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25 juillet 1992 6 25 /07 /juillet /1992 21:23

Interview de Philippe Avron

 

Auteur et metteur en scène de « Avron-Évrard en liberté », « Big Bang » et « Dom Juan 2000 ».

 

Philippe Avron : Bon, je vais répondre à la première question qui ne m’est pas posée !

 

Les Trois Coups : Depuis quand n’as-tu pas fait de cinéma ?

Philippe Avron : Je n’ai pas fait de cinéma depuis… Je crois que c’était avec Annie Girardot il y a cinq ans, six ans…


Les Trois Coups : C’était quoi ?

Philippe Avron : Je ne me rappelle plus comment ça s’appelait. C’était un film où elle faisait un hold-up…


Les Trois Coups : Comment ça se passe avec Michel Deville ? [Philippe Avron a tourné avec lui Bye, bye, Barbara.]

Philippe Avron : Bien. C’est un metteur en scène qui sait exactement ce qu’il veut, qui a déjà une idée de la chose et puis qui vous met vraiment en confiance, je crois. C’est un vrai professionnel. Mais il est plus comme les mecs de cinéma que comme les mecs de théâtre, c’est-à-dire qu’il te laisse faire.


Les Trois Coups : Et ça, c’est une caractéristique, d’après toi, des mecs de cinéma ?

Philippe Avron : Plus, oui.


Les Trois Coups : Moins directifs ?

Philippe Avron : Oui. Parce qu’on reste près du naturel au cinéma.


Les Trois Coups : Est-ce que tu écris toi-même tes textes pour te sentir mieux dans tes rôles, pour que tes rôles te ressemblent plus ?

Philippe Avron : Non, non, non. J’écris mes textes pour me sentir moi. C’est pas mes rôles… Je me sens plus moi-même quand ce sont des textes à moi que quand ce sont des textes d’autres, même si ce sont des grands.


Les Trois Coups : Au Festival d’Avignon, tu es déjà venu plusieurs fois, je crois ?

Philippe Avron : Oh ! je ne sais pas combien de fois !


Les Trois Coups : Et tu avais joué Hamlet dans la cour d’Honneur ?

Philippe Avron : Oui. Et puis beaucoup d’autres choses, puisque j’ai joué quatre ans avec Vilar, j’ai joué le Cercle de craie caucasien aussi dans la cour d’Honneur, et puis le Triomphe de la sensibilité, de Lavelli, également dans la cour d’Honneur.


Les Trois Coups : Y a-t-il une préparation physique de tes rôles ?

Philippe Avron : Oui, oui… je dirais pas spécialement physique… mais je fais du trapèze ou je m’entretiens, comme ça. De toute façon, le rôle en lui-même, sur une heure de show, ça t’oblige physiquement à une certaine énergie, à dormir, à respirer, à préserver un mental, quoi. Un mental avec son corps.


Les Trois Coups : Il n’y a pas d’exercices particuliers ?

Philippe Avron : Non, non. Sauf que, par exemple pour Big Bang, j’avais un peu appris le tai-chi pour pouvoir faire des mouvements, et que ça m’est resté, cet apprentissage du tai-chi. Je continue à me faire la « phrase » du tai-chi de temps en temps.


Les Trois Coups : Ça donne la pureté dans le geste ?

Philippe Avron : Ah non ! c’est pas pour le geste, c’est pour la beauté de la phrase un peu philosophique, qui est un peu une manière d’être au monde avec son corps.


Les Trois Coups : Et Évrard, tu avais joué avec lui pendant quinze ans et tu avais arrêté pendant quinze ans ?

Philippe Avron : Oui, c’est ça.


Les Trois Coups : Ça donne quoi, en plus ou en moins, de travailler avec des masques ?

Philippe Avron : Le masque, c’est quand même tout le théâtre ! C’est-à-dire, c’est vraiment tout d’un coup la métamorphose du comédien, c’est le théâtre… De toute façon, le personnage se métamorphose, mais, avec le masque, il se métamorphose encore plus. Moi, je dis pas que ça cache le comédien, ça le révèle au contraire. Ça révèle quelque chose d’autre de lui. Ça agrandit souvent et ça met plus en valeur le corps parce que c’est tout le corps qui doit servir le masque.


Les Trois Coups : Une question, peut-être naïve : est-ce que c’est important les applaudissements ?

Philippe Avron : Bien sûr.


Les Trois Coups : Ça représente quoi ?

