et répétée. Merveilleux tissage de timbres et d’harmoniques de cordes, au cours duquel Silvia a eu le génie d’apporter quelques souffles, inspirations, puis une voix très fine, comme un murmure des cordes, dont on n’eût osé dire qu’elles eussent appartenu à l’alto ou au larynx de l’exécutante ! Joël, sans broncher d’un pouce, a dilué jusqu’à l’infinitésimal la puissance de la contrebasse avec la fécondité d’un alchimiste. Un final parfaitement abouti, posé, se terminant avec la précision implacable de l’archer lâchant son ultime trait. Il fallait cela pour conclure.

 

Deux soirées intenses, donc, mémorables parce que rares, avec du public, des amis et de l’excellent vin judicieusement épongé par les gaufres suédoises que Joël, ubiquitiste et avec quel talent, a réalisé, cuites par Ève Risser, dont il convient de saluer la présence au « piano » miniature. Heureusement qu’il existe encore un tel lieu dans Paris, où les Zorganisateurs frileux ont leur petite laine humidifiée des crachins automnaux qui va encore se rétrécir sous les effets combinés de la pluie, du froid et des strangulations budgétaires ! Brrrrrrrr ! (C’est pas demain qu’on va se risquer !) 

 

Claude Parle

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Atelier Tampon • 14, rue Jules-Vallès • 75011 Paris

Métro : Charonne

Samedi 12 septembre 2009 :

Duo de pianos : Patricio Villarroel et Benoît Delbecq

Duo : Yumi Fujitani et Joël Grip

Trio : Pierre Borel, alto-Sofia Jernberg, voix-Silvia Tarozzi, violon

Dimanche 13 septembre 2009 :

Solo : Pierre Borel, alto

Duo : Sofia Jernberg, voix-Christine Sehnaoui, alto

Trio : Joël Grip, contrebasse-Silvia Tarozzzi, violon-Deborah Walker, violoncelle

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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