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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 23:10

Le Théâtre de Sartrouville
et des Yvelines,
une grande maison


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Plus de trente spectacles, du théâtre, de la musique, du cirque, de la danse, une grosse « création maison », des surprises pour les jeunes et les moins jeunes… La saison 2009-2010 du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines sera la sixième de Laurent Fréchuret. L’occasion d’échanger avec ce directeur de centre dramatique national très actif.

Lorsqu’il est arrivé, Laurent Fréchuret a pris la succession de Claude Sévenier qui a permis au Théâtre de Sartrouville, après un travail remarquable de quarante années, de faire partie des tout derniers centres dramatiques nationaux créés par l’État (2001). Le projet du nouveau directeur ? Une aventure artistique fondée sur la création théâtrale, la présence effective d’artistes dans la maison, la volonté de rassembler un public nombreux autour d’œuvres pluridisciplinaires de haut niveau. Des objectifs qui entrent parfaitement dans le cadre des missions de service public dévolues aux C.D.N.. Après deux ans de codirection et quatre de direction, l’heure est aux premiers bilans, d’autant que cette année voit la concrétisation de ce projet dont Laurent Fréchuret et son équipe ont rêvé : une maison grande ouverte pour favoriser le dialogue entre les œuvres, les métiers artistiques, les générations, les publics. En effet, les tutelles souhaitent que l’action sur le territoire du département soit intensifiée et que le lien avec la population soit renforcé. D’où le changement de nom : Théâtre de Sartrouville et des Yvelines.

Pour mieux comprendre cette évolution, revenons sur le parcours de Laurent Fréchuret : « Je suis issu d’une compagnie. Arriver à la tête d’un théâtre, comme metteur en scène directeur, est particulièrement stimulant car le théâtre est un art collectif. J’anime cette équipe pour servir le théâtre, créer, organiser la production et la technique, accueillir le public. Pour relier, en somme. Relier des individus, des métiers, le public aux œuvres, les spectacles au sein d’une programmation cohérente. Pour donner du sens ».

Rappeler d’où on vient pour mieux savoir où l’on va… Avec Laurent Fréchuret, tout se tient. Même les bâches au fronton du théâtre ! Même la couverture du programme sur laquelle on peut lire le slogan de la saison : « Inventer ensemble » ! Il est jeune, ce directeur né en 1966, mais on sent son projet mûrement réfléchi. Il a débuté comme comédien, avant de fonder sa compagnie (le Théâtre de l’Incendie, en résidence au Théâtre de Villefranche-sur-Saône de 1998 à 2004). Arrivé à la tête du Théâtre de Sartrouville, il défend plus que jamais sa conception du théâtre comme un art collectif, un espace public d’expérimentation artistique qui permet de renouveler le dialogue avec le public. Depuis, Laurent Fréchuret, animateur d’une équipe composée d’une trentaine de permanents, met tout en œuvre pour proposer « du spectacle vivant de qualité pour des spectateurs… vivants ». Respectueux du travail de ses prédécesseurs, il tire les leçons de l’histoire. Il creuse son sillon, car il sait mener bataille, en toute sérénité.

Une maison de création

La première mission confiée à cette structure est la création : « Depuis ma nomination, les moyens de création artistique ont triplé, malgré des restrictions budgétaires. Quand je suis arrivé, 100 000 € seulement étaient consacrés à la création (hors Odyssées) ». Sur 4 millions d’euros de budget total, cela représente une portion congrue, surtout compte tenu de l’ambitieuse création maison. Cette année, c’est Médée, fruit de plusieurs belles rencontres. Tout d’abord, celle avec Florence Dupont, qui a renouvelé l’approche de la pièce d’Euripide avec une traduction qui laisse la part belle à la musicalité, qui fait aussi apparaître ses ruptures, ses contrastes. Ensuite, la complicité de Laurent Fréchuret avec la comédienne, Catherine Germain, déjà présente dans les murs depuis 2006, essentiellement dans le rôle du clown Arletti : c’est elle qui incarnera cette héroïne hors normes. « Une troupe de neuf comédiens et musiciens va ainsi s’attaquer à l’une des plus puissantes machines à jouer que l’art dramatique nous a léguées et explorer ce continent de la tragédie grecque qui exalte la puissance magique d’une barbare transformée en sombre divinité », explique le metteur en scène. Création maison à voir absolument, donc, en ouverture de saison, du 6 au 23 octobre 2009.

L’autre volet important de la création concerne la biennale Odyssées en Yvelines : « Historiquement, il faut rappeler que Sartrouville a d’abord été une scène nationale, puis un C.D.N. pour l’enfance. Dans le cadre de la biennale, élément phare en direction du jeune public, on favorise la création (par des commandes d’écriture, de mise en scène, d’interprétation), ainsi que la diffusion. Cette année, 150 programmateurs ont participé à un circuit de plusieurs jours pour assister à près de 300 représentations de spectacles créés avec nos moyens de production. À partir de cette saison, le département nous permet une plus grande ouverture encore sur les jeunes, en particulier les adolescents, au sein du théâtre, mais aussi à l’extérieur (avec notamment des résidences dans des collèges, des tournées), avec la création de comités de lecture, des tarifs adaptés, précise Laurent Fréchuret.

