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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Pour Marie Le Galès
Ce spectacle commençait mal. D’abord, un des comédiens, installé dans le public, tape la discute avec un spectateur sur la dure vie de célibataire, alignant d’insupportables poncifs pseudo-comiques dignes d’un mauvais one-man-show. Puis arrive un second prologue, avec cette fois la Madame Loyal de ce prétentieux « International Lovers’ Club », qui en fait des tonnes et qu’on a envie de chasser du plateau à coups de pied. Quand arrive Marie Le Galès. Et là, tout change.
Ceci est sans doute fait exprès ? Il semble en tout cas que le jeu souvent outré des deux autres comédiens soit conçu pour révéler toute la subtilité de celui de Mlle Le Galès. Celle-ci incarne Valérie, une femme qui poursuit une quête solitaire, écumant toutes les soirées de speed-dating de sa région, non pas pour trouver l’âme sœur, mais pour retrouver un homme. Celui qui a brisé la vie de sa jeune sœur Mouna.
Voilà pour le principal fil rouge. L’auteur double cette histoire d’une satire au ton plus léger sur ces rencontres qui sont comme le défilé d’une petite comédie humaine. Sous les yeux à la fois tendres et désabusés de Valérie passent des hommes, tous incarnés par le caméléon Delry Guyon. Ainsi, l’ingénieur beau gosse (style « je suis ce que j’ai »), le dragueur à lunettes de soleil et cheveux gélifiés, l’agriculteur benêt qui, à 32 ans, n’a toujours pas coupé le cordon avec « Maman », et enfin l’héritier qui, lui, ne souhaite rien d’autre que la mort de son riche papa. Or, peu importe le baratin du type assis en face d’elle, Valérie reste de glace. Et l’on s’aperçoit rapidement, grâce au jeu très intériorisé de Mlle Le Galès, de la domination absolue qu’elle exerce sur ces hommes, qui s’agitent et parlent vainement. Elle n’élève presque jamais la voix, et pourtant, c’est elle qui mène le jeu de bout en bout.
© Bernard-Michel Palazon
Un regard qui se baisse, un léger sourire au coin des lèvres, des jambes nonchalamment croisées sous la petite table, et voilà comment cette excellente comédienne donne à ce personnage de femme blessée une aura inquiétante. En elle, la douleur secrète mêlée de détermination sans faille du personnage trouve ainsi une incarnation remarquable de naturel.
Malheureusement, à vouloir faire cohabiter le comique (les scènes de speed-dating proprement dites) et le tragique (l’histoire de la vengeance de Valérie), la pièce perd en consistance et le rythme est parfois rompu, comme lors de certaines scènes trop longues. Je pense, par exemple, à une discussion entre deux personnages totalement opposés, la discrète Valérie et la prédatrice Wanda, au sujet de l’héritier que refuse Valérie et dont Wanda ferait bien son quatre-heures. Placer dans une même scène ces deux personnages qui semblent venus de deux pièces différentes n’est pas d’une pertinence probante… Le petit drame personnel de Wanda, mangeuse d’hommes en apparence, mais au fond avide de tendresse, ne nous émeut pas vraiment. De même, la fin de la pièce est consacrée à une longue scène d’agonie un peu lourdingue. Ces choses désagréables étant dites, on se laisse quand même prendre dans cette histoire nettement plus complexe que ne le laisse deviner son titre faussement léger. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Speed-dating, de Georges de Cagliari
Théâtre du Chaos • 5, rue Henri-Poincaré • 75020 Paris
01 43 61 90 05
Mise en scène : Sara Veyron
Avec : Delry Guyon, Marie Le Galès, Mélanie Mary
Comédienne vidéo : Rébecca Bonnet
Réalisation vidéo : Yasmine Hugonnet
Scénographie : Pierre Le Cacheux
Costumes : Karine Wehner
Décors : Les Artisans du spectacle
Création lumière : Lionel Mahé
Régie : Scott Frank
La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 96 28
Du 8 au 31 juillet 2009 à 18 h 30
Durée : 1 h 15
15 € | 10 € | 6 €
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