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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 17:25

Warhol, blanc sur blanc


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Plus que jamais, le Off fait la part belle aux monologues et aux adaptations diverses. Tant qu’à faire, dans ce cas, autant partir d’un texte moderne et stimulant : pourquoi pas le journal d’Andy Warhol ? C’est ce qu’a dû se dire le metteur en scène Denis Lanois. Faisant le choix d’une théâtralité minimale, il nous présente un Warhol tel qu’en lui-même l’éternité le change.

Nous sommes à la fin de la vie du célèbre artiste new-yorkais. C’est un Andy Warhol diminué et se déplaçant avec peine qui nous est présenté, sous les traits de Vincent Leenhardt. Il se plaint de ses douleurs physiques, est constamment agité de spasmes nerveux. Invoquant l’agression dont il a été victime, il reste le plus souvent cloîtré chez lui. À partir de ces quelques données biographiques, Denis Lanois a fait le choix d’une mise en scène statique. Ce Warhol plutôt décrépit restera durant toute la durée du spectacle assis sur un canapé aussi immaculé que le costume qu’il porte. Une télécommande posée à ses pieds lui sert à actionner ce qu’on devine être une télévision.

Comme chacun sait, le plasticien n’était pas un homme de mots. « Je ne lis pas, je regarde les images », disait-il. Son journal, il ne l’a pas écrit lui-même, il l’a dicté par téléphone à sa secrétaire chaque matin, pendant les quinze dernières années de sa vie, pour ne pas oublier ce qu’il avait vu, entendu, dit, vécu la veille. Dans l’adaptation de Denis Lanois, Warhol ne téléphone pas, il s’enregistre. « Je suis comme un magnétophone sur lequel il n’y aurait que la touche “effacer” » prétendait encore l’artiste. Son magnétophone à cassettes – objet d’époque – lui sert aussi à écouter de la musique, jazz ou rock.

De quoi parle-t-il, ce journal ? Avec un goût délicieusement superficiel, il colporte anecdotes et ragots loufoques sur la jet set internationale des années soixante-dix, de Barbra Streisand à Sean Connery, en passant par les relations difficiles avec Lou Reed… À d’autres moments, des réflexions sur le devenir de l’art à l’âge industriel témoignent du talent visionnaire de Warhol. S’expriment aussi les paradoxes et les ambiguïtés d’un personnage à la pointe de la mode et vivant pourtant reclus. Ainsi est-on amené à constater que chez lui l’avant-gardisme se doublait d’une vraie fascination pour le mode de vie américain, l’égalitarisme du Coca-Cola et des grands magasins, et même d’une surprenante aspiration au conformisme.

Warhol s’était créé un personnage et donnait l’impression d’être constamment en représentation. Le mérite du spectacle est de saisir le moment où l’artiste, icône de la modernité, acquiert une dimension mythique. Vincent Leenhardt ne ressemble pas physiquement à Andy Warhol, ce qui en soit n’est pas très gênant. J’ai apprécié la dimension légèrement caricaturale qu’il a su donner à son personnage, de même que les « blancs » que le metteur en scène a su ménager. (« J’aime être un espace vide », dit le texte.) Certains passages, notamment la scène finale, sont très drôles. Dommage que le comédien ne se départisse pas d’un air un peu trop hautain, qui par moments le fait ressembler davantage à Édouard Balladur qu’à Andy Warhol ! 

Fabrice Chêne


Je ne m’effondre pas parce que je ne me mets jamais debout, d’après le journal d’Andy Warhol

Triptyk-Théâtre • 38, rue de Montaury • 30900 Nîmes

04 66 62 06 66 | 06 09 89 52 61

www.triptyktheatre.fr

ttk@triptyktheatre.fr

Mise en scène : Denis Lanoy

Avec : Vincent Leenhardt

Scénographe : Jacques Artigues

Visuel : Stella Biaggini

Chargée de production : Gislaine Seyer

Administrateur : Hervé Rathonie

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis, rue du Bourg-Neuf • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 17 90

Du 8 au 30 juillet 2009 à 14 h 15, jours pairs

Durée : 1 heure

15 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups-Avignon - dans France-Étranger 1998-2014
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