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26 janvier 1999 2 26 /01 /janvier /1999 17:00

Le bestiaire de belluaires

 

Moi qui ne suis pas un accro du sport en général, moi dont l’œil pétille d’une bulle de condescendance devant treize ou quinze types qui se castagnent pour peloter un ballon ovale, je suis allé voir Vestiaires avec quelque appréhension… Je ne l’ai pas regretté, en particulier grâce à une mise en scène malicieuse et drôle, et à une formidable équipe d’acteurs. Ceux-ci sont dix-sept sur la plateau, et ça déménage !

 

theatre2-reduit.jpg

 

De quoi est-il question ? De l’avant, du pendant et de l’après d’un match de rugby. En d’autres termes de « décortiquer théâtralement les mécanismes qui préludent aux affrontements, qui les accompagnent et qui sont toujours les mêmes sur tous les terrains ». Le cours de ce spectacle charrie ainsi manipulation collective, pouvoir, fric, vampirisme médiatique, amitié, exclusion, vérité, mensonge… Le sous-titre est à cet égard très significatif : « Comment vivre ensemble ? »

 

Prétendre que la pièce est un chef-d’œuvre serait exagéré. Mais on est embarqué sur le bateau de la formidable énergie qui navigue sur scène. Les répliques fusent, comme dictées par l’urgence de vivre. Les acteurs font crépiter les mots d’ici et maintenant. Des mots ordinaires, qui ne s’échouent pas pour autant sur les récifs de la vulgarité. En outre, j’ai rarement observé chez des comédiens une telle jubilation physique à jouer avec leur corps, à occuper l’espace de manière animale et naturelle.

 

« Virilement », chacun marque son territoire. Connement, l’équipe célèbre une sorte de messe guerrière de l’ovalité, en empruntant tous ses rites à une mystique – ce n’est sans doute pas par hasard que le joueur blessé évoque un Christ en croix – grossièrement machiste. Cette liturgie masculine se retourne d’ailleurs contre ses officiants grâce à l’homosexualité latente et néanmoins évidente des situations. En même temps, sourd de chaque séquence la tendresse palpable des auteurs pour ces grands enfants qui défient la mort avec un panache de pacotille.

 

En définitive, vous aurez plaisir à aller voir John Fernie (rugissant de présence massive et féline), Christophe Delachaux (excitant en entraîneur nerveux et martial), Pierre Tarrare (débordant d’humanité authentique), André Sanfratello (président pathétique), Stéphane Naigeon (teigneux en béret d’anthologie) et toute cette ménagerie de gladiateurs modernes, ce bestiaire de belluaires un peu dérisoires.

 

La mise en scène, le décor, la musique, les lumières, le son, les accessoires et les costumes, tout est réglé au quart de poil, et contribue au plaisir du spectateur. Loin de tout intellectualisme tordu comme de toute démagogie rampante. Il faut ajouter que Michel Belletante et Nino D’Introna ont un sens peu commun du déplacement des acteurs. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Vestiaires, de et mis en scène par Michel Belletante et Nino D’Introna

Cie Théâtre et compagnie • amphithéâtre • place des Îles-de-Mars • 38800 Pont-de-Claix

Assistante à la mise en scène : Isabelle Sadoit

Avec : Jean-François Boudreau, Pierre Dallaire, Christophe Delachaux, John Fernie, Dominique Gaillac, Alexis Guijarro, Rhida Jebali, Cédric Marchal, Sylvain Massé, Stéphane Naigeon, Philippe Nesme, Gérald Robert-Tissot, Olivier Rougerie, Luc Roy, Chris Sahm, André Sanfratello et Pierre Tarrare

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • Avignon

04 90 86 58 11

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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