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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 18:38

La grande vacance
des bourgeois


Par Lorène de Bonnay

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Nord-Ouest présente jusqu’au 2 octobre 2009 « la Trilogie de la villégiature » de Carlo Goldoni – traduite, adaptée et mise en scène par Carlotta Clerici. Un divertissement estival bien ficelé mais vite oublié.

Partir à la campagne ? Rester à Livourne ? Retarder ou ajourner ses vacances d’été pour des motifs de cœur ou d’argent ? Tel est le grand problème existentiel des personnages de cette trilogie jouée pour la première fois en 1761 à Venise. Car ce qui importe pour ces bourgeois, c’est de suivre la mode aristocratique. En effet, « quand on fait comme les autres, on est sûr de ne pas se tromper », rapporte l’un des protagonistes. Alors on exhibe ses froufrous, on signe des contrats de mariage à la légère pour respecter les convenances, on laisse les dettes s’accumuler, on noue des intrigues amoureuses ou on s’adonne aux commérages triviaux pendant ses vacances à la campagne. Le Smanie per la villegiatura, le Avventure della villegiatura et il Ritorno della villegiatura de Goldoni forment ainsi trois volets d’une même satire sociale, qui fustige plaisamment les travers d’une bourgeoisie décadente et creuse.

« la Trilogie de la villégiature » | © Théâtre vivant

Carlotta Clerici, dans sa traduction et sa mise en scène, a volontairement tiré cette comédie de voisinage vers le drame bourgeois, en s’intéressant davantage à la peinture psychologique des caractères et des mœurs qu’au genre de la commedia dell’arte. Les lazzi, apartés ou passages truculents sur la gourmandise des valets ou la radinerie des maîtres ont donc été gommés au profit d’une certain réalisme. Par ailleurs, le déclin de la société bourgeoise vénitienne est transposé dans les années 1930, ce qui accentue le mimétisme avec notre époque en crise(s).

La metteuse en scène (qui appartient au collectif Théâtre vivant) opère donc une série de choix cohérents. Les comédiens habitent leurs personnages avec une infinie justesse. Les deux lieux de représentation (petite et grande salle) illustrent intelligemment l’alternance ville-intérieur bourgeois et campagne-extérieur.

Mais l’on peut regretter la disparition de certains ressorts comiques ou quelques particularités de la langue goldonienne. Cette adaptation manque de piquant, de couleur. Elle n’est ni assez drôle ni assez acerbe. Et même si la distance entre scène et salle est abolie, le public a bien du mal à s’identifier à ces personnages ruinés ou sacrifiés à l’ordre social. En somme, cette comédie des vacances s’avère bien légère, presque inutile, et s’évapore agréablement sitôt la représentation passée. 

Lorène de Bonnay


La Trilogie de la villégiature, de Carlo Goldoni

Compagnie Théâtre vivant-Carlotta Clerici

01 57 42 93 56

info@theatrevivant.com

www.theatrevivant.com

Mise en scène, traduction, adaptation : Carlotta Clerici

Assistante à la mise en scène : Andrea Torres Gibert

Avec : Rebecca Aïchouba (Giacinta), Laurent Benoît (Fulgenzio), Isabel de Francesco (Vittoria), Benoît Dugas (Ferdinando), Yvan Garouel (Filippo), Manon Gilbert (Rosina), Simon Gleizes (Leonardo), Pascal Guignard (Guglielmo), Muriel Lemaire (Sabina), Nathalie Lucas (Brigida), Jean Tom (Paolo), Andrea Torres Gibert (Tita), Florence Tosi (Costanza), Gunther Van Severen ou Gaetan Guilmin (Tognino)

Décors, costumes : Philippe Varache et Maud Schneider

Théâtre du Nord-Ouest • 13, rue du Faubourg-Montmartre • 75009 Paris

Réservations : 01 47 70 32 75

Du 20 août au 2 octobre 2009

Durée : 3 heures

20 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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