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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un réel fort joyeux
L’écriture de Valère Novarina est pétrie d’un humour merveilleux que tissent de longs fils de mélancolie. Portée à la scène par l’accordéoniste Christian Pacoud, accompagné du Gros Chœur et de quatre jeunes chanteuses, elle rayonne de malice, de trilles et de galéjades enfantines. Une mise en musique superbe qui mériterait toutefois de laisser plus de place au silence.
La salle était comble, et je m’étonnais que Novarina attire un public aussi nombreux et, surtout, aussi divers. Le plus jeune spectateur devait avoir à peine quelques mois et le plus âgé… Oh, cela ne se dit pas ! Un public divers mais qui sentait bon la chanson. Car, petit secret, nombre de ceux qui ont participé à ce spectacle se produisent régulièrement dans des lieux comme Le Gobe-Lune ou Le Limonaire, scènes incontournables de la chanson parisienne.
La salle était comble, mais ce ne fut pas la seule surprise que me réservait la création-délire de Christian Pacoud. La deuxième me tomba dessus dans les premières minutes du spectacle : un éclat de rire. Vif, insolent et crâne. Un rire de gosse qui gargouille et rebondit. Je ne suis pas près d’oublier Ni les petits pois non plus ! sur l’air des Temps modernes de Chaplin. Puis, troisième surprise : une crue de larmes, imprévisibles, subites. C’est en cela que, parfois, la musique tient du miracle. Des sons, des voix et des rythmes que l’on accole naît une émotion et même une réaction physique à cette émotion. Il suffit parfois d’un chœur a cappella, de voix qui s’unissent et qui semblent poursuivre une même chimère.
© Brigitte Enguérand
Quatrième surprise : l’énergie de Christian Pacoud qui, d’un bout à l’autre du spectacle, sautille avec une agilité incroyable entre les différents registres de sa chanson. Son accordéon, un des plus jolis que j’ai jamais vus, balance des clins d’œil à tout va. Ses chromes dorés semblent nous raconter le faubourg Saint-Martin des années cinquante, les bouges où l’on guinchait, la montagne Sainte-Geneviève à l’âge d’or des bastringues. Alors, forcément, voyez-vous, je me suis baladée dans le temps, assise dans mon fauteuil, à la simple faveur d’un projecteur de théâtre, amoureux d’un accordéon.
La mise en scène, volontairement absurde et chamboulée, jonglant avec les codes et les rebondissements, met en valeur les quatre voix qui répondent à Pacoud et le Gros Chœur. Si elle frôle parfois le happening surréaliste, c’est un cahot de plus dans cette joyeuse mascarade.
Oui. Seulement voilà : il y a un hic qui fait de ce spectacle, qui pourrait vraiment bouleverser, rien qu’un très chouette moment. Ce défaut court sur toute la durée du spectacle puisqu’il s’agit de la manière avec laquelle Christian Pacoud a construit son ouvrage musical. En effet, il a pris la curieuse décision de composer une chanson d’une heure et demie. J’y vois comme une aporie musicale : une chanson qui dure une heure et demie est une pièce. « Quelle différence cela fait-il ? » me demanderez-vous peut-être. C’est très simple. La pause musicale, le silence sont aussi indispensables à la chanson qu’ils le sont à la pièce. Pour être disponible pleinement, le spectateur à besoin de pauses. Ne serait-ce que pour se remettre à disposition de l’art. Si l’on regarde un tableau, accroché seul sur un mur, point n’est besoin qu’il contienne des espaces de vide en sa surface. Si le mur est recouvert de tableaux mis bout à bout et dont aucun ne comporte vraiment d’espace de pause, comment le spectateur peut-il se laisser aller à une contemplation qui transcende la réalité ? ¶
Lise Facchin
Les Trois Coups
L’Éloge du réel, d’après Valère Novarina
Mise en espace, musique et direction du chœur : Christian Paccoud
Paroles : Valère Novarina
Ce spectacle est constitué de chansons extraites des pièces de Valère Novarina dont Christian Paccoud a été le compositeur : l’Acte inconnu, l’Espace furieux, la Scène, l’Origine rouge, l’Opérette imaginaire et le Repas, publiées chez P.O.L.
Avec : Armelle Dumoulin, Malika Berrichi, Sophie Plattner, Alice Carrel et le Gros Chœur (chœur contemporain à géométrie variable)
Lumières : Olivier Sand
Théâtre du Rond-Point • 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt • 75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21
Du 16 au 26 septembre 2009 à 18 h 30
Durée : 1 h 30
26 € | 24 € | 16 € | 14 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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