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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 13:50

Frère Jacques nous envoie
sur l’océan voir son ami Pierrot


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Le théâtre Le Trianon accueille son premier festival « Rencontres seul en scène ». Du 10 au 13 septembre, dix artistes proposent chacun un monologue. Ils sont comédiens, musiciens, chanteurs. Ils adoptent le ton qui leur convient, du rire au conte. Jacques Higelin a choisi de nous livrer une lecture de « Novecento : pianiste », de l’Italien Alessandro Baricco. Il ensorcelle.

Ce monologue est l’histoire d’une existence particulièrement originale. Celle d’un pianiste autodidacte de génie : Danny Boodmann T.D. Lemon « Novecento », ainsi nommé parce qu’il a été découvert en 1900, nourrisson, sur le paquebot Virginian, par le capitaine Danny, dans une caisse de citrons. Né sur un bateau dont il ne descendra jamais, par choix. Amoureux de l’océan et des 88 touches de son piano.

Le texte nous parvient comme un conte, tant la vie qu’il décrit semble irréelle et fantastique. Ou un essai philosophique, car il creuse loin dans l’âme d’un homme. Il ressemble aussi à un hymne à la liberté. Celle de vivre les pieds un peu moins sur la terre, l’esprit flottant, ancré seulement dans la sensation, l’unique guide. Ainsi, Novecento n’a pas besoin d’y poser ses semelles pour connaître les villes d’où viennent les passagers du  navire. Rien qu’en observant les visages et les corps, il devine jusqu’à l’odeur dans laquelle ces silhouettes évoluent quotidiennement. Son regard est perçant et n’est pas parasité par le jugement ou la pensée commune. Il incarne une force, sans le vouloir. C’est un décodeur d’hommes : « Dans les yeux des gens, on voit ce qu’ils verront, pas ce qu’ils ont vu ».

Novecento, c’est un vrai poème. Jacques Higelin a dû y entendre des échos à son monde onirique à lui, que l’on sait puissant. La fusion des deux univers opère un charme, au sens magique du mot. L’entrée sur scène de l’artiste captive déjà, il avance comme un marin ivre ou comme un homme qui perd pied dans une tempête en mer. Il avance surtout avec tout son charisme, indéniable. Il porte avec lui son propre arc-en-ciel, teinté de lyrisme, de poésie, de rêve, de grâce, d’amour, de rock’n roll et d’esprit alerte. Il traîne un bout de mon enfance, un moment de ta vie, un instant de la vôtre, sans doute. Pour toutes ces raisons, sa présence émeut, c’est un évènement.

Outre la qualité du texte, l’aura de l’homme, son énergie et son talent bien sûr, il y a la musique… Voix, piano, percussion, elle nous fait voyager, elle aussi. Elle donne son mouvement à toute l’eau de l’océan dans laquelle nous sommes plongés. Peut-être est-ce parce que le comédien est un musicien que ces deux heures vingt de spectacle n’ont souffert d’aucun creux rythmique ? Pas de problème de tempo, mais un petit abus de durée. En toute objectivité (et pourtant, là, ce n’est pas facile, Jacques Higelin oblige !), le spectacle est tout de même un peu long. Je regrette aussi de n’avoir pu profiter que trop rarement des yeux du comédien, parce qu’il a souvent le nez dans ses pages (c’est une lecture). Il nous restitue certes le texte fidèlement, dans les mots et par son investissement généreux. Mais l’impact est amoindri, car son regard ne nous parvient pas. Quel bonheur pourtant, quand Higelin lève les yeux, à la fin, en lâchant son texte, et qu’il nous plante son émotion dans le cœur. Après avoir salué, il nous dit l’importance qu’il donne à ce partage, avec nous, d’une histoire qui a stimulé son esprit. Il espère que le nôtre a reçu le même ravissement et appelle à une constante résistance spirituelle. 

Claire Néel


Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco

Lecture création pour le festival Rencontres seul en scène

Mise en scène : Jacques Higelin

Percussionniste : Mahut

Le Trianon • 80, boulevard Rochechouard • 75018 Paris

Réservations : 0 892 707 507 (0,34 € | min)

Le 11 septembre 2009 à 21 heures

Durée : 2 h 20

27 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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