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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 20:25

Un régal

 

J’entends déjà des réticences : « Encore un Molière ! ». Oui, du Molière encore… Mais du vivant, servi qui plus est par des comédiens de talent. Dans ces « Femmes savantes » ni esbroufe ni surenchère visant à dépoussiérer l’œuvre bien connue. Quoi qu’il en soit, avec simplicité et intelligence, la mise en scène d’Arnaud Denis offre de quoi réconcilier les plus circonspects avec ce que l’on appelle, à raison, un classique.

 

Rappelons avant tout l’histoire en quelques mots. Un monde sépare Philaminte, autoritaire maîtresse de maison, et son mari Chrysale. Si elle est entièrement dévouée aux nourritures intellectuelles, son mari s’intéresse davantage aux plaisirs terrestres. Dans cette famille, deux clans s’opposent. D’un côté les savantes : Philaminte, sa belle-sœur (Bélise) et Armande (sa première fille) ; de l’autre : Ariste (son frère), Chrysale, et Henriette (sa seconde fille) voyant davantage la femme en tant que mère et épouse.

 

La fissure existant entre ces deux clans s’exacerbe lorsque Henriette choisit Clitandre, ancien prétendant de sa sœur, comme époux. Malade de jalousie, Armande intrigue contre sa sœur et seconde sa mère dans ses projets de voir Henriette épouser ce bel esprit de M. Trissotin. Chrysale, dévoué à la cause d’Henriette, voit alors l’occasion de reconquérir sa culotte de chef de famille. Évidemment, les masques de chacun tombent, et l’onctueux Trissotin se révèle être un parasite.

 

« les Femmes savantes » | © Lot

 

Rien de poussiéreux, rien de superflu dans ce spectacle. Car, au-delà de la satire d’une société et de thèmes sujets à controverses, ici, ce sont avant tout des portraits hauts en couleur qui nous sont donnés à voir. D’ailleurs, l’intention du metteur en scène est évidente. « Si Molière nous met en garde, sans prendre parti, contre une forme de culture de l’esprit qui nous ôterait notre bon sens, il décrit avant tout une famille en pleine crise. » De fait, la mise en scène respectueuse d’Arnaud Denis s’attache à rendre ce qu’il y a d’indémodable dans cette œuvre : les rapports de force existant entre les personnages. D’un certain point de vue, revenir à l’essentiel, en dénonçant par la farce la démesure, le manque de bon sens et d’équilibre. L’art de rendre à un classique tout son lustre actuel.

 

Pour appuyer ces considérations, la scénographie mêle astucieusement des costumes d’époque à un décor sobre et contemporain. Par sa simplicité, elle laisse alors aux comédiens toute leur liberté de jeu. La troupe se réapproprie avec aisance les tournures délicates de la langue de Molière. Les ressorts comiques sont restitués avec légèreté. Et l’ensemble de la représentation respire alors le plaisir de jouer. De fait, l’interprétation de chacun des comédiens est un vrai délice. Leur interprétation est naturelle et leur plaisir non dissimulé. Philaminte est campée avec justesse et sans bouffonnerie par un jubilatoire Jean-Laurent Cochet. Anne-Marie Mailfer (Bélise) est truculente dans son rôle de cinglée persuadée d’être aimée par tout homme qui croise son regard. Arnaud Denis joue avec plaisir un Trissotin onctueux, parasite magnétique. Quant à Marie-Julie Baup, elle incarne avec une belle sincérité une Henriette inflexible.

 

Aucune niche d’ennui donc, bien au contraire. Le rythme de la mise en scène est juste, le naturel prime et la langue de Molière (re)devient fluide. Alors, c’est repue et sourire aux lèvres que j’ai quitté la salle chaleureuse du Théâtre 14… Un vrai régal ces Femmes savantes ! 

 

Maud Dubief

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Femmes savantes, de Molière

Les Compagnons de la chimère • 48 bis, rue Custine • 75018 Paris

jplr38@noos.fr

www.lescompagnonsdelachimere.com

Mise en scène : Arnaud Denis

Avec : Marie-Julie Baup, Baptiste Belleudy, Jonathan Bizet, Jean-Laurent Cochet, Arnaud Denis, Nicole Dubois, Alexandre Guansé, Jean-Pierre Leroux, Stéphane Peyran, Anne-Marie Mailfer, Bernard Métraux, Élisabeth Ventura

Décors : Édouard Laug

Lumières : Laurent Béal

Costumes : Virginie Houdinière

Habilleuses : Christelle Yvon et Martine Prêtre

Régie : Hugo Richard

Théâtre 14 - Jean-Marie-Serreau • 20, avenue Marc-Sangnier • 75014 Paris

Réservations : 01 45 45 49 77

www.theatre14.fr

Du 8 septembre au 24 octobre 2009, mardi et vendredi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 heures, le samedi à 16 heures et 20 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 h 45

23 € | 16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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