Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 16:29

Petit conte loufoque
au Fil à plomb


Par Nicolas Belaubre

Les Trois Coups.com


Pour cette rentrée 2009, je décidai d’aller à la rencontre d’un petit théâtre de quartier : Le Fil à plomb. Je réservai donc ma place pour une pièce de Carole Fréchette intitulée « les Sept Jours de Simon Labrosse », une comédie aigre-douce mettant en scène un chômeur farfelu cherchant désespérément la combine qui lui permettra de reprendre pied. Le moment venu, sans connaître l’adresse exacte, je m’aventurai dans Arnaud-Bernard, un des quartiers les plus festifs, populaires et cosmopolites de Toulouse.

Habitué du coin, j’allai, sûr de trouver facilement ce lieu dont le nom m’inspirait une étrange familiarité. Je fus d’autant plus surpris de découvrir, coiffant une porte cochère à deux pas de mon bar de prédilection, une toute petite enseigne lumineuse. On y lisait, simplement, le mot « théâtre ». Pouvait-on faire plus discret ? Était-il possible que je me sois tenu tant de fois, mon verre à la main, sous la lumière de cette enseigne sans jamais lever les yeux pour la découvrir ? Profitant de l’occasion, j’éclusai rapidement un demi puis me décidai à passer ce porche mystérieux.

Dedans, toute l’équipe est au rendez-vous pour vous accueillir chaleureusement autour d’un verre de thé. Ce sont les comédiens eux-mêmes qui vous invitent à prendre place dans leur petite salle. En attendant les derniers retardataires, les deux personnages sur scène prennent le parti de meubler. On fait les présentations, on s’excuse et on nous promet un début imminent. L’entrée en matière semble un peu chaotique : la régie n’est apparemment pas prête, la lumière n’est pas au goût des comédiens et l’un d’entre eux manque d’ailleurs à l’appel. Les premiers rires jaillissent discrètement. C’est après cette introduction décalée et faussement maladroite que démarre ce pourquoi nous sommes venus : connaître les détails les plus ordinaires de la vie de M. Labrosse. Simon de son prénom.

C’est ainsi que nous entrons dans ce qui prend peu à peu la tournure d’un ironique conte philosophique. Chaque matin durant sept jours, Simon Labrosse se réveillera chargé d’un espoir ingénu, qui le poussera à voir un signe de son indiscutable chance dans des correspondances entre les détails de sa vie quotidienne et le bulletin d’information national. Aujourd’hui, ce sont les taux d’intérêts appliqués par les banques qui égalent le taux du chômage, dont Simon vient évidemment grossir le nombre. Demain, ce sera le prix de la motte de beurre qui coïncidera avec le montant total des pièces de monnaie qui résistent au fond de sa poche. Voilà bien des preuves indéniables que le destin se penche avec bienveillance sur son humble personne. Malheureusement, Simon a perdu d’avance. Il s’épuisera alors dans une course burlesque et insensée à la recherche du « buzz » qui le sauvera du mal de notre siècle : le chômage.

« les Sept Jours de Simon Labrosse »

En outre, Simon est accompagné de deux acolytes qui, tour à tour, lui donneront la réplique, tenteront de lui voler la vedette ou lui serviront de faire-valoir. Il y a tout d’abord Léo, le ravagé du néocortex qui s’est pris une brique sur la cafetière quand il était petit. Dramatiquement coincé dans un processus de renforcement négatif, il est incapable d’avoir la moindre pensée optimiste et de prononcer un seul mot un tant soit peu positif. Un vrai moulin à cafard qui nous réjouira par ses sautes d’humeur. Il y a ensuite l’adorable Nathalie, venue accompagner Simon pour se faire un peu de fric et se payer ses improbables cours d’épanouissement pour organes internes. Celle-ci campera tous les rôles féminins qui peuplent la vie de notre étrange protagoniste. Entre autres, une actrice un peu potiche, une femme fatale, une belle inconnue délicieusement coincée ou une zonarde à grande gueule.

C’est ainsi que la séduisante Caroline Demourgues nous régalera, avec beaucoup de générosité, d’une galerie de portraits plus réjouissants les uns que les autres. Un vrai plaisir aussi pour les yeux… Si le rôle de Léo n’offre pas, pour sa part, la même diversité de registres, Amaury Jaubert réussit néanmoins à attendrir le public et à créer une certaine complicité avec lui. Enfin, Alain Régus hésite quelque peu entre un Simon Labrosse complètement imbu de sa personne et un Simon plus fragile, parfois déconnecté de son environnement. En somme, même si les acteurs réussissent à révéler le potentiel sympathique de leurs personnages, on peut regretter de les voir s’essouffler par moments et de perdre un peu de leur spontanéité.

Par ailleurs, on s’amusera du texte écrit en québécois, qui nous plonge dans un monde où les idiots sont des « épais » et où l’on « pèse » sur les boutons de la commande à distance de la « tévé ». Sans atteindre une véritable profondeur, et c’est un peu dommage, le texte arrive cependant à mêler assez habilement le cynisme d’une critique sociale très à propos et la légèreté de la comédie. De même, si la mise en scène est parfois un peu déroutante, les personnages sortant régulièrement de leur rôle pour semer le trouble sur la scène, elle a au moins le mérite de multiplier intelligemment les espaces avec peu de moyens : une armoire, un pupitre et un coffre sans fond.

En tout cas, on sortira charmé par quelques scènes vraiment drôles. Pour ma part, je retiendrai l’explosion de rage de Léo, qui aurait voulu disposer d’un bulldozer pour nettoyer le monde de sa pourriture intrinsèque, au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain, et l’absurde dialogue des deux zonards confrontés au finisseur de phrases. Déjà plongés dans le dénuement matériel et dépourvus de mots pour s’en plaindre, ils n’accepteront pas de surcroît de se faire dépouiller de leurs idées, même incomplètes.

Finalement, si au sortir de la salle la soif vous retient à l’une des terrasses proches du théâtre, vous aurez sûrement la chance de voir toute la fine équipe s’asseoir à une table non loin de vous. Les Sept Jours de Simon Labrosse est donc un spectacle à aller voir en famille, en prenant le temps de profiter de l’ambiance du théâtre comme du quartier. 

Nicolas Belaubre


Les Sept Jours de Simon Labrosse, de Carole Fréchette

Compagnie Les P’tites Grillées • 8, allée des Soupirs • 31000 Toulouse

06 63 70 52 58

http://lesptitesgrillees.free.fr

Mise en scène : Alix Soulié

Avec : Alain Régus, Caroline Demourgues, Amaury Jaubert

Assistante et régie : Stéphanie Victor

Son : Pierre-François Renouf

Décors : Samuel Roblin

Production : Compagnie Les P’tites Grillées

Le Fil à plomb • 30, rue de la Chaîne • 31000 Toulouse

Réservations : 05 62 30 99 77

lefilaplomb@free.fr

Du 8 au 26 septembre 2009 à 21 heures, du mardi au samedi

Durée : 1 h 35

12 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher