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23 juillet 1998 4 23 /07 /juillet /1998 01:06

Une écriture noire et sang
sur un mur blanc

Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


La chambre 112, dans une clinique psychiatrique. Un patient dépressif, une infirmière attentionnée. Voilà pour les apparences. Cela suffit pour que les rouages de la machine dramatique se mettent en marche. Une marche lente, mais inexorable.

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Un décor blanc où tout est blanc : le mur, le lit, les draps, le couvre-lit, la blouse de l’infirmière, le chariot de médicaments – sans doute des pilules blanches…

Sur ce blanc absolu, l’auteur ne peut tracer que des lettres d’un noir et d’un rouge absolus.

La musique violette de Lionel Rokita lance la danse d’amour, de vie et de mort. L’agitation éternelle des humains, toujours renouvelée, toujours agaçante, toujours magique.

Sauf que, cette fois-ci, l’alchimiste des vies qui s’exposent devant nous, s’appelle Philippe Beheydt « Ollivier » et qu’il n’a que 27 ans. Et quand on n’est pas connu et qu’on est jeune, cela constitue apparemment deux tares majeures dans ce Off.

Avec Une ombre sur un mur blanc, Philippe Beheydt invente une pièce à suspense dont les différentes parties intriguent, titillent le cartésianisme de chacun, nous jettent dans des abîmes de perplexité souriante. Mais nous avons envie de suivre, nous brûlons de savoir…

Par son œuvre, l’auteur nous fait explorer une caverne bourrée de secrets, enfouis dans les puits sans fond de l’âme et du cerveau. C’est une pièce noire, d’un noir qui brillerait dans la nuit des hommes.

Yves-Marie Maurin traîne talentueusement avec lui le patient de la chambre 112. On le sent abîmé par des souvenirs, un brin manipulateur et en même temps sans illusions, timide et colérique, élégant et suicidaire.

Barbara Villesange, vraie révélation de ce festival, incarne en écorchée la jeune et belle infirmière. On la devine sur ses gardes et aimable, professionnelle et le cœur au bord de la bouche, déroutante et prévisible, déjà cynique et encore idéaliste, fraîche et fanée, blessée – mortellement ? – par une saignée à blanc très ancienne et toujours à vif, petite poupée de peluche brûlée de six années. Dévorée et dévorante.

Les deux comédiens ont les yeux pleins de mystères, le regard parfois éteint de ceux qui sont revenus de tout, le regard parfois brillant de ceux qui espèrent encore. C’est dire la complexité du jeu d’Yves-Marie Maurin et de Barbara Villesange qui suent, tous deux, les mots et les situations inventés par un démiurge sadique et raffiné : Philippe « Ollivier » Beheydt.

Alors qu’est-ce que vous attendez, bande d’incurieux frileux, pour aller découvrir ce que cache cette ombre sur ce mur blanc ? 

Vincent Cambier


Une ombre sur un mur blanc, de Philippe Beheydt

La compagnie du Théâtre de demain • 75017 Paris

Mise en scène : Philippe Beheydt et François Géniteau

Avec : Barbara Villesange et Yves-Marie Maurin

Décors et éclairages : François Géniteau

Musique : Lionel Rokita

L’Alizé • 5, rue du 58e-Régiment-d’Infanterie • Avignon

04 90 14 68 70

À 22 h 30, tous les jours ; durée : 1 h 30

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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