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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Sublime sordidité
Le Théâtre du Rond-Point inaugure en beauté la saison. Alain Gautré y adapte sa « Chapelle-en-Brie », éditée en 1996 aux éditions Théâtrales, avant une grande tournée en France. Cette chronique d’une fratrie ordinaire, tristement banale, vire au drame familial des plus effarants.
Il pleut sur la Brie. Depuis quarante jours. André Cheutié (Jean-Pierre Darroussin) est seul dans une poussiéreuse demeure familiale, où il rassemble ses trésors : des papiers de famille, des meubles anciens montés sur moellons, les meilleurs crus de sa cave… Mais est-ce vraiment la montée des eaux qui le menace ? Le vieux Briard, riche propriétaire terrien, ancien maire de la commune de La Chapelle-en-Brie (ne cherchez pas, elle n’existe pas), se soucie plus de Dieu et de ses cantiques que de l’amour du prochain. Ce misanthrope avare, tartuffe à ses heures, trouve dans la verbicrucie l’exutoire de ses obsessions. Toute une vie dans un cadre.
Autant dire que la visite de ses trois jeunes frères, en cette nuit de Toussaint, sera inopportune. Il y a tout d’abord Albert (Pascal Elso), DRH chez Mouse, une boîte américaine qui vend du rêve et plonge ses salariés dans un vrai cauchemar libéral. À l’opposé de son aîné qui accapare la vie des autres, lui veut jouir de la sienne. Non satisfait de sa très belle épouse Annie-Claire, il goûte aux joies du SM avec la ténébreuse Alexandra ! Arrive dans la soirée Alain (Patrick Bonnel). Ce flic de la famille, petit tyran de la fratrie, se targue de « rattraper les conneries des siens ». Mais le preux chevalier est-il irréprochable ? Il ne manque plus qu’Arnaud, le petit dernier qui a mal tourné : il passera en coup de vent, entre deux concerts à l’étranger. Mais d’où lui vient cette passion saugrenue pour les musiques tzigane, juive ou arménienne ?
« La Chapelle-en-Brie », avec Jean-Pierre Darroussin | © Brigitte Enguérand
Ces quatre « A » – l’avare, le jouisseur, le tyran, le marginal – rassemblent comme les quatre faces d’une unique gorgone… monstre absent qui pourrait ressurgir des enfers. Car la Toussaint est la veille du Jour des défunts. Quels sont les fantômes qui pourraient hanter cette nuit ? Quel terrible et sordide secret de famille pourrait ressurgir ? Que tente de laver cette eau qui coule sans discontinuer ? Les nauséeux relents de la station d’épuration construite par Alain lors de son bref mandat municipal ? Une honte familiale ? Ce déluge n’est pas celui de Noé, car dans cette arche-manoir la vie est étouffée au lieu d’être purifiée.
Darroussin est transfiguré. La barbe poivre et sel, le dos voûté, le geste lent, la colère pointant à la commissure des lèvres… il offre au personnage du vieux Cheutié l’odeur rance qui le fait exécrer et cette fragilité du petit vieux qui le rend attachant. Il forme avec Pascal Elso (Albert) un très beau duo d’acteurs… Elso titube, se prend les pieds, tente désespérément de rester jeune (merci à Catherine Oliveira pour le bon goût de son costume). Il offre au sanguin Albert une puissance teintée de folie. Mis à part Philippe Risler (Arnaud) et Florence Payros (Alexandra) qui ne font que passer, le troisième grand rôle, celui d’Alain, est hélas surjoué. Patrick Bonnel multiplie les postures et autres jeux de jambes, tout droit sortis d’un policier de série B.
Cela n’était pas nécessaire, tant l’humour cynique du texte d’Alain Gautré se suffit à lui-même. Avec La Chapelle-en-Brie, l’on rit beaucoup de choses graves. L’on contemple aussi un tableau dont le réalisme est souligné de poésie par le jeu des acteurs, mais aussi par les lumières d’Orazio Trotta ou l’incessant ruissellement des eaux que nous offre Sébastien Trouvé.
Cette pièce commence comme une chronique d’une fratrie ordinaire. Tristement banale. Elle s’achève comme le plus effarant des drames familiaux. Alors, si vous allez la voir (ce que je ne saurais que vous conseiller), soyez vigilants aux moindres détails, comme à autant d’indices qui prendront place au final dans un tableau des plus surprenants. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
La Chapelle-en-Brie, d’Alain Gautré
Mise en scène : Alain Gautré
Assistante à la mise en scène : Sarah Gautré
Avec : Patrick Bonnel (Alain Cheutié), Jean-Pierre Darroussin (André Cheutié), Pascal Elso (Albert Cheutié), Florence Payros (Alexandra Selymes), Philippe Risler (Arnaud Cheutié)
Scénographie : Orazio Trotta, Alain Gautré
Lumières : Orazio Trotta
Costumes : Catherine Oliveira
Création son : Sébastien Trouvé
Maquillages : Céline Fayret
Direction technique : Luc Muscillo
Coach violon : Bruno Girard
Théâtre du Rond-Point • salle Jean-Tardieu • 2 bis, avenue Franklin-D.-Roosevelt • 75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21 ou 0 892 701 603
Du 15 septembre au 31 octobre 2009 à 21 heures, le dimanche à 15 h 30, relâche les lundis et le 20 septembre 2009
Durée : 1 h 45
28 € | 24 € | 20 € | 16 € | 14 € | 10 €
En tournée :
• 3 novembre 2009 au Théâtre André-Malraux (Rueil-Malmaison)
• 5 novembre 2009 à la Ferme de Bel-Ébat (Guyancourt)
• 7 novembre 2009 au Théâtre Georges-Leygues (Villeneuve-sur-Lot)
• 10 novembre 2009 au Théâtre de Cahors
• 13 et 14 novembre 2009 au Cratère, scène nationale (Alès)
• 17 novembre 2009 au Théâtre, scène nationale (Narbonne)
• 20 novembre 2009 au Théâtre Jacques-Cœur (Lattes)
• 24 novembre 2009 à la Scène nationale d’Albi
• 27 novembre 2009 au Théâtre de Chelles
• 28 novembre 2009 au Théâtre Jean-Vilar (Saint-Quentin)
• 1er au 5 décembre 2009 à la Comédie de Picardie (Amiens)
• 8 décembre 2009 au Théâtre de l’Union-CDN du Limousin (Limoges)
• 10 au 12 décembre 2009 au Théâtre national de Nice
• 15 au 19 décembre 2009 au Théâtre du Jeu-de-Paume (Aix-en-Provence)
• 7 janvier 2010 à l’espace Arc-en-ciel (Rungis)
• 9 janvier 2010 à l’espace Jean-Legendre (Compiègne)
• 12 janvier 2010 à L’Arc, scène nationale (Le Creusot)
• 15 et 16 janvier 2010 au Carré, scène nationale (Château-Gontier)
• 19 janvier 2010 au Théâtre municipal de Fontainebleau
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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Vraiment A EVITER D'ailleurs les applaudissements on été "timides" et aucun rappel