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20 juillet 1997 7 20 /07 /juillet /1997 16:17

Trahir ou mourir

 

En allant voir un opus de la compagnie lyonnaise Sortie de route, on sait où nos pas nous portent : c’est de la belle ouvrage, quoi qu’il arrive.

 

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Il arrive, justement, que les institutionnels qui les soutenaient les laissent choir, comme de vulgaires saltimbanques amateurs qui feraient des spectacles de patronage. On vit une époque formidable !


Et pourtant les chiffres sont éloquents : dix ans d’activité, sept Festivals d’Avignon, sept créations, plus de vingt mille spectateurs ; l’année dernière, pour Chez les Titch : cent cinquante-cinq spectateurs en moyenne par jour, trois cents acheteurs l’ont vu et se sont régalés. À l’arrivée, treize ventes seulement ! Les artistes doivent prendre tous les risques. Mais seulement eux, faut croire !


Cette année 1997, Montserrat, donc. Une pièce d’Emmanuel Roblès, belle mais un peu vieillotte, un peu répétitive, dans laquelle Thierry Chantrel a bien fait de tailler un peu. Très franchement, si les ciseaux m’avaient été confiés, ils eussent été encore plus féroces dans l’élagage.


Et puis, faire de Montserrat, personnage central, un homme le plus souvent prostré ou muet n’est pas d’une efficacité dramatique évidente…


Cela dit, cette pièce est tout à fait d’actualité à cause des thèmes qu’elle brasse : doit-on se soulever contre l’oppresseur, sachant qu’il y aura – forcément – des victimes innocentes ? Doit-on trahir un révolutionnaire en fuite pour épargner six innocents, pris au hasard dans les filets de la dictature, sachant que, si on vend la mèche, la tyrannie en place massacrera, plus tard, des milliers de personnes ?


La compagnie Sortie de route nous fait percevoir, pressentir toutes ces déchirures avec une grâce souveraine. Le travail acharné de cette troupe a disparu pour ne laisser, à nos yeux éblouis, qu’une mise en scène épurée, glaçante, aux déplacements « évidents », avec un « jeu » de costumes très subtil, aux personnages définitivement interchangeables, car nous sommes tous « Et la victime, et le bourreau ».


La lumière et le son de Denis Servant nous frappent également au cœur, et nous écrasent dans notre fauteuil.


Jacques Chambon est un Montserrat au cœur crucifié par le choix cornélien qui lui est imposé. Quel changement par rapport à la « Maman Titch » de l’année dernière !


Tous les autres comédiens interprètent avec aisance une multitude de personnages différents. Les plus convaincants, selon ma plus totale subjectivité, sont Luc Chambon et Brigitte Jouffre, ainsi que Bruno Fontaine qui compose un Izquierdo grandiose, homme cultivé et intelligent, d’un sadisme raffiné d’officier prussien, à l’efficacité redoutable. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Montserrat, d’Emmanuel Roblès

Mise en scène : Thierry Chantrel

Big Bang • 18, rue Guillaume-Puy • Avignon

04 90 85 94 27

Du 10 juillet au 2 août à 13 heures (1 h 30)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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