Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 23:24

Comme un chemin
vers la liberté


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


En ce mois de septembre, une nouvelle manifestation fait l’effet d’une bombe au milieu de l’hyperactivité culturelle lyonnaise. Je parle ici de la première édition de Sens interdits, du 17 au 26 septembre 2009, à l’initiative du Théâtre des Célestins et dont la problématique est celle des mémoires, identités et résistances européennes. Ce nouveau festival de théâtre biennal s’apparente à un véritable coup de projecteur sur des créations trop peu présentes dans le panorama hexagonal. Et, parmi cette importante programmation, mon choix se porte sur une création afghane, « Sœurs », véritable bijou de force et de richesse humaine.

Sœurs est né de la rencontre de Fabrice Melquiot, que l’on retrouvera prochainement au théâtre Les Ateliers pour Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie, et de Corinne Jaber, comédienne et metteuse en scène qui travaille depuis plusieurs années en Afghanistan. L’histoire repose sur l’imbrication d’une pièce dans une autre. Je m’explique : Sœurs traite, à la manière d’une comédie, du montage et des répétitions d’une pièce de théâtre écrite par Sarah, jeune femme afghane âgée de 17 ans, et portant sur le thème de l’insurrection.

Le décor de la pièce est dit « nomade ». Il nécessite peu de moyens, peut être utilisé partout et consiste en deux abricotiers couverts de fruits. Le reste se compose principalement de coussins apportés par les comédiennes, une théière ou encore une table basse. Et l’éclairage aux tonalités chaudes suffit à nous transporter dans ce qui devient un jardin afghan. Dans Sœurs, le choix est celui de ne pas traiter de la guerre, de la drogue, des talibans, mais de la vie de sept femmes, mélange évident de tradition et de modernité… Une tradition palpable dans les tenues vestimentaires ou encore dans l’évocation humoristique du rôle classique de la femme : élever ses enfants, entretenir la maison… Mais la pièce dévoile également certaines réalités telles que la violence infligée aux femmes, le port liberticide du tchadri *…

Photo : X | D.R.

Tout au long de la représentation, les sept comédiennes dotées de personnalités fortes irradient de beauté et de fraîcheur. Parmi elles, on retient notamment la jeune et talentueuse Sarah, à l’origine de la pièce, secondée avec beaucoup de zèle par sa sœur Yelda ; Golsum, qui considère son titre d’actrice comme un passe-droit lui permettant de ne pas lire son texte, de ne pas connaître son rôle, de fumer sur le plateau ou encore de téléphoner sur son portable à chaque instant. Il y a également Shamira, la plus ancienne, qui passe son temps à faire des caprices et à manger… et bien d’autres personnalités encore.

On est amusé par ce mélange réussi d’humour à travers divers comiques de situation, de répétition, faisant de Sœurs une véritable comédie, mais également ému par la détermination, le courage, la chaleur et la lucidité de toutes ces femmes. Le texte marque par sa beauté et sa justesse. Le traitement de la pièce, quant à lui, laisse une place importante aux chants et à la danse sur un mode rappelant le cinéma de Bollywood très présent en Afghanistan. L’intégralité de la pièce est jouée en dahri, une variante du perse, ce qui, au-delà des multiples difficultés rencontrées dans le traitement du surtitrage, donne au propos une authenticité plus grande encore. Ainsi, on ressort de Sœurs profondément touché, on est parcouru de frissons d’émotion lors des applaudissements, comme marqué par un moment fort et unique, fait d’engagement et d’une extraordinaire fraternité dépassant toutes les frontières, à la manière d’un chemin vers la liberté. 

Élise Ternat


* Vêtement qui couvre entièrement la tête et le corps, ne laissant au niveau des yeux qu’une étroite meurtrière grillagée permettant de voir sans qu’aucun trait du visage ne soit discernable.


Sœurs, de Fabrice Melquiot

Compagnie A.B.C. Octave

Mise en scène : Corinne Jaber

Avec : Homaira Delawar, Leila Hangam, Farida Raounaq, Soraya Mugan, Brishna Bahar, Wajma Tota Khil, Marina Gukbahari

Collaboration artistique : Pamelia Édouard

Mise en mouvement : Chris Gandois

Traductrice : Faride Raounaq

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

www.lelysee.com

Métro et tram : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

Le 19 septembre 2009 à 18 heures et le 20 septembre 2009 à 16 heures

Durée : 1 h 15

12 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher