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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’ensemble peine à trouver son rythme
« Silenzio ! » est annoncé comme une « comédie burlesque et lyrique », délirante et décalée. Mais rien de vraiment burlesque ni de lyrique dans ce conte, qui joue de la caricature et qui tente de faire participer le public à l’histoire.
Leopoldo et son assistante Minerva préparent le retour sur scène de la cantatrice Sofia Valdi Da Carpaccio Di Penne. Mais Sofia, de son petit nom Pulvi (« poussières »), cache derrière ses airs de star une voix de crécelle. La « diva » saura-t-elle reprendre le rythme des concerts ? Quelle faille cachée pourra-t-elle dépasser, aidée de son mari Leopoldo et de la toute dévouée mais muette Minerva, pour trouver la route du succès ?
Cette comédie, mi-conte philosophique mi-divertissement musical, prend place sous un chapiteau planté sur scène. Espace dans l’espace, à la fois matrice et cocon, ce cirque miniature permet de jouer du caché et du dévoilé, de faire intervenir Bambino, le chat-marionnette de Sofia… L’idée est astucieuse. Las, la tente se perd dans une salle trop grande, perchée sur un plateau, là où sa place aurait été sur une placette, toute proche du public.
Si le spectacle ne porte pas, ce n’est pas que le jeu des comédiens soit mauvais. Ça non. François Dubois revêt les habits d’un narrateur touchant, fluet, lointain parent de Buster Keaton, donnant à son jeu des accents de comédie américaine des années 1930. Il tente vainement de canaliser l’exubérance de son épouse, de sauver de la faillite son couple, de diriger Minerva… La « petite » Gaëlle Pinheiro, elle, soprano colorature remarquée dans les Bavards d’Offenbach au Ciné 13 Théâtre, maîtrise parfaitement sa partition de second rôle poussé – par son talent et la beauté de sa voix – au-devant de la scène. Quant à Marina Pelle, elle joue une diva sur le retour avec tous les atours du personnage, l’outrance clownesque en plus.
© Hélène-Henri Dréan
Quelques inventions apportent aussi leur note poétique, comme cette valise à emprisonner les bruits superflus. Mais, paradoxalement, la musique et la voix sont les petites sœurs délaissées de cet hommage au monde de l’opéra : la bande-son préenregistrée rend bien superflu le piano inerte en contrebas de la scène, et il faut attendre la moitié du spectacle pour qu’enfin Gaëlle Pinheiro chante sa première aria et que François Dubois joue de la clarinette. Où sont les grands airs d’opéra promis ? Déception.
Si ce n’est l’interprétation, c’est plutôt l’histoire dans laquelle les trois comparses tentent de nous emmener qui ne parvient pas à nous enchanter. Les patronymes et autres expressions de pizzaiolo finissent même par devenir pénibles. Le dépaysement que promet Silenzio ! se résume-t-il à un accent italien ?
Plus que tout, l’ensemble peine à trouver son rythme au point de très vite lasser. Ces comédiens sont-ils vraiment dirigés ? L’ensemble est si poussif qu’il est légitime de se le demander. L’ennui s’installe là où un programme alléchant annonçait du rire, du rêve, de la magie… Mais, par bonheur, cet ennui reste court. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Silenzio !, de François Dubois, Marina Pelle et Gaëlle Pinheiro
Compagnie de l’Aurore • Mairie • 33190 La Réole
Avec : François Dubois (Leopoldo), Marina Pelle (Sofia), Gaëlle Pinheiro (Minerva)
Direction des comédiens : Frédéric Vern
Direction musicale : Julien Le Hérissier
Manipulation de Bambino : François Dubois
Théâtre musical du Marsoulan • 20, rue Marsoulan • 75012 Paris
Réservations : 01 43 41 54 92
Du 1er août au 27 septembre 2009, du vendredi au dimanche à 19 h 15, relâche du lundi au jeudi
En tournée en janvier 2010 à la MJC Les Hauts de Belleville, à Paris, et en juillet 2010, au festival VivaCité, à La Réole
Durée : 1 h 5
18 € | 12 €
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