Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 18:28

Chaude ambiance pour
un musicien venu du froid


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


À Marciac, on vit au rythme du jazz, du matin au soir. Enfin, pas trop tôt le matin : il faut bien récupérer de la nuit qui peut être longue. Le festival bis, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, démarre à 11 heures et s’achève à 20 heures. On peut y écouter gratuitement les styles les plus divers, de la tradition la plus classique à la modernité la plus pointue en passant par tous les métissages imaginables. Si vous trouvez qu’il fait trop chaud sous les pavillons pour rester écouter ceux qui aspirent à écrire une nouvelle page de l’histoire du jazz ou si vous avez du temps libre avant d’aller voir, à 21 heures, sous le chapiteau, les géants qui ont déjà contribué à le faire, je vous recommande un petit détour par Territoires du jazz, le musée audiovisuel de Marciac consacré à l’histoire du jazz. C’est ce que j’ai fait aujourd’hui avant de me rendre aux concerts de Jan Garbarek et de Charles Lloyd.

De ce dernier, qui assurait la deuxième partie, je ne dirai rien. Je ne vais pas écouter un saxophoniste pour le regarder jouer des maracas, dos au public, le plus souvent. Et quand Charles Lloyd daigne souffler dans un de ses saxophones, il le fait avec un air si ennuyé qu’il a réussi à me rendre sa prestation barbante. Quel contraste avec la générosité de Sonny Rollins ou d’Omara Portuondo ! Pour autant, les trois jeunes musiciens qui l’accompagnent ont fait preuve d’un beau talent.

La salle venue écouter et voir Jan Garbarek, le saxophoniste norvégien, et son groupe, se divise manifestement en deux parties inégales : un bon tiers de connaisseurs, immédiatement sous le charme, et le reste, dont je fais partie, venu en curieux découvrir un musicien qui se produit pour la première fois à Marciac. On dit de Jan Garbarek qu’il est venu au saxophone en écoutant Coltrane, et sa carrière a pris son essor à partir du quartette de Keith Jarrett, auquel il a appartenu dans les années 1970. C’est dire le niveau d’attente du public.

Jan Garbarek et son groupe affectionnent les longues pièces – jusqu’à 20 minutes –, qui forment des séquences divisées en mouvements. La première séquence me paraît assez représentative de ce qui a été joué. Dans le premier mouvement, les sons, comme distendus, du saxophone ténor, accompagnés du bruissement des cymbales et des caisses, effleurées ou très légèrement, évoquent l’harmonie des grands espaces. Le soprano ouvre le second mouvement tandis que la basse de Yuri Daniel et la batterie de Trilok Gurtu semblent égrener le temps. Soudain, le son prend de l’ampleur avec les graves du clavier de Rainer Brüninghaus avant le retour à une sorte d’accalmie. On dirait que Garbarek travaille sur la lenteur et l’économie des notes, et il est clair que c’est moins le rythme qui l’intéresse que le son, la pâte, la matière sonore et son expansion dans l’espace. Le thème revient, au soprano, de façon quasi obsédante et le mouvement se conclut sur des sonorités orientales, travaillées avec de l’écho, modulées à la pédale ou à l’ordinateur. La musique de Garbarek est, en effet, beaucoup plus intellectualisante que ce que j’ai entendu jusqu’à présent à Marciac.

Dans le troisième mouvement, le rythme des percussions s’accélère, les claviers distillent une sorte de nappe sonore sur laquelle les notes suraiguës du soprano viennent s’inscrire comme en surimpression. Le quatrième et dernier mouvement se distingue surtout par un long solo de Trilok Gurtu, qui démontre sa virtuosité en jouant de la batterie avec sa main gauche et des percussions avec la droite. L’ensemble du public n’est pas encore convaincu, mais, manifestement, le Jan Garbarek Group a réussi à capter son attention.

Dans la deuxième séquence, un long prélude de la seule basse, dans un registre grave, marque la conquête définitive du public, qui se met à marquer la mesure en tapant dans ses mains. La chose se confirme lorsque Garbarek, au ténor, se met à jouer avec une mélodie, d’abord seul puis en dialogue avec le Steinway de Brüninghaus.

Si Garbarek est le leader incontesté de son quartette, chaque instrumentiste a son espace pour exister, et chacun peut voir que les trois autres musiciens ne sont pas de simples accompagnateurs. La preuve la plus évidente en a été administrée par un solo véritablement déchaîné de Gurtu, faisant son de tout ce qui était à sa portée, y compris un seau d’eau, ses flancs, son anse et son eau. Quand il se met à scatter, c’est le délire dans la jeunesse des gradins. Il s’amplifie encore quand Garbarek dialogue à la flûte avec son percussionniste scattant. On voit alors Garbarek, très froid jusque là, se mettre à sourire.

Dans le rappel, sur un morceau d’allure plus traditionnelle, il se met même à marquer franchement le rythme de tout son corps. Brüninghaus se détend à son tour et l’on sent quelque fantaisie passer dans son duo, au piano, avec Gurtu. La première partie a duré environ deux heures, et c’est un public heureux aux yeux brillants d’émotion qui s’ébroue, avant de se laisser couler dans l’entracte. 

Jean-François Picaut


Jan Garbarek Group, Jazz in Marciac

Site de l’artiste : www.garbarek.com

Avec : Jan Garbarek (saxophones et flûte), Rainer Brüninghaus (piano et claviers), Yuri Daniel (basse), Trilok Gurtu (batterie, percussions)

Charles Lloyd, Jazz in Marciac

Site de l’artiste : www.charleslloyd.com

Avec : Charles Lloyd (saxophone), Jason Moran (piano), Reuben Rogers (contrebasse), Eric Harland (batterie)

Marciac, sous chapiteau le 4 août 2009 à 21 heures

Festival Jazz in Marciac du 31 juillet au 16 août 2009

Tarifs des billets de 10 € à 60 €

Abonnements de 124 € à 410 €

Location : 0892 690 277 (0,34 € | min)

www.jazzinmarciac.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Azigurà 18/08/2009 14:40

Excellent concert de Charles Lloyd


Le concert de Charles Lloyd a été un de mes meilleurs concerts que j'ai vu à Marciac.
Je ne partage ABSOLUMENT pas du tout l'article de mr Picaut !
L'interprétation de Mr Lloyd est poèsie pure, qui atteint directement le spectateur par soin authenticité et : pas besoin d'effets sonores, reverbes ou jeux de scène. Ce n'est qu'une appréciation personnes certes mais les personnes avec qui j'ai pu discuter en fin de concert étaient également très émues . Thank you Master Lloyd !

Rechercher