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24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 12:22

« Alors, c’est ça, l’enfer. »

Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


Du 15 au 30 juillet, le Théâtre de la Clarencière de Bruxelles présente « Huis clos », de Jean-Paul Sartre. Une réussite, malgré l’inconfort criant de la salle – et pour les comédiens et pour le public.

huis-clos.gc.jpgTrois personnages – un homme et deux femmes – se retrouvent dans un endroit improbable, vidé de toute autre présence humaine ou animale. Leur unique obligation (punition ?) : vivre ensemble jusqu’à Garcin se pose en journaliste courageux, fusillé pour ses opinions pacifistes. Estelle se prétend une orpheline pauvre, qui aurait épousé un vieil homme riche pour « acheter » les soins qui permettraient à son jeune frère malade de recouvrer la santé. Quant à Inès, ancienne employée des Postes et lesbienne, apparemment la plus franche des trois, elle serait morte asphyxiée.…

La musique de fond de la pièce résonne à nos oreilles d’ici et maintenant, avec une redoutable et féroce actualité. Il suffit d’observer le monde tel qu’il se traîne de nos jours. Vous connaissez tous cette phrase terrifiante et lucide, dite sur un ton désabusé par Garcin, l’homme de Huis clos : « Alors, c’est ça, l’enfer. Je ne l’aurais jamais cru. Vous vous rappelez : le souffre, le bûcher, le gril… Ah, quelle plaisanterie ! Pas besoin de gril, l’enfer, c’est les autres. » On peut juger la conclusion sartrienne désespérante. En tout cas, deux choses sont sûres : « Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu » et « Tu n’es rien d’autre que ta vie ».

La mise en scène de Bernard Lefrancq se consacre à l’essentiel : la mise en valeur des comédiens et leur combat de mots. Un combat où tous les coups sont permis : coups de caresses comme coups de coutelas. L’enfer, vous dis-je.

France Quenon, même si elle joue un peu en force, est une tigresse rouée et lucide qui impose sa griffe sur le personnage d’Inès. Anne Mino, elle, un peu hystérique à mon goût au début, assume au bout du compte pleinement cette Estelle trouble et troublante. Quant à Marc Gooris, il compose hardiment un Garcin auquel on peut s’identifier facilement grâce au talent du comédien. 

Vincent Cambier


Huis clos, de Jean-Paul Sartre

Théâtre littéraire de la Clarencière • Bruxelles

www.laclarenciere.be

Mise en scène : Bernard Lefrancq

Avec : Marc Gooris, Anne Mino et France Quenon

Coproduction : Théâtre d’une pièce

Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • Avignon

04 90 86 17 12

Du 15 au 30 juillet 2006 à 16 h 15 heures (1 h 20)

12,50 €, 9,50 € et 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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