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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 21:32

Satie superbement servi


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


« Hommage à l’âge » : avec le nom de ce festival, le Théâtre des Bouffes-du-Nord annonce la couleur : blanc, comme les têtes chenues des comédiens, metteurs en scène et musiciens invités. Voilà un beau pied de nez au jeunisme ambiant. Encore que ce soir-là, lors de l’excellent « Satie en liberté », le chevronné François Marthouret a presque l’air d’un jeunot aux côtés de l’incroyable Madeleine Malraux, qui, l’air de rien, flirte avec la centaine d’années. À eux deux, ils font surgir la figure fantasque et attachante d’Érik Satie avec humour et intelligence, en alternant avec bonheur textes et morceaux de musique du maître.

 

Dans le cadre chaleureux des Bouffes du Nord, ce spectacle est une parenthèse surprenante et décalée et ce, grâce aux seules compositions (littéraires et musicales) de Satie. Point de décor ou de mise en scène. François Marthouret, assis à un petit bureau, égrène tout un répertoire d’aphorismes et de réflexions déroutantes d’absurdité. On pourrait faire une longue liste de toutes ces formules imparables qui font mouche et emportent l’adhésion du public. Au hasard : « Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux ! ». Voilà qui est envoyé. Ou encore : « Si je ris, c’est sans le faire exprès ». Et cet extrait des Cahiers d’un mammifère : « Puisque tout le monde donne son avis, eh bien permettez-moi de donner le mien : et si on parlait de charcuterie ? ».

 

Tout cela dit par un François Marthouret sérieux comme un pape, pince-sans-rire à souhait. Effet comique garanti. Ah, la voix de François Marthouret ! À la fois douce et naturelle, expressive et souple. Et, par-dessus tout, le comédien parvient à ne pas franchir la limite du cabotinage, alors qu’avec un tel matériau, il serait facile de se servir du texte au lieu de le servir.

 

« Satie en liberté » | © Raphaël Pierre

 

Cependant, Karin Müller, à l’origine du spectacle, donne aussi à voir d’autres facettes du compositeur. Appuyée sur ses deux malicieux interprètes, elle propose une sélection pertinente d’extraits de textes et de pièces musicales à travers laquelle on découvre certes le côté comique de Satie, mais aussi sa grande intelligence, son regard amusé et amusant sur le monde, et la subtilité douce-amère de sa musique. Comment ne pas être frappé par la grande modernité du personnage, dont le regard caustique n’a pour ainsi dire pas pris une ride ? Décapant, politiquement incorrect… Il était temps de redécouvrir Satie.

 

Redécouvrir Satie et le faire découvrir, c’est précisément ce que Madeleine Malraux accomplit au piano, elle qui n’a pas quitté la musique du maître de Honfleur depuis… 1946. Avec elle, chaque morceau apparaît comme un petit bijou d’inventivité et de délicatesse. Son interprétation donne à ces compositions une sonorité souvent légèrement tranchante, piquée, inattendue. Chaque intermède musical est ainsi emprunt d’une sorte de gravité légère qui éclaire et complète parfaitement les passages récités. Résultat : en sortant du théâtre, on brûle d’envie de se (re)plonger dans la discographie du maître, avec ses titres improbables. Mis en appétit par tant de saillies drolatiques, on reprendrait bien un petit Morceau en forme de poire… à moins de se vautrer dans un Prélude flasque (pour un chien)

 

Céline Doukhan


Satie en liberté, de Karin Müller

Avec : Madeleine Malraux et François Marthouret

Dans le cadre du festival Hommage à l’âge au Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis, boulevard de la Chapelle • 75010 Paris

Réservations : 01 46 07 34 50

Du 8 au 13 septembre 2009 à 20 h 30 et dimanche à 17 heures

26 € | 18 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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