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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 22:16

Les rires fusent de bon cœur


Par Praskova Praskovaa

Les Trois Coups.com


Paris en août est une enclave de rêve où l’on a envie de flâner : une lumière ocre ravive l’histoire des pierres qui longent la Seine. Et les allées sublimes sans voitures sont occupées par quelques « Vélib » épars et des taxis vides. Une foule paisible erre avec sérénité, et l’on perçoit du bout de terrasses ensoleillées des bribes de conversation aux accents divers. Mes pas me guident vers le boulevard Bonne-Nouvelle pour une soirée impromptue au Théâtre du Gymnase - Marie-Bell.

Ce théâtre privé, qui dynamise ces programmations tout en cultivant une longue tradition stylistique du « boulevard », continue de produire et de recevoir des talents étonnants. C’est en découvrant la liste des acteurs qui ont fréquenté cet endroit, de Polanski à Coluche, en caressant du regard la figure dessinée par Jean Cocteau sur un mur des coulisses que l’on s’imprègne vraiment de cet égrégore * de virtuosité qui plane au-dessus les lieux. Pour cette soirée estivale, j’ai choisi une comédie légère de Dominique Coubes et Nathalie Viernes, Le siècle sera féminin ou ne sera pas…

Ce couple inséparable, Dominique Coubes et Nathalie Vierne, a cosigné cette allégorie familière. La pièce est bâtie sur un texte libre, ample, incisif, riche d’intimité et d’expériences privées. Présentée avec l’alibi d’un prétexte politique (ça se passe pendant des élections présidentielles), elle permet d’aborder les clivages féminins-masculins et leurs incohérences. Pourtant, malgré son contenu, ce n’est pas une pièce politique, ni une pièce féministe, même avec ce titre suggestif. Avec un budget important de 600 000 €, la production propose un décor conséquent avec une distribution prestigieuse et éclectique de 11 comédiens. Ceux-ci interprètent des personnages regroupant toutes les catégories socioprofessionnelles. Ce petit monde, toutes générations confondues, évolue dans une harmonie relative à l’intérieur d’un bâtiment haussmannien chic – très chic !.

Quant à la pièce, l’action est enlevée, soutenue par des couleurs vocales très marquées. Par ailleurs, les directives de mise en scène semblent avoir laissé à chaque comédien son libre arbitre pour amuser et distraire le public. Une ambiance harmonieuse règne sur le plateau. Les acteurs s’entendent, s’écoutent et se répondent pour notre plaisir et le leur.

Didier Gustin, attachant en P.-D.G. d’une petite P.M.E., prône des idées de gauche, il est le « Bill Gates » de ces dames, roule en Porsche et recueille les loyers de ces locataires. Paris tenu pour cet artiste au caractère trempé habitué des one-man-shows. Il dynamise ce rôle (un peu gentillet) par un corps délié et une grande diversité d’intonations. Engoncé dans sa dignité masculine, il me fait penser à ces hommes au cœur tendre dépassés par la situation.

Son épouse (Jessica Borio) est une prof de fac humaniste qui agite les idées sociales de la gente féminine de l’immeuble et « convainc les femmes pour convaincre les maris… ». Cette actrice dynamique a pris le train en marche, apprenant son texte en quatre jours. Elle nous offre une version virevoltante du rôle. Ces deux-là sont vampirisés par l’excellente comédienne Colette Teissedre, féroce en belle-mère décadente.

Je citerai également Pierre Aucaigne (inouï de drôlerie), Maxime (authentique révélation de cette distribution) et Doc Gynéco, plus vrai que nature.

Tout au long de la pièce, le débit du texte ne faiblit pas, et les rires fusent de bon cœur. Même les répliques vulgaires restent pondérées et ne dépassent pas un certain classicisme dans la trivialité et l’élocution. Le public est ravi. Il boit les mots comme un muscat bien frais. En tout cas, personne ne semble avoir eu mal à la tête. On regrettera seulement les cinq dernières minutes qui s’affaissent un peu. En effet, le ton final imposé par le résultat des élections relègue un peu l’euphorie générale. Il fallait bien qu’il y ait un gagnant à ces élections, mais était-ce le propos de ce vaudeville tonique ? 

Praskova Praskovaa


* Un égrégore (ou eggrégore) est, dans l’ésotérisme, un concept désignant un « esprit de groupe », une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les surréalistes, qui l’ont chargé d’un fort potentiel subversif.

Définitions étymologiques

1. Étymologie latine : ex (« sortant de »), gregs, gregis (« le troupeau, la foule »), et désinence or, eur en français (« celui qui agit »). L’égrégore serait donc le fruit actif, ou né de l’action, d’une foule.

2. Étymologie grecque : égrêgorein | egregoros qui signifie « veiller | veilleur a deux sens, il s’agit d’une part du nom d’un ange présent sur le mont Hermon dans les légendes juives, et d’autre part d’un concept ésotérique dont la définition approximative est celle d’« être collectif ».


Le siècle sera féminin ou ne sera pas…, de Dominique Coubes et Nathalie Vierne

Mise en scène : Dominique Coubes et Nathalie Vierne

Avec : Didier Gustin, Jessica Borio, Pierre Aucaigne, Doc Gynéco, Lucie Jeanne ou Patricia Kell, Isabelle Ferron ou Cerise, Maxime ou Philippe Cura, Kym Thiriot, Ingrid Mareski, Colette Teissedre, David Dubus

Décor : Norbert Journo

Lumières : Jacques Rouveyrollis

Théâtre du Gymnase - Marie-Bell • 11, boulevard Bonne-Nouvelle • 75010 Paris

Réservations : 01 42 46 79 79

http://www.theatredugymnase.com/accueil.html

Du mardi au samedi à 20 heures jusqu’au 2 janvier 2010

37 € | 29 € | 22 € | 16 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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