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25 mai 1998 1 25 /05 /mai /1998 21:09

Daniel Martin-Borret paie cash

 

Il y a peu, j’ai vu l’œuvre d’un jeune auteur avignonnais, « En monnaie de songe », au Théâtre du Bourg-Neuf.

 

theatre2-reduit.jpg

 

L’impression première qui se dégage, pour moi, au sortir du spectacle de Daniel Martin-Borret, c’est qu’un acteur est indubitablement né et qu’un auteur intéressant a vu le jour, entre le 12 et le 23 mai 1998.

 

Ce n’est pas le fruit du hasard. L’artisan en écriture dramatique a poli et repoli son texte pendant deux ans. Et l’apprenti comédien a mâché et remâché les mots pendant six mois. Jusqu’à la fluidité, jusqu’à faire glisser l’émotion dans le cœur du public. Car il s’agit ici, avant tout, de partager l’histoire de Vincent, de grand-père Stanislas, de tante Amélie, de Rébecca, du narrateur, et de montrer à quel point ils sont nos frères d’âme. En d’autres termes, la vie de ces « petites gens » qui nous est contée est tissée par l’auteur dans une trame de notations justes et poétiques. Grand-père Stanislas, par exemple : « […] avec tous les baisers qu’il n’a jamais donnés à tante Amélie, il aurait pu composer un concerto d’amour ». Ou Vincent, le pote – le double ? – en imaginaire, dont on finit par savoir qu’« il s’est mis à tricoter du cervelas ». Ce qui n’empêche pas le narrateur d’être « son écouteur, son écoule-cœur ». Comme s’il voulait nous montrer l’exemple et nous inciter à écouter les autres. Tous les autres…

 

Ce qui est beau dans cette pièce, qui réclame toute votre attention, c’est que l’auteur est plein de tendresse pour ses personnages et que, en même temps, il ne leur fait pas de cadeau. Encore mieux : quoi qu’ils fassent, il a l’élégance de ne jamais les mépriser.

 

Bien sûr, l’armature dramatique est un peu bancale, bien sûr les éclairages sont inutilement provocateurs et cabotinent un tantinet, bien sûr les fausses fins sont frustrantes… N’empêche : quand on sort du spectacle, reste comme une vieille mélopée entêtante et déchirante. Reste une ode au rêve, ponctuée par la musique à l’ironie aigrelette de Fabrice Valenza et la prosodie désespérément lucide de Daniel Martin-Borret.

 

Au final, c’est imparfait, quelquefois agaçant, mais, d’un autre point de vue, c’est très culotté et à l’opposé d’un spectacle racoleur et démagogique. L’auteur ne nous paie pas en monnaie de singe. Il paie cash, et dans la monnaie la plus fiable qui soit : celle de la sincérité. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


En monnaie de songe, de et avec Daniel Martin-Borret

Musique : Fabrice Valenza

Du 12 au 16 mai 1998 et du 19 au 23 mai 1998 à 21 heures

Théâtre du Bourg-Neuf • 5, bis rue du Bourg-Neuf • Avignon

04 90 85 17 90

N.B. Pendant le Festival d’Avignon, la pièce va se rejouer au Bourg-Neuf, les 12, 19, 21 et 26 juillet 1998 à 23 heures, dans une nouvelle version et des nouvelles lumières (vingt effets au lieu de cinquante).

Allez-y ! Prenez le risque de la création vivante !

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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