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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Bouillon d’humour
La compagnie Royales marionnettes rajeunit le Guignol liégeois, dans un spectacle drôlement politique. Quand un va-t’en-guerre illuminé par Dieu s’en va délivrer le Moyen-Orient, l’actualité n’est pas bien loin.
Tchantchès est à Liège ce que Guignol est à Lyon… Cette marionnette est des plus populaires outre-Meuse : les enfants en raffolent ; ses aventures marquent leur imaginaire et construisent leur vision de l’histoire et du monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Ainsi, juste avant la Seconde Guerre mondiale, Tchantchès est mis au service d’un nationalisme teinté de nostalgie, reconstruisant l’histoire belge sous un mode des plus glorieux. Il devient le modèle du Liégeois gai, généreux, frondeur, travailleur… et symbole de l’esprit wallon.
Didier Balsaux se souvient de ce compagnon de son enfance alors que l’Irak est rangé par certains dans l’axe du mal. Désirant monter un spectacle sur la rencontre des cultures et des religions, il se rend avec Mélanie Delva en Israël et en Cisjordanie, rencontre habitants, militants d’ONG et artistes… et élabore à Jérusalem même une version revisitée de la première croisade et de son « héros », Godefroy de Bouillon.
© Namur Images
La Légende qu’ils nous proposent n’a de merveilleuse que le nom. Elle présente un Godefroy de Bouillon aux contours moins lisses et lumineux que ses hagiographies, qui tiennent souvent lieu d’histoire. Le « héros » est assisté par un fidèle valet en la personne de Tchantchès. Ce dernier est peut-être le véritable champion de l’histoire. Grand buveur de peket [genièvre], au pif « cyranesque » dû à un accident de jeunesse plus qu’à l’alcool, impertinent, frondeur, au grand cœur, modeste mais fier de ses traditions, prompt à s’enflammer pour une noble cause, Tchantchès accompagne son maître sur la route de Jérusalem, traversant massacres, pillages, et pires atrocités. Pris par la nausée des horreurs croisées à Antioche, il devient alors la conscience de son maître ivre de guerre et de sang versé.
Didier Balsaux et Mélanie Delva s’approprient avec talent les marionnettes à tiges, en rompant ce que le genre avait d’un peu figé. Ils cassent le « mur » qui sépare le marionnettiste de sa marionnette, jouent avec le décor, créent un univers sonore, interviennent dans la narration, interpellent le public. Ils subvertissent aussi un art forain traditionnel, devenu par moments outil de propagande nationaliste, pour en faire un éloge de respect et d’ouverture à l’autre, à la différence. Du bien beau – et plaisant – travail. ¶
Olivier Pradel
Les Trois Coups
La Légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon, de Didier Balsaux et Bernard Massuir
Compagnie Royales marionnettes • 21, rue de Long-Pré • 1360 Thorembais-les-Béguines • Belgique
32 (0)10 814878
info@lesroyalesmarionnettes.be
Mise en scène : Bernard Massuir
Avec : Mélanie Delva, Didier Balsaