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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 13:59

La Mousson d’été : un déluge fructueux


Par Claire Stavaux

Les Trois Coups.com


Apparue pour la première fois en 1995 à l’abbaye des Prémontrés, sur les rives de la Moselle, la « Mousson d’été » est organisée depuis 2001 par la Maison européenne des écritures contemporaines (M.E.E.C.). La Mousson d’été : des voix que viennent écouter des oreilles avides de nouveauté et d’écritures contemporaines dans une antique bâtisse marquée par l’histoire. Haut lieu de la vie culturelle et religieuse en Lorraine au xviiie siècle, celle-ci fut détruite puis restaurée au gré des hasards du temps. À la Mousson d’été, on fait entendre des talents littéraires, on envisage un nouveau regard sur le théâtre contemporain entre professionnels et amateurs de théâtre, d’écriture et de mots, venus des quatre coins d’Europe. Lectures avec mise en espace, rencontres, tables rondes, conférences et concerts se succèdent sans répit jusqu’au bout de la nuit. On ressort trempé jusqu’aux os par ce déluge théâtral. Une pluie qui fait du bien.

Côté cour… Cette année, les auteurs de langues catalane et espagnole sont les plus représentés. Au fil des lectures, des voix plus fortes résonnent, comme celle d’Angélica Liddell ou de l’impétueux Rodrigo García. Fauteur de trouble et de confusion au sein du public, il tente d’explorer de nouvelles formes orales jusque-là ignorées ou déconsidérées, et s’insurge contre ce qu’il appelle « un théâtre de morts ». Des textes de morts pour un public mort, sans âme. Avec Rodrigo García, l’appellation « auteur vivant » revêt un sens au-delà de l’ordinaire. Il est accompagné de Melchior Derouet, un comédien aveugle qui présente la lecture de sa dernière pièce, C’est comme ça et me faites pas chier. Enfin un anticonformiste qui n’a pas peur de le dire. Une nouvelle manière de faire et dire le théâtre : lecture en braille et gros plan sur le clavier projeté au mur. Et la main du jeune comédien qui tremble, et les mots qui semblent tout droit sortis de ses doigts qui défilent mécaniquement. Il nous conquiert, nous happe, et tisse comme un lien invisible avec son public quand il nous propose de rire à chaque fois qu’il lèvera le bras gauche. Rire. Un rire certes commandé mais pas forcé. Étrange d’être sollicité de la sorte mais beau.

Côté cours… Dans le cadre de l’université d’été dirigée par Jean-Pierre Ryngaert, les matinées sont consacrées à des ateliers de lecture et de réflexion collective autour des pièces de la Mousson. Invitée à assister à une séance de l’atelier animé par Éloi Recoing, j’ai été ébahie et amusée par l’imagination spontanée des stagiaires qui se sont prêtés au jeu des exercices dits « vitésiens ». Chacun « raconte » à sa manière la pièce étudiée avec des gestes, des mots, des bruits. Dix minutes pour tous, mais chacun avec ses outils, son langage et son regard sur le texte. À partir de ces saynètes surgissent de nouveaux éclairages sur la pièce, sont soulevées d’autres questions. Ces ateliers matinaux sont aussi l’occasion d’échange avec les traducteurs. À l’atelier d’Éloi Recoing était invitée Christilla Vasserot, la traductrice de Rodrigo García et Angélica Liddell pour nous parler de son approche du métier, ses choix de traduction pour la dernière pièce de Liddell, Belgrade. Un texte magnifique, qui implose de violence, à plusieurs voix, sorte de dialogues de sourds. Un texte qui oscille entre souffrance et espoir de rédemption par l’écriture. Une crudité violente, politique, publique, et intime aussi.

Côté cuisine… Les repas sont aussi des lieux privilégiés de rencontres. Tous les midis sont organisés des déjeuners avec un auteur de la Mousson. Ils sont l’occasion de débats emportés et de nouveaux éclairages (parfois salvateurs !) sur les textes. Coup de cœur et coup de sang aussi, à l’image du déjeuner avec l’auteur grec Yannis Mavritsakis, peu convaincu par la mise en espace qui a accompagné la lecture de sa pièce le Point aveugle. Car, tout comme les traductions, les mises en espace proposent aussi une interprétation des textes, une vision qui n’est par forcément celle de l’auteur. À la Mousson, les auteurs deviennent ainsi spectateurs de leur propre pièce, les comédiens grossissent aussi les rangs du public, et les spectateurs se font lecteurs lors des ateliers. Sorte de Saturnales littéraires, la Mousson d’été fait s’intervertir, se superposer, se confondre tout naturellement les rôles et les métiers.

Côté jardin enfin… Après les planches, tous s’ébrouent sur la piste de danse du chapiteau. À partir de minuit, musique et concerts sont programmés pour les oiseaux de nuit. En matière de textes, après les lectures poignantes de la journée, c’est un peu la douche froide, mais « merde, quoi ! », pour reprendre une réplique à succès des Garçons d’étage… Détente et bonne ambiance sont aussi au rendez-vous nocturne.

Et beaucoup d’à-côtés aussi, qu’on laissera de côté… Le bar des écritures, les spectacles hors des murs de l’abbaye, ainsi que les belles rencontres avec comédiens, traducteurs, danseurs en tout genre et amoureux de Heiner Müller. 

Claire Stavaux


La Mousson d’été

Rencontres théâtrales internationales - université d’été européenne organisée par la Maison européeene des écritures contemporaines

03 83 81 20 22

www.meec.org

Directeur artistique : Michel Didym

Administrateur : Jean Balladur

Collaboration artistique : Véronique Bellegarde et Laurent Vacher

Directeur pédagogique de l’université d’été : Jean-Pierre Ryngaert, assisté de Marion Cousin

Équipe pédagogique de l’université d’été : Jean-Marie Piemme, Éloi Recoing et Jean-Paul Wenzel

Chargée de production, de la logistique et de l’université d’été : Axelle Heuzé

Chargée de communication : Marion Sylvain, assistée d’Élise Dammarez

Abbaye des Prémontrés • 9, rue Saint-Martin • 54700 Pont-à-Mousson (Lorraine)

Du 22 au 28 août 2009

Lectures et concerts : accès libre

Cette année, la Mousson d’été invite Marion Aubert, Carles Batlle (Catalogne), Luciana Botelho, Isabelle Bres, Lluïsa Cunillé (Catalogne), Évelyne de la Chenelière (Québec), Alice Denoyers, Guilad Evron (Israël), Nathalie Fillion, Rodrigo García (Espagne), Esther Gerritsen (Pays-Bas), Händl Klaus (Autriche), Hélène Henry, Dominique Hollier, Dimitra Kondylaki, Alexandre Koutchevsky, Denise Laroutis, David Lescot, Angélica Liddell (Espagne), Jean-Paul Manganaro, Yannis Mavritsakis (Grèce), Fabrice Melquiot, Pau Miró (Catalogne), Newton Moreno (Brésil), , Angeles Muñoz, Monique Nagielkopf, Yves Nilly, Fausto Paravidino (Italie), Jean-Marie Piemme, Frères Presniakov (Russie), Éloi Recoing, Céline Robinet, Pauline Sales, Esteve Soler (Catalogne), Leticia Scavino, Frédéric Sonntag, Claudio Tolcachir (Argentine), Christilla Vasserot, Naomi Wallace ( États-Unis), Gérard Watkins, Jean-Paul Wenzel, Zohar Wexler

Spectacles : 7 € | 10 €

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