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26 juillet 1992 7 26 /07 /juillet /1992 21:37

Interview d’Yves Sauton

 

Auteur et metteur en scène d’« Électre, Antigone et les Autres »

 

Le parti pris de lenteur, pourquoi ?

Yves Sauton : C’était pour éviter toute forme de violence trop brutale et pouvoir faire entrer les choses petit à petit, plus doucement, pour que les gens prennent bien le temps d’assimiler ça.


Le côté hiératique, lent, est-il d’inspiration asiatique ?

Yves Sauton : Disons que, plus qu’un aspect asiatique, c’est un côté rituel, qu’on oublie peut-être maintenant dans le théâtre. Donc les choses sont bien posées, bien lentes, chaque geste est exécuté avec précision, surtout pour retrouver le côté rituel.


Et quel est l’intérêt de retrouver ce côté rituel ?

Yves Sauton : L’intérêt, justement, c’est peut-être de faire passer quelque chose de façon plus profonde, ou, au moins, aller moins dans les apparences. Ce qui est important dans les rituels, c’est que, comme tous les gestes sont faits avec lenteur, on y fait extrêmement attention et on s’en imprègne.


Et les plaintes qu’on entend à la fin, c’est quoi ?

Yves Sauton : Ce sont des chansons hongroises, écrites par un auteur hongrois.


Ça fait un peu penser au Mur des lamentations…

Yves Sauton : Oui, c’est un peu, effectivement, pour retrouver ce côté-là.


Pourquoi les personnages morts de la pièce ressuscitent-ils ?

Yves Sauton : Il y a plusieurs explications. C’est d’abord un point de vue théâtral. J’ai travaillé longtemps là-dessus, c’est-à-dire c’est un acteur mort tout d’un coup qui revient, mais qui devient un autre personnage, et, donc, à chaque fois, il y a transformation, même si ça ne se voit pas trop. Ça montre différents stades d’évolution, comme une mort peut-être « virtuelle », n’être pas forcément définitive… Je me sers de ce côté-là pour montrer différents stades d’évolution.


Un peu comme si on m’avait appris quelque chose dont je me resservirai dans une autre vie ? Une évolution constante ?

Yves Sauton : Une évolution constante, oui. C’est-à-dire qu’à la fin, quand le tyran se retrouve tout seul dans le camp, c’est le dernier stade de la révolution, c’est leur liberté… ils retrouvent leur liberté. C’était donc : comment montrer l’histoire avec sept comédiens ? comment montrer une histoire du début à la fin ? (c’est-à-dire : le début, c’est la rafle, c’est les juifs « liquidés » sur les routes… après il y a l’installation des fils barbelés… bon, il y a tout ça). Donc, montrer ces différents stades d’évolution avec sept acteurs, tu ne peux le faire que si tu arrives à faire des morts « virtuels », qui sont pas définitifs, plaqués… Ou alors, ça demande trente comédiens ! 


Recueilli par

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

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