Philippe Avron : L’accord, ça représente l’accord du public. Faut pas les rechercher systématiquement. S’ils ne viennent pas, ils ne viennent pas. Mais on en a besoin des applaudissements. On a besoin d’une réaction du public.


Les Trois Coups : C’est une approbation ?

Philippe Avron : Oui. Comme les rires. Si tu n’entends pas rire à une chose comique…


Les Trois Coups : Pour toi, c’est quoi une bonne critique sur un spectacle ?

Philippe Avron : En fait, ce qu’il faut dire, c’est que les critiques ne s’adressent pas au comédien, elles s’adressent au public. C’est pour le public que c’est fait. Alors, le comédien, il peut les lire, mais ça ne lui changera rien parce que, à mon avis, j’ai jamais vu une critique changer un comédien parce que tout est fait quand le public arrive. Et, s’il change parce qu’il y a une critique, alors où allons-nous ?

Mais, moi, je trouve qu’il y a des critiques avec lesquelles, quelquefois, je suis en accord. Il y avait un très très bon « critique », qui était Poirot-Delpech, et ça arrivait souvent qu’il disait des choses sur la pièce qui nous révélaient des choses.


Les Trois Coups : Sur le contenu ?

Philippe Avron : Oui.


Les Trois Coups : Pas sur le jeu, la mise en scène… ?

Philippe Avron : Non, sur le contenu.


Les Trois Coups : Ça, c’est important.

Philippe Avron : Oui, oui.


Les Trois Coups : C’est ce que j’appelle un papier « analytique ».

Philippe Avron : Voilà !


Les Trois Coups : Fais-tu du théâtre parce que tu es timide ?

Philippe Avron : Non, je fais du théâtre parce que je crois que quand je suis sur scène, dès le début, dès que j’ai été sur une scène, j’ai eu envie de faire quelque chose, de dire quelque chose. La scène, elle fait peur parce que… on a des textes ou des choses comme ça.

Mais, en tant que scène, si elle est vide et si je n’ai pas de responsabilités, si j’arrive sur une scène, je me sens heureux. J’ai envie de dire quelque chose, toujours.


Les Trois Coups : Communiquer ?

Philippe Avron : Oui, ça me met en état de transmettre quelque chose.


Les Trois Coups : Par rapport au Off, il y a trois cent cinquante spectacles cette année, est-ce que tu trouves que c’est trop ?

Philippe Avron : Non, je ne sais pas dire parce que je n’ai pas vu de Off ni de In vu qu’on travaille. Je ne sais pas si c’est trop ou pas assez. La seule chose que je crois pouvoir dire, c’est que, aussi bien le In que le Off, le Festival sera vivant tant qu’il y aura des créations.

Si c’est pour faire des reprises au Off pour pouvoir avoir des gens qui vous achètent un truc qu’on a déjà vu à Paris mille fois, bon ben peut-être que ce sera bien une reprise, moi, je suis content de reprendre Big Bang, mais je suis surtout content de créer Avron-Évrard en liberté parce que j’ai créé quelque chose, on a eu une vraie peur, peut-être avec moins de monde au début, mais les gens sont conscients de l’effort qu’on a fait, là. Et ça, c’est fructueux pour l’avenir.


Les Trois Coups : C’est donc : priorité à la création !

Philippe Avron : Oui, c’est la création qui doit passer… Aussi bien pour le In. Le In ne doit pas reprendre des chefs d’œuvre, il doit créer quelque chose.


Les Trois Coups : Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et que tu aurais aimé que je te pose ?

Philippe Avron : Non, je ne vois pas… Ma seule question aurait été sur la création, c’est-à-dire que c’est la seule chose intéressante dans un festival : créer. Parce que c’est un enfant, c’est un commencement la création, c’est une incertitude, c’est une proposition, c’est peut-être une ouverture…

Et je crois qu’un festival doit susciter des créations et être suffisamment vivant pour que des gens n’aient pas seulement envie de dire : « Je vais à Avignon pour me montrer », mais « Je vais à Avignon créer ». Mais c’est terrible parce qu’à Avignon, comme il y a beaucoup de journalistes, on est en même temps jugé. Alors, si vous créez quelque chose et puis que c’est pas bon… 


Recueilli par

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

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commentaires

phil 06/02/2011 23:04



Le film avec Annie Girardot dont il parle ne date pas de 5 ou 6 ans mais de 10 ans avant cet interview : 1982 exactement.


Il s'agissait de "La revanche", réalisé par Pierre Lary.



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