Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juillet 1997 6 19 /07 /juillet /1997 17:18

Des Français à Parmentière

 

Décidément, le Théâtre de l’Autre-Scène de Montfavet ne fait pas les choses comme tout le monde. Non content d’envisager l’art comme thérapie, il choisit des pièces audacieuses. Cette fois-ci, il s’agit d’exploiter théâtralement un texte de Georges Pérec – écrivain difficile, reconnaissons-le –, « la Poche Parmentier ». Où il va être question de… pommes de terre, bien sûr ! Ces tubercules comestibles d’une solanacée d’origine exotique, si chères aux Français.

 

theatre2-reduit.jpg

 

En fait cinq personnages vont dériver sur le bateau de leur mémoire, à coups de rames parfois doux, parfois violents, parfois drôles, parfois graves.


En même temps, Pérec ne cesse de les ramener au concret. Aux pommes de terre, par exemple. « Tous les jours, on devrait avoir une pensée émue pour les pommes de terre ! » Question utilité, la patate ne sert pas qu’à remplir nos estomacs. Pendant la guerre, elle était utilisée comme tampon sur des papiers d’identité trafiqués. Évidemment, il y a – là comme ailleurs – l’emmerdeur de service, qui proclame : « Un homme qui a sa conscience pour lui n’a pas besoin de faux papiers ! »


Pérec, toujours si précis, vous apprendra aussi que « vingt-cinq millions d’hectares sont réservés à la culture de la pomme de terre », vous détaillera les chiffres de production de différents pays, affirmera que rien ne vaut la pomme de terre : « Aux chiottes, les radis ! »


Vous aurez même droit à une désopilante parodie de Hamlet, avec un combat aux couteaux éplucheurs d’anthologie !


Mais, subrepticement, sournoisement, les « récits » dérapent. On aurait dû se méfier : le personnage du Gardien (interprété avec un réjouissant décalage par Fernand Place) a été « naturalisé corse » ! Et il est répondu « pain complet » à quelqu’un qui évoque le penthotal !


On devine peu à peu que les personnages tournent en rond dans une cage invisible. Depuis longtemps. Et jusqu’à… D’où l’impression gênante et voulue de voyeurisme. De ressassement de ces vies un peu minables, qui nous sont jetées en pâture.


La mise en scène de Pierre Helly est, comme toujours, remarquable de subtilité, de fluidité, de modestie, et sa direction d’acteurs est tendre et exigeante. Le tout avec trois francs, six sous !


Pierre Chalaron, André Bouillet, Bénédicte Costechareyre et Simone Muller font parfaitement ce qu’ils ont à faire, avec bonheur. Mais la révélation de cette pièce est incontestablement Carmen Cunsolo qui, sous ses airs de ne pas y toucher, est grandiose ! 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Poche Parmentier, de Georges Pérec

Mise en scène : Pierre Helly

Temple Saint-Martial • 2, rue Henri-Fabre • Avignon

04 90 25 07 28

Du 11 juillet au 30 juillet, les lundis, mercredis et vendredis à 11 heures (1 h 30)

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher