Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 19:10

Du rire de surface


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Au Théâtre Notre-Dame-Lucernaire, Camille Solal est seule en scène avec sa langue déployée en outil de justicière. Elle tue, en parlant, tous les odieux qui se trouvent sur sa route. « On peut se pendre avec sa langue ! », d’accord, mais j’attendais plus de profondeur d’un massacre verbal.

Le tract parle de sincérité, d’une femme qui a décidé de dire la vérité tout entière, avec humour et cruauté. Son but : un carnage. Son arme : sa langue. À double tranchant. D’abord, elle attendrit sa proie en se faufilant doucement dans sa vie. Elle y creuse sa place. Alors, sûrement, sa langue bien pendue assassine.

Bien sûr, les futurs exécutés sont horribles. Leurs portraits sont d’ailleurs bien dressés, et la comédienne se délecte de nous en faire rire. On reconnaît trop bien des gens que l’on a pu croiser. Cette vieille dame encanichée, trop bien-pensante et sèche, pour ne pas dire fasciste. Ou ce faux poète qui, entre deux fleurs bleues, se rue sur le téléphone rose pour parler grassement. La femme active greffée à son portable n’est pas épargnée, haute responsable et basse humaine. Régler ses comptes avec ceux que l’on exècre : quel programme excitant !

Malgré tout, le personnage ne touche pas. Le rire ne vient donc pas dans toute sa spontanéité. Il est plus provoqué par la pétulance maligne de la comédienne que par l’histoire qu’elle nous raconte. Le personnage, pour que l’on s’intéresse à lui d’une façon ou d’une autre, doit avoir un réel besoin de tuer. Or, il n’est pas habité par un conflit vital. Sa démarche paraît donc anecdotique. Sur une scène, on attend autre chose, on veut plus ! La profondeur, a fortiori dans l’humour, est nécessaire pour avoir accès à un rire entier, surprenant, voire désespérant. Pour qu’un bon spectacle ne soit pas qu’un bon spectacle, mais une étoile précieuse.

On peut se pendre avec sa langue ! avance sur un schéma systématique. 1º : L’horrible personne à abattre est dépeinte. 2º : L’héroïne s’insère dans sa vie. 3º : Moment M, la langue opère, et adieu l’horrible ! Puis on passe à un autre affreux jojo, 1º, 2º et 3º se répètent, et ça recommence, valsent les 1º, 2º, 3º… Les projecteurs suivent le rythme : ils s’allument et s’éteignent invariablement en zappant d’une situation à l’autre. La fin tendresse, au contact d’un enfant bien entendu, est trop attendue.

Le spectacle est pensé, construit. La comédienne est généreuse et précise. Il manque… de l’originalité pour la surprise, de la profondeur pour l’émerveillement. Mais ce n’est que mon sentiment, On peut se pendre avec sa langue ! n’est pas un mauvais spectacle, et les applaudissements ininterrompus reflétaient bien la joie d’une partie du public. 

Claire Néel


On peut se pendre avec sa langue !, de Joseph Agostini

Kapuch’prod • 57 bis, avenue Jean-Jaurès • 93120 Clichy

06 64 39 25 03

www.camillesolal.com

Mise en scène : Joseph Agostini

Avec : Camille Solal

Régisseur-compositeur : Frédéric Bry

Graphiste-décors : Florent Lenziani

Lumières : Laura Goncalves

Photo affiche : Agnès Janin

Théâtre Notre-Dame-Lucernaire-Avignon • 17, rue du Collège-d’Annecy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 06 48

Du 7 juillet au 1er août 2009 à 14 h 15

Durée : 1 heure

15 € | 11 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher