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21 juillet 1998 2 21 /07 /juillet /1998 16:35

Des pépites à la pelle

 

Dès notre entrée dans le théâtre, nous sommes happés par des « médecins » qui nous prennent en charge, qui nous demandent de nous détendre et qui prétendent que tout va bien se passer. Voire…

 

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Le fil rouge – rouge saignant ! – sera la vie d’André (un prénom très ouvert, André : « Toc, toc ! — André ! »). André ou le représentant, désigné d’office par les « soigneurs », du quidam hexagonal…

 

À la pelle est un des spectacles qui donne ses lettres de noblesse au Off : on y trouve les pépites de l’inventivité, de la recherche expérimentale, de l’originalité, de l’actualité. Celles-là mêmes que des orpailleurs obstinés espèrent secrètement trouver dans les théâtres et les rues d’Avignon.

 

Avec l’air de ne pas y toucher, Les Obsessionnels – Pierre Prévost, l’auteur des textes et des chansons en tête –, orchestrent une mise en pièces de la dramaturgie habituelle, et nous obligent à des réactions différentes de celles que nous avons devant un spectacle « classique ». Cela vient, bien sûr, de leur grande expérience de l’homme de la rue, qu’il faut capter dans la seconde.

 

Si jeu de massacre il y a, comme les grands, ils se permettent le luxe de ne pas être ignobles. Il n’en reste pas moins qu’À la pelle nous balance des morceaux de méchanceté tonique à nous mettre sous la dent, à digérer, à méditer. Sous leurs lunettes rouges de « rigolos » iconoclastes, ce sont des obsessionnels de – osons le dire – la pédagogie des opprimés, de la conscientisation des masses. Au sens où nous faisons tous – ou presque – partie de ces opprimés et de ces masses. Y compris eux-mêmes, qui ont l’intelligence de ne pas se sentir au-dessus du lot des humains bafoués.

 

Avec leur architecture scénique pentagonale, ils opèrent des saignées très astucieuses de l’espace, comme pour nous renvoyer à nos vies morcelées.

 

Ils découpent le temps en tranches de rire, un rire salé par la méchanceté, poivré par la lucidité, vinaigré par la dérision et huilé par l’humanisme. Pierre Prévost et ses complices taillent gaillardement dans le lard de nos conneries, de notre bêtise, pour ne laisser que la viande de la conscience.

 

Les Obsessionnels prennent le pari couillu de rire de tout avec un public qu’ils n’ont pas choisi : en d’autres termes, ça s’appelle le respect. Le pari est largement gagné, et nous repartons dans la nuit, essoufflés, essorés, et contents d’avoir réveillé les cellules sommeillantes de notre cerveau. La lucidité, c’est de savoir que les choses sont sans espoir, mais de vouloir quand même les changer. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


À la pelle, de Pierre Prévost

Compagnie Globe Joker-Les Obsessionnels • 93100 Montreuil

Mise en scène, scénographie : Sébastien Faure

Avec Louis Gatta, Olivier Rimaud, Jean-Luc Prévost, Jacot Martin et Pierre Prévost

Lumières : Sergio Giovannini

Costumes : Hakima Amari

Affiche : Pierre Ferbos

Dessin : Philippe Burel

Le Chien qui fume • 75, rue des Teinturiers • Avignon

04 90 85 25 87

À 22 h 30, tous les jours ; durée : 1 h 10

Tarifs : 90 F et 65 F

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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