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14 février 2000 1 14 /02 /février /2000 17:00

Gérard Pachis, brillant meneur de jeu

d’une « Fin de partie » terrifiante et drôle

 

Cette pièce de Beckett est incontestablement un grand texte théâtral. L’auteur, avec des mots simples, y met à nu – jusqu’aux nerfs – l’imperfection criante de l’homme. Son goût du pouvoir, sa veulerie, sa connerie, son intolérance, son amour de la routine, son incapacité chronique à tirer des leçons du passé.

 

theatre2-reduit.jpg

 

Cette prose serait désespérante n’était le regard affûté de l’humour beckettien. Un humour sec, dégraissé, qui attaque au plus près de l’os, et révèle l’absurdité humaine jusqu’à la moelle.


C’est précisément ce qu’a compris Pierre Helly. Intelligent, le bougre ! Il laisse ses acteurs faire suer aux mots tout le suc de l’ironie acide inoculée par Beckett.


Je n’ai jamais autant ri à une représentation de Fin de partie. Même Bouquet et Rufus m’avaient moins convaincu que « le malheur est la chose la plus comique du monde » ! Décidément, le Théâtre de l’Autre-Scène est une troupe avec laquelle il faut compter.


Robby interprète un Nag crédible, humain, trop humain. Bénédicte Costechareyre fantôme une Nell stupéfiante, usée jusqu’à la corde, prête à casser, déjà ailleurs… Pierre Chalaron, comme d’habitude, assume opiniâtrement son rôle – ici, l’immense personnage de Hamm. Mais il me pose un problème d’homogénéité de jeu. Sa composition est hétérogène, procède par foucades, manque de stabilité rythmique et me désarçonne. En termes plus triviaux : à certains moments, juste ; à d’autres, à côté.


Gérard Pachis, enfin, joue la partition de Clov avec une énergie incroyable, alimentée par une diction impeccable et naturelle, un talent évident et profond. Il prend plaisir à créer un clown sublime et désespéré qui emporte l’adhésion dès ses premières minutes en scène. C’est lui qui insuffle la pleine dimension comique du texte. En même temps, ce grand gaillard nous tétanise de compassion.


Le décor de Christine Boutley éblouit plus que jamais par son somptueux dépouillement. Il est parfaitement en osmose avec la pièce et révèle – si besoin était – le goût très sûr de cette plasticienne, qui accompagne l’Autre Scène depuis longtemps. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fin de partie, de Samuel Beckett

Théâtre de l’Autre-Scène, centre hospitalier de Montfavet,

2, avenue de la Pinède • B.P. 92 • 84143 Montfavet cedex

04 90 03 93 23

Mise en scène : Pierre Helly

Avec : Gérard Pachis, Bénédicte Costechareyre, Robby et Pierre Chalaron

Décor : Christine Boutley

Théâtre du Chien-qui-fume • 75, rue des Teinturiers • Avignon

04 90 85 25 87

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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