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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 00:33

Cerveau contre cœur :
un à zéro


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Bien des points d’interrogation clignotent autour des femmes dans les imaginations masculines. Le personnage de Jean-Jacques Vanier, dans son éternelle quête de vérité, cherche des réponses. Soutenu par sa complicité avec l’inénarrable professeur Rollin, il chemine, je cite « en tant que femme », sur la scène de La Pépinière Théâtre. « Elles » est son nouveau spectacle : une introspection en miroir de la conscience féminine, dont le reflet est l’inconscient masculin.

La genèse, évidemment, a son origine… dans le décolleté. Une vendeuse de chaussures… Deux belles pommes interpellent d’abord le personnage. Elles se laissent deviner, ou se dévoilent presque en entier, selon les caprices d’un bouton de corsage ouvert ou fermé. Problème : connaît-elle les puissants pouvoirs de suggestion qui reposent sur la position de ce bouton ? Sait-elle quand le bouton est ouvert ou est-ce le fruit d’un hasard ? Pourquoi le bouton est-il refermé quand elle doit chausser M. Vanier ?

Celui-ci, pour tenter d’élucider ce grand mystère, décide de comprendre les femmes. Mais comment… Comment… se mettre à leur place ! Déclic ! Et clac : comprendre toutes les femmes en entrant dans leur tête ! Il organise alors une série d’exercices en forme de mises en situation, visant à percer l’essence féminine. Le sujet à incarner est tout choisi : sa femme, car c’est l’elle qu’il connaît « le moins mal ».

Le personnage trouble. Il apparaît naïf, innocent comme semble l’être un enfant, curieux comme le ravi du village. Il incarne un être à la fois bête et attachant par les questions qui l’agitent en profondeur. Puis quelque chose perturbe, une sensation de froid et d’incommode fait un obstacle au cœur. Parce qu’on ne voit pas, au fond, où est le sien. Rien ne semble lui provoquer d’émotion, alors que tout lui est matière à réflexion. Par exemple, dans son application à devenir sa femme, il (en elle) ne se supporte pas. Il s’affuble de tous les défauts répertoriés dans le genre humain pour se réduire à une montagne d’incapacités au bonheur et à l’amour.

Mais, si cette constatation lui saute aux lèvres, elle ne le touche pas. Seul son cerveau enregistre et s’excite. De la même façon, Il reste indifférent quand il dit qu’il « n’apprécie pas » que son fils comprenne dans le regard de sa mère qu’il est un con. Il devient pour nous comme un homme vide, il aspire à comprendre, mais sans respirer la vie. Un personnage étrange, donc, si proche et si lointain, en apesanteur.

Jean-Jacques Vanier lui donne corps avec brillance, en éclats d’âme, sans ses états. Le spectacle, c’est lui. Et, s’il échoue irrémédiablement à comprendre les femmes, il nous montre à quel point elles peuvent encore et toujours faire couler l’encre des hommes. C’est écrit en mots drôles, gorgés de boucles rondes et de pensées déliées. Le texte réjouit par son humour décidément singulier. 

Claire Néel


Elles, de Jean-Jacques Vanier et François Rollin

À part ça production • 82, rue Amelot • 75011 Paris

01 48 87 20 01 | 06 60 21 73 80

www.vanier.fr

Mise en scène : François Rollin

Avec : Jean-Jacques Vanier

Lumière et scénographie : François Austerlitz

Régie générale : Nicolas Priouzeau

Costume : Olivier Beriot

Photo : Jean Tholance

La Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris

Réservations : 01 42 61 44 16

Du 26 août au 31 octobre 2009, du mardi au samedi à 21 heures, matinées le samedi à 16 heures

Durée : 1 h 30

36 € | 26 € | tarif unique à 26 € les mercredis

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

deashelle 04/11/2010 18:39



 


Eloge de l’altérité, chef-d’œuvre de finesse psychologique, voici que  Jean-Jacques Vanier ouvre
les vannes du tendre, de la fausse naïveté, de l’ironie affectueuse pour plonger dans la connaissance de l’autre qui n’est autre que celle de la femme. . .


  Il se  construit une  cathédrale  d’hypothèses, de questions  « lancinantes » sans
réponses, mot à mot, en toute logique, suivant  ses plans, exposant ses objectifs avec précision : démarche ultra masculine. La nef principale
est faite d’une séance absurde d’achat de chaussures dont il n’a cure. Par contre le corsage de la vendeuse semble révéler des mystères qu’il veut soudain approfondir.  Qui est la femme ? Quel est son rapport à lui, l’homme?  Et le voilà parti à l’assaut de ses chimères,
 dans un patient travail de construction de l’éternel féminin.  Un clocher à escalader ?
 Il a décidé de  la déchiffrer enfin et de la percer à jour.  L’astuce : l’expérience scientifique.  Il faut donc  se glisser
dans la peau de cet être énigmatique, prendre sa place  dans un jeu de rôles,  jouer ce jeu de l’autre à
fond comme au théâtre  et attendre le miracle. La  vérité 
profonde ne peut que se distiller  entre les lignes. Le décor est un savant montage de drapés rouge-théâtre,  illuminés par les lustres de  joyeux lampions.  « Life is a
stage ! Isn’t it ? ».  A la conquête de la reine de la nuit, il est sûr de sa méthode, même sous forme de soliloque drôlatique,
puisqu’il est seul … en scène. Le gain : à travers la connaissance plus intime de la femme, il appréhendera  le monde et l’âme humaine. Peut-être
aussi il reconnaîtra sa part de féminité et acceptera  des traits très « masculins » chez la femme !   Mais le  désir, le moteur premier, qu’en
adviendra-t-il ?



Arnaud 09/09/2009 19:13

J'adore !Un extrait video

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