Émouvantes anamorphoses
À Carpentras, la Compagnie KIT présente un parcours-spectacle insolite dans l’Hôtel-Dieu, magnifique édifice du xviiie siècle en cours de rénovation. Plus qu’une visite guidée, une déambulation théâtrale et chorale, inventive et intelligente, qui ressuscite l’âme de cet ancien hôpital religieux, en fonction jusqu’en 2001, en attente d’une nouvelle vie.
Comme des fantômes surgis du passé, deux nonnes de la communauté des sœurs Augustines hantent les lieux de leur frêle silhouette voilée : « Ceux que nous étions sommes
devenus Histoire »… murmurent-elles à nos oreilles. Dès l’entrée aux murs couverts de donatifs – ces plaques commémoratives dédiées aux généreux donateurs –, la poésie opère.
D’une pièce à l’autre, des scènes dialoguées et chantées retracent l’histoire de l’édifice, construit entre 1750 et 1761 à l’initiative de Mgr d’Inguimbert, évêque éclairé de Carpentras.
Dans la pharmacie d’époque, à l’impressionnante collection d’herbes médicinales, un homme blessé vient se faire soigner : en pleine Révolution française, l’édifice est assailli par les
Avignonnais, en conflit au sujet du rattachement à la France. La façade porte encore les traces des tirs de canons. L’anecdote raconte que la bataille a été interrompue pour une pluie de grêle
providentielle, au profit des Carpentrassiens.
Bien plus qu’un cours d’histoire, l’originalité du texte d’Alain Ubaldi, auteur, metteur et scène et comédien de la Compagnie KIT, est de nous faire voyager dans le temps, du xviiie siècle à nos jours, jusque dans notre futur proche. Habités par des personnages échappés de son imaginaire, les lieux reprennent vie : la chapelle baroque vibre au chant a capella des deux magnifiques comédiennes. Dans le hall principal, un libertin, héritier de la philosophie des Lumières et fervent défenseur de la liberté individuelle, nous entraîne avec insolence vers la modernité. Au pied de l’escalier d’honneur, majestueusement habillé d’ombre et de lumière, le trio nous projette au cœur de la révolution industrielle, évoquant la personnalité d’Isidore Moricelly, industriel du xixe siècle et mécène de Carpentras.
Dehors, les ingénieux éclairages du scénographe Wilfrid Roche n’ont pas fini de nous surprendre. La cour de l’Hôtel-Dieu prend soudain des airs de cour d’Honneur du palais des Papes. Sur les tréteaux, une scène revisitée d’Ubu roi projette des ombres grandioses sur la façade. Émouvantes anamorphoses, qui transforment les personnages historiques en fabuleuses marionnettes, dans un ultime hommage au théâtre. Dernière étape de ce surprenant périple poétique, une scène de cabaret nous resitue dans le présent et chante les défis du futur : économie, écologie, avenir de la planète. Artistes engagés, Alain Ubaldi et ses deux muses nous interrogent, avec sérieux et fantaisie, sur notre propre responsabilité citoyenne. Plus qu’une leçon d’histoire, une leçon de vie. Car l’héritage du passé pose la question essentielle de la transmission : transmission du savoir, mais aussi transmission du monde aux générations à venir. Du haut de ses deux cent cinquante ans, la lourde porte de l’Hôtel-Dieu nous regarde. ¶
Estelle Gapp
Les Trois Coups
Visites en scène, visites-spectacles nocturnes dans le pays d’art et d’histoire Ventoux-Comtat venaissin
Visite de l’Hôtel-Dieu à Carpentras
Production : Communauté d’agglomération Ventoux-Comtat venaissin
Service tourisme et culture • 1171, avenue du Mont-Ventoux • 84200 Carpentras
04 90 67 10 13 ou 04 90 67 69 21
tourisme-culture@ventoux-comtat.com
Compagnie KIT • Villes-sur-Auzon
Contact : Alain Ubaldi | 06 78 23 60 24
Texte, chant et mise en scène : Alain Ubaldi
Avec : Gaël Fantini, Jane Bredeuillard, Alain Ubaldi
Scénographie et création lumière : Wilfrid Roche
Guides-conférencières : Nathalie Grosjean, Isabelle Magny
Réservation conseillée (limitée à 40 places)
Du 6 juillet au 15 août 2009 : les samedis à 21 heures
Durée : 2 heures
6 € | 3 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
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