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5 janvier 1998 1 05 /01 /janvier /1998 22:34

Chronique vacharde d’un désastre bovin

 

Dieu sait qu’on l’avait attendue cette « Beautiful Vache folle ou la Belle Camarguaise » ! La déception est à la mesure de l’attente : énorme !

 

theatre2-reduit.jpg

 

Le plus grave dans ce ratage, c’est l’immaturité de l’écriture.

 

À partir d’une histoire plutôt intéressante, Gérard Gelas veut tout dire, tout dénoncer : le racisme, le conditionnement des enfants, la consommation excessive, l’abus de pouvoir, la corruption, la médiatisation à outrance, etc. Or – c’est bien connu – qui trop embrasse mal étreint ! Aucun sujet n’est traité en profondeur et perd donc toute efficacité. Et ça dure deux heures et quart !

 

Les personnages, eux, sont dessinés à gros traits, notamment Paquita et Red Zap. Comparé à ce dernier, Jean-Pierre Foucault ressemble à un animateur de France Culture ! Paquita, elle, est hystérique du début à la fin, et, quand elle se force à rire, c’est pathétique !

 

Quant au style lui-même, le texte accumule les maladresses d’écriture qu’on n’admettrait pas d’un élève de sixième. Ainsi, ce jeu de mots douteux [Ninon, la Vache à l’Ange] : « […] sais-tu au moins ce que ça veut dire de ne plus faire mouiller personne ? » Réponse de l’Ange : « Tu veux dire saliver ? » Ou cette comparaison encore plus scabreuse, à propos des abattoirs d’aujourd’hui : « Les abattoirs c’est propre comme ceux qu’imaginaient les nazis […]. » On trouve aussi des répliques qui ne sont même pas dignes de l’Almanach Vermot : « Peuchérette on la gagnera la guerre des brochettes ! » ; « […] J’ai tout ouï, c’est inouï ! » ; « […] il ne faut pas qu’il te voit dans cet état délétère, va te laver le derrière, prince Dago de Cythère ».

 

En me hissant au même niveau stylistique, j’en conclus que Gelas a dû confondre « génisse » et « génie » !

 

L’auteur nous « offre » même une allusion revancharde, d’une finesse de taureau en rut, aux restrictions budgétaires qu’a subies le Chêne noir : « C’est […] une question de budget, restriction… restriction. Il vaut mieux ne pas être trop nombreux dans la distribution. »

 

Surnagent de cette mauvaise gardianne quelques passages, dont un éloge de la jouissance assez joli et la scène émouvante où l’Ange offre ses ailes à Ninon.

 

La mise en scène sous Prozac force les comédiens à la frénésie et au hurlement systématique. Ainsi Damien Rémy (Red Zap) et Emmanuelle Brunschwig (Paquita Amores) ont un jeu caricatural de bout en bout. En comparaison, Jules Berry et Jacqueline Maillan sont des « modèles » bressonniens !

 

Heureusement, les trois autres acteurs, plus nuancés, empêchent le naufrage total de la pièce. Léa Coulanges compose habilement une Ninon naïve et plutôt rafraîchissante. Guillaume Lanson, cette fois-ci vierge de la vulgarité qu’il affectionne parfois, interprète un personnage multiple avec finesse, générosité et aplomb. Henri Talau, enfin, tout en articulant exagérément les mots, prend un plaisir non dissimulé à incarner un tyran souriant, cauteleux, opportuniste, vindicatif et… crédible. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


The Beautiful Vache folle ou la Belle Camarguaise, écrit et mis en scène par Gérard Gelas

Avec : Emmanuelle Brunschwig, Léa Coulanges, Guillaume Lanson, Damien Rémy et Henri Talau

Décors et costumes : Maurice Guerre

Lumières : Jean-Louis Cannaud

Son : Jean-Pierre Chalon

Théâtre du Chêne-Noir • 8, bis rue Sainte-Catherine • Avignon

04 90 85 25 87

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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