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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 20:36

Un habile dispositif scénique


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Depuis le début du Off 2009, Le Ring offre, devant des salles archicombles, la nouvelle mise en scène de ce qui fut déjà un succès en 2008 : « le Bonheur de la tomate » de Bernard Da Costa.

La scène représente un coin de campagne, dans ce qu’on imagine être la Provence. Là, vit Clémentine, une sorte d’ermite passionnée par la culture des tomates. Un habile dispositif scénique, fait de voiles blanches que l’on soulève successivement, permet de suivre la croissance des plants amoureusement choyés par la dame, d’un certain âge. Un jeu d’ombres chinoises laisse entrevoir l’espace d’intimité de Clémentine. Soudain, cette tranquillité bucolique est troublée par l’irruption de Karim, qui vient de s’échapper du centre fermé d’éducation proche.

De cette rencontre, improbable – on le croit du moins très longtemps –, entre cette vieille dame, très élégante dans son accoutrement bohème, et ce très jeune délinquant, mal embouché et déjà mis à vif par la vie, Bernard Da Costa a tiré une sorte de fable philosophique à deux voix. Clémentine entreprend de faire « grandir », ou « pousser » comme on voudra, le jeune Karim, comme elle conduit la croissance de ses tomates. La métaphore potagère peut paraître étonnante, mais elle se révèle efficace et surtout juste, si l’on excepte un petit passage (aux deux tiers de la pièce environ), où le propos m’a paru piétiner quelque peu. À moins que ce ne soit ma vigilance de spectateur qui n’ait été prise en défaut.

La mise en scène, très sobre, de Marie Pagès permet de se concentrer sur le dialogue entre les deux protagonistes, fait de moments de grande tension alternant avec des instants de pure grâce, où la tendresse réussit à s’immiscer.

Le jeu de Karim réussit à combiner la fébrilité, voire la nervosité, du jeune impatient, rétif à toute règle ou contrainte, et la nécessaire maîtrise que suppose toute action théâtrale qui ne peut être continûment paroxystique. Face à lui, la sérénité moqueuse (et feinte ?) de Clémentine, privilège de l’âge et de l’expérience sans doute, apporte la détente sans laquelle la tension dramatique serait insoutenable.

Si l’on sourit et si l’on rit dans cette pièce, la violence n’en est pas absente, car le discours de l’auteur n’est rien moins que lénifiant. On peut même croire que la bonne volonté de Clémentine est vouée à l’échec. Elle l’est, d’ailleurs, si l’on s’en tient au court terme, et il faut attendre l’épilogue pour découvrir un espoir bien tardif et quasi dérisoire. Mais pouvait-il en être autrement ? La culture des tomates, dont la générosité est pourtant évidente, est une longue patience comme l’éducation des humains, surtout si le terrain a été mal préparé.

Le Bonheur de la tomate procure beaucoup de joie aux spectateurs du Ring, et c’est logique, car nous avons affaire à un bon texte que servent admirablement deux bons comédiens. 

Jean-François Picaut


Le Bonheur de la tomate, de Bernard Da Costa

Une production de la compagnie Salieri-Pagès

Contact : leringavignon@free.fr

Mise en scène : Marie Pagès

Avec : Marie Pagès, Karim Hammiche

Lumière-scénographie : Jean-François Salieri

Construction du décor : Gilbert Gallo

Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 02 03

Du 8 au 31 juillet à 11 heures

Durée : 1 h 30

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups-Avignon - dans France-Étranger 1998-2014
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