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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une bouillotte ou un glaçon ?
La rentrée nous offre, au Théâtre Essaïon, à deux pas du moderne Beaubourg, une plongée dans la belle société du Second Empire. La Compagnie Parciparlà nous fait redécouvrir une pièce méconnue de Labiche, délicieusement surannée mais tellement rafraîchissante !
Même les plus anciens d’entre nous ne connaissent pas ces Vivacités du capitaine Tic, et pour cause ! La
pièce fut montée en 1862, juste un an après son écriture, et vite oubliée par la suite. Il faut dire que ce vaudeville n’est pas des plus subtils, et même assez atypique dans l’œuvre de
l’auteur puisqu’il ne comporte aucun des intermèdes chantés qui caractérisent ce genre théâtral. Freddy Viau a confié à Nicolas de Ferran d’en rétablir quelques-uns, accompagnés au piano. Ces
Vivacités gardent pourtant du vaudeville la peinture burlesque de la vie sociale et intime d’une époque, les bons mots et les portraits dessinés à la serpe : rentrant de Chine
chez les siens, le capitaine Horace Tic s’éprend de sa cousine Lucile, promise par son tuteur M. Désambois à un certain Célestin Magis.
Derrière la comédie de mœurs, se profile la société du Second Empire tendue entre la tradition et une phénoménale mutation sociale et culturelle. David Dos Santos fait du capitaine Tic un personnage à la crinière échevelée signant son caractère sanguin, bon vivant, sautillant, qui a du mal à retenir son « membre vagabond ». À ses côtés se tient son fidèle Bernard, auquel Régis Romele donne des accents de vieux chien fidèle un peu pataud et bourru. Face à eux, Régis Chaussard incarne un M. Désambois aux manières ridiculeusement apprêtées, petit pharmacien qui se pique de sciences, subjugué par Célestin Magis, un statisticien positiviste qui prétend, de sa superbe, embrasser et comprendre le monde. Charles Lelaure le rend aussi réfrigérant que rigide et austère… La jeune Lucile (Angélique Fridblatt) va-t-elle choisir une bouillotte ou un glaçon pour accompagner ses nuits ? Les personnages féminins ne sont ici que les faire-valoir de ces messieurs.
Il est vrai que le propos de ces Vivacités date un peu, et Rick Dijkman et Katia Abros n’ont cherché à actualiser ni les décors ni les costumes. Et tant mieux ! Le contraire aurait été illusoire. Ce décor justement, par un subtil jeu de transparences, nous évite les sempiternels claquements de portes du « boulevard » et donne à la pièce beaucoup de fluidité et même de la grâce dans le jeu. Cette interprétation assume donc le décalage. Qui serait encore fasciné par l’héroïsme du militaire et l’exotisme de ses exploits ? Qui verrait dans les scientifiques des ascètes du savoir, aussi ennuyeux qu’inutiles ? N’y cherchons pas comme un négatif de notre époque… L’objet de cette pièce est avant tout de divertir. Et la Compagnie Parciparlà y parvient parfaitement. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
Les Vivacités du capitaine Tic, d’Eugène Labiche
Compagnie Parciparlà
Mise en scène : Freddy Viau
Avec : Régis Chaussard (M. Désambois), David Dos Santos (Horace Tic), Angélique Fridblatt (Lucile), Charles Lelaure (Célestin Magis, le domestique), Laetitia Richard (Mme de Guy-Robert), Régis Romele (Bernard, l’invitée)
Scénographie : Nicolas de Ferran (Le Tiroir jaune)
Costumes : Rick Dijkman, Katia Abros
Lumières : Christèle Moreau
Musique : Nicolas de Ferran
Chorégraphies : Alexandra Antoine
Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42 ou www.essaion.com
Du 2 septembre au 31 octobre 2009, du mercredi au samedi à 21 h 30, relâche du dimanche au mardi
Durée : 1 h 20
20 € | 15 €
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