Bel exemple de décentralisation théâtrale. Ce projet s’inscrit dans une politique d’aménagement culturel et artistique de territoire qui assure au théâtre une présence pérenne dans plus de 70 villes et villages. Outre les six productions pour Odyssées 2011, destinées à plus de 25 000 spectateurs yvelinois, des créations pour public adulte seront auparavant à découvrir dans de nombreux lieux alentours (bibliothèques, M.J.C., comités d’entreprise, structures à vocation sociale, etc.). Sans oublier la mêlée poétique avec la population à l’occasion du chantier théâtral (voir notre reportage), dont il faudra aussi attendre la prochaine édition en 2011 : « Nous venons de finaliser cette formidable aventure humaine et artistique avec ce chœur qui a fait vibrer ensemble 150 habitants particulièrement motivés, depuis des gamins de 6 ans jusqu’à des seniors de plus de 80 ans, lesquels ont travaillé pendant un an sur ce chantier à partir d’un thème lié à la tragédie grecque. Nous espérons bien que ces personnes traversées par cette histoire incroyable d’Œdipe, rassemblées sur notre grand plateau, reviendront cette fois-ci parmi le public, dans notre grande salle de 850 places, pour suivre les tribulations de Médée, bien sûr, mais aussi pour prendre le risque de la découverte avec d’autres spectacles programmés. Les expériences précédentes nous ont prouvé que ces amateurs composent une partie importante de notre public ».

Aux 300 000 € attribués aux créations maison, il faut ajouter 100 000 € pour les coproductions. Le Théâtre est un important lieu de diffusion qui accueille de nombreuses compagnies, comme celle de François Cervantes devenu un compagnon de route dès 2006. Il y aura donc le Mois Cervantes (du 5 au 21 mai 2010). Parmi les autres artistes invités cette saison : Sylvain Maurice, François Berreur, Joël Pommerat, Jean-Louis Benoît, Philippe Delaigue, Patrice Thibaud, Toméo Vergès, Didier Sandre… Avec Slimane Mouhoub, directeur adjoint chargé de la programmation, Laurent Fréchuret souhaite partager avec le public ce qui se fait de mieux, en matière de spectacle vivant.

Toutes les disciplines sont représentées : cirque (Bal caustique, Traces), danse (Country, Cie Accrorap), théâtre visuel (Cocorico), jazz (Ahmad Jamal, Avishai Cohen Trio), musique classique (Intégrales de Sonates de Mozart), musiques mêlées (Trio Hoboken, Sandra Nkaké), musique du monde (Trio Joubran), chanson (Les Ogres de Barback, Un salut à Georges Brassens). Laurent Fréchuret relève néanmoins que sur la totalité des spectacles, la part dévolue au théâtre est passée de 35 % à 80 % : « Venant du théâtre, je suis heureux d’intensifier la présence de ce dernier dans nos murs. Nous sommes bien ici dans un centre dramatique national ! Ici, nous sommes confrontés à la difficulté de proposer de longues séries. Nous programmons Médée sur 15 dates, mais nous y allons progressivement, car il ne faut pas faire exploser la baraque ! ». Ainsi, auteurs classiques et contemporains se côtoient naturellement, avec notamment la trilogie de Wajdi Mouawad, qui a fait l’évènement au Festival d’Avignon, et deux diptyques (Shakespeare et Jean-Luc Lagarce).

Des artistes dans la maison

Voilà autant de rendez-vous singuliers à ne pas manquer. Cette maison, qui accueille aussi bien des créateurs confirmés que des nouveaux venus, va aussi être habitée par trois comédiens qui seront permanents à partir du 2 janvier 2010. Encore une nouveauté ! Jusqu’alors, il y avait des artistes associés. Cette intégration des acteurs au sein de l’équipe va permettre de travailler pleinement sur les créations maison et de participer aux actions culturelles. Nine de Montal a déjà entamé ce dialogue fructueux avec le public. Laurent Fréchuret, qui conçoit les artistes comme « des poèmes sur pieds », favorise cet engagement.

Cet esprit de troupe concerne d’ailleurs l’équipe du théâtre au grand complet. Soudé autour du projet, le personnel administratif et technique est particulièrement enthousiaste. Et s’il y a un tel engagement, c’est grâce au respect mutuel : « La présence du directeur dans le théâtre me semble primordiale, car il y a un travail considérable. Le mandat de trois ans est court. Le temps passe très vite. De toute façon, dix ans me semblent le minimum pour inventer une vraie aventure », indique Laurent Fréchuret.

