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16 novembre 1998 1 16 /11 /novembre /1998 16:24

Qu’est-ce que je fais avec tout ça ?

 

« Lalla (ou la Terreur) » est un spectacle extrêmement agaçant, extrêmement déconcertant, extrêmement original : dans tous les cas, on n’en sort pas indemne.

 

theatre2-reduit.jpg

 

Raconter ce qui se passe sur scène n’a jamais été mon genre. Mais, ici, cela relève de l’illusion, du contresens… ou des deux ensemble.

 

Lalla est un cri de Gabily, « sous-prolétaire », contre sa propre vie, incompréhensible. Contre nos vies ?

 

L’auteur aboie aussi contre un théâtre qui « vend de la vie ouvrière ou petite-bourgeoise au mètre linéaire ».

 

Bref, il gueule. Comme un écorché peut gueuler : sans nuance et sans lien logique apparent.

 

Dès le début, nous sentons bien que ça va pas rigoler : pénombre anthracite, femme infanticide grisâtre et voix blanche. « Je suis là », dit Lalla : c’est à prendre ou à laisser. Plus tard, nous allons respirer des « effluves de pourriture d’homme », qui nous renvoient à nos propres saloperies. Et ça schlingue.

 

Gabily nous balance dans la tronche des « leçons de ténèbres », parce que « l’histoire de l’homme, ce n’est vraiment pas grand chose » ! La parole et les corps sont pétrifiés ou véhéments. L’auteur ne sculpte pas de la dentelle : c’est comme ça ! Il violonise plutôt dans le lyrisme à rebours. Vous en sortez dévastés ou agacés. Très. Et une question vous taraude : qu’est-ce que je fais avec tout ça ?

 

Vous n’avez pas fini de vous la poser.

 

Jean-François Matignon, totalement imprégné du texte de Lalla, où les différents « tableaux » ne se répondent que par le désespoir, produit une mise en scène en osmose avec le verbe gabilien. Les lumières, le décor, le jeu des comédiens participent également de cette adéquation. Ana Abril, Jézabel d’Alexis, Nicolas Geny, Thierry Otin et Roland Pichaud, fougueux et calcinés, crânes et laminés, nous énervent ou nous enchantent, loin de tout racolage. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Lalla (ou la Terreur), de Didier-Georges Gabily

(publié chez Actes Sud-Papiers)

Compagnie Fraction • 23, place des Carmes • Avignon

Mise en scène : Jean-François Matignon

Avec : Ana Abril, Jézabel d’Alexis, Nicolas Geny, Thierry Otin et Roland Pichaud

Lumières et construction du décor : Laurent Matignon

Son : Jean-Louis Larcebeau

Costumes, masques et mannequins : Fabienne Varoutsikos

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon

Tél. : 04 90 85 52 57 | télécopie : 04 90 82 95 43

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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