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26 janvier 1999 2 26 /01 /janvier /1999 16:51

Une serre étouffante ou comment

ne pas crever

 

Je veux vous dire tout le plaisir que j’ai pris à déguster « les Femmes savantes », de Molière, spectacle offert au Chêne noir par René Loyon et sa magnifique troupe de onze comédiens.

 

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À la question « classique » : « Pourquoi avoir monté une énième version de cette œuvre du xviie siècle à notre époque ? », René Loyon donne la meilleure réponse qui soit : « Parce que j’en avais envie, parce que le texte me touche ! »

 

Longtemps avant Gide, Molière nous dit : « Familles, je vous hais ! » Il en démonte les mécanismes de pouvoir et d’étouffement. Ce cercle infernal maudit peut tuer des êtres sensibles. En ce sens, la pièce n’a pas pris une ride. Elle est donc indispensable à nos yeux et nos oreilles contemporains.

 

René Loyon fait rendre à la pièce – comme on fait rendre gorge ! – tout ce qui était habituellement caché par des mises en scène encostumées, poudrées, maniérées, pédantes… Au contraire, René Loyon fabrique du théâtre de chambre ou plutôt du « théâtre de serre », où abondent les plantes carnivores. Malheur aux mouches qui flânent !

 

Le décor, pendrillons, chaises et tables noirs – parce que la vie peut être dure –, et les costumes modernes, toute une gamme de gris – parce que rien n’est simple –, ne sont que les symptômes du cancer qui gangrène la famille bourgeoise. Reste l’essentiel : la parole, avec son cortège de sentiments, de passions, de haines et… de lucidité. Le texte est ainsi restitué dans toute sa pureté noire. On croyait flotter sur la farce, on se noie dans le désespoir, malgré le happy end de circonstance. Ne dit-on pas que la lucidité est la blessure la plus proche du soleil ?

 

Toute la troupe incarne merveilleusement bien les treize personnages de la pièce, et révèle finement les intentions de Molière et de Loyon. Néanmoins, je voudrais en distinguer cinq d’entre eux. Myriam Derbal est une Philaminte impériale et secrètement blessée. Enrico Di Giovanni compose avec beaucoup de doigté un salopard onctueux, faux-cul et dangereux (Trissotin). Fanny Rudelle croque une succulente cinglée mythomane (Bélise). Rémi Secret invente un Chrysale d’une lâcheté ébouriffante. Silvia Servio, enfin, interprète Henriette avec un naturel confondant. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Femmes savantes, de Molière

Compagnie René Loyon • 95, rue de Monceau • 75008 Paris

01 45 22 58 87

Mise en scène : René Loyon, assisté de Nicolas Reyre

Avec : Pierre Casadei, Myriam Derbal, Enrico Di Giovanni, Marianne Quétin, Stéphane Laudier, Nicolas Reyre, Fanny Rudelle, Carole Santini, Rémi Secret, Silvia Servio et Alain Veniger

Costumes : Nathalie Martella

Lumières : Marc Delamézière

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • Avignon

04 90 86 58 11

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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