Un lieu convivial

Si le directeur sait stimuler et fédérer cette grande famille, Michèle Dorr et Christophe Martin, qui œuvrent en cuisine, la nourrissent, tout comme les spectateurs, amateurs de leurs bons petits plats ! L’esprit maison et la qualité de l’accueil en font un lieu très agréable à fréquenter, depuis le parking jusqu’à la salle de spectacles, en passant par le restaurant. D’ailleurs, d’emblée, de nombreux hôtes indiquent que nous sommes en territoire ami. L’équipe d’accueil comprend une quinzaine de vacataires. C’est une ruche. Ici, on ne fait pas qu’inventer ensemble. C’est convivial. On se parle, on rêve, on agit, on « résiste par le plaisir ».

Les spectateurs viennent en effet avec entrain. Six mille d’entre eux (dont la moitié composé d’enfants) font partie des abonnés. C’est en majorité un public de proximité. Chaque projet artistique associe des actions culturelles ou pédagogiques. La dernière saison, ce sont plus de 1 200 personnes qui ont été concernées par ces activités gérées par le service des relations avec les publics. Ce service travaille pour favoriser l’accès au plus grand nombre en encourageant et accompagnant les pratiques artistiques, en inventant de multiples passerelles entre le théâtre et les jeunes ou les moins jeunes, les familles, les habitants de la ville, les publics occasionnels ou avertis, les structures les plus diverses. Au fil de la saison sont proposés des stages de pratique artistique, de la formation, des visites du théâtre, des rencontres autour des spectacles, des répétitions publiques, des lectures… « C’est un travail de longue haleine, car chaque rencontre est unique. Je considère chaque spectateur comme un individu singulier, curieux, épris de partage », précise Laurent Fréchuret.

Pour ouvrir encore davantage, des partenariats sont renforcés avec d’autres théâtres : le T.P.E. de Bezons, le Théâtre du Vésinet. Mais les Parisiens viennent aussi à Sartrouville. Ainsi, pour Médée, la communication du théâtre prévoit un plan d’affichage métro et des navettes gratuites depuis Charles-de-Gaulle - Étoile. Le Théâtre de Sartrouville se veut vraiment accessible au plus grand nombre. « Le relais assuré par les partenaires médias contribue aussi à faire parler de nous :  “France Inter (pour le Mois Cervantes), nouveau venu grâce au travail formidable de Marie-Hélène Bonnot (secrétaire générale), précise Laurent Fréchuret, Télérama, l’hebdomadaire À nous Paris, les sites Théâtre contemporain et Evene” ».

De nouveaux murs en projet

Autre avancée : la future construction d’une petite salle, véritable outil de création. « Ce projet, démarré il y a quinze ans, aboutit enfin grâce à nos tutelles (l’État, la région, le département et la ville) qui s’engagent pour la construction en 2012 d’une nouvelle salle de 250 places et d’une autre salle de répétition. Cela permettra de jouer les spectacles pour enfants dans un lieu plus moderne et adapté que celui du centre-ville (espace Gérard-Philipe), dans lequel sont données les représentations actuellement. Nous pourrons engager des expérimentations, comme le chantier, travailler sur des formes plus confidentielles » se réjouit Laurent Fréchuret.

Cette joie qui anime l’équipe du théâtre est tout à fait compréhensible. C’est légitime quand des projets deviennent des réalités tangibles. Face au désengagement de l’État, le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines reste vigilant, au même titre que de nombreuses structures subventionnées. « Nous avons été têtus et cela porte ses fruits. Si nous sommes enthousiastes, nous restons inquiets et solidaires. Rien ne saurait nous dépassionner. » Cette détermination et le travail acharné de toute une équipe permettent de relever tous ces beaux défis nourris d’une authentique générosité : s’ouvrir sur la cité (dans ses fondations – anciennes et nouvelles – et hors les murs) pour présenter le théâtre d’aujourd’hui dans sa diversité. Partager l’outil de travail, des découvertes artistiques, des émotions. En somme, concilier l’intime et l’universel. Avec cet ancrage renforcé sur son territoire, le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines a de quoi rayonner. C’est normal, c’est une grande maison ! 

Léna Martinelli


Saison 2009-2010

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–C.D.N. • place Jacques-Brel • 78500 Sartrouville

www.theatre-sartrouville.com

Accueil, informations, réservations : 01 30 86 77 79 ou resa@theatre-sartrouville.com

Horaires d’ouverture : lundi de 14 heures à 18 h 30, les samedis de septembre de 14 heures à 18 h 30, les samedis de représentation à partir de 16 heures

Ouverture de la billetterie hors abonnement : samedi 5 septembre 2009 à 14 heures sur place uniquement et à partir du mardi 8 septembre 2009 sur place, par téléphone, par Internet, par courrier, auprès des partenaires (F.N.A.C., theatreonline.com)

Détails des tarifs pour le théâtre des enfants, les pass et les formules d’abonnement sur le site

Nombreux avantages pour les abonnés

Tarif des spectacles de 8 € à 25 €

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