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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 21:33

Une rupture irrémédiable


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Un père et un fils, unis dans la vie mais désunis au théâtre. Connaître les liens filiaux, étrangement, permet une adhésion plus immédiate, car l’on sait, au-delà des barrières indépassables des personnages, une indéfectible entente. Acte de courage pour ces deux comédiens, qui prennent à bras-le-corps un sujet aujourd’hui brûlant. Dans ce combat entre le libre esprit et l’intégriste, de l’émotion certes, mais une argumentation, si elle est juste et convaincante, un peu trop construite pour un public déjà conquis. « Sans ailes et sans racines », de et avec Hamadi et Soufian el-Boubsi, ose parler de cette montée religieuse qui fait front à l’Occident. Sujet délicat mais nécessaire.

L’ensemble est assez manichéen. Mais peut-être que dans le monde d’aujourd’hui les rôles sont-ils ainsi distribués. Le choix de la mise en scène semble privilégier cette voie : le Bien et le Mal. Tabouret blanc contre tabouret noir, tenue blanche du fils et vêtements noirs du père. Le fils est assis, en « conscience », mains posées à l’avant de lui-même ou sur ses genoux, toujours droit, toujours digne, le regard fixe. Le père, dans une attitude plus relâchée, passe ses mains sur son visage, baisse et lève les yeux en quête d’une solution. On suppose ici qui est le plus en adéquation avec ses émotions, qui les renie le moins. On est d’emblée pour l’un et contre l’autre. Et les réactions dans la salle, discrètes mais présentes, aux paroles du fils, qui scinde le monde entre mécréant et bon musulman, montrent que, d’office, celui qu’on entendra, parce qu’il n’engendre pas la peur, est l’esprit libre, le père.

La structure est un peu trop didactique : le rêve du fils pressentant l’éloignement d’avec le père, le heurt des consciences, le rêve du père et la terrible douleur d’être meurtri par celui qu’il a élevé et qui dédaigne une éducation vouée à la tolérance, et la soudaine révélation des meurtrissures de l’intégriste qui l’ont conduit à être ce qu’il est. On adhère à tout. On se dit : quel courage, plus même, quelle bravoure de montrer aujourd’hui sur la scène ce qui doit être dit. Ce qui gêne, cependant, c’est que le message est trop tacitement un message. Mais, plutôt que d’être terriblement injuste, il faudrait reconnaître la valeur des hommes qui s’engagent à traiter un sujet si sensible. Quelquefois, l’émotion fleurissait. Néanmoins, la forme de l’affrontement – et, elle l’est de fait – était sans doute trop évidente.

« Sans ailes et sans racines » | © Véronique Vercheval

Les comédiens campaient des personnages bien déterminés. Et, l’on ne voudrait guère approcher l’un d’eux. C’est, d’évidence, celui qui prône la soumission à une règle, l’inégalité des hommes et des femmes, mais qui émet aussi quelques critiques douloureuses sur une société où il ne trouve pas et où on ne lui donne pas sa place. Le père, digne esprit des Lumières, tente, éperdument de convaincre celui qui dérive. Comme tous, j’ai vibré aux mots prononcés, car, bien que les arguments s’adressent à l’esprit, ils heurtent et le cœur y participe.

La fin est à double tranchant. Elle met en avant ce qui peut déterminer des comportements intégristes – libre à chacun de s’y pencher. Mais, le terme de la pièce crie une voie sans issue, car, même au sein des familles, il est impossible, quels que soient les sentiments les plus forts, de transiger avec la liberté. Dans cet ensemble sobre – décor et costumes –, l’engagement des comédiens était entier. Et, quoi que j’aie pu dire, il faut aller voir et entendre le père et le fils. Le propre d’une pièce engagée est de ne pas créer de certitudes ; on en sort avec des interrogations. 

Fatima Miloudi


Sans racines et sans ailes, de Hamadi et Soufian el-Boubsi

Avec : Hamadi et Soufian el-Boubsi

Lumières : Michel Delvigne

Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers-Sainte-Anne • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 07 99

Du 8 au 28 juillet 2009 à 13 h 30, relâche le 20 juillet 2009

Durée : 1 heure

14 € | 10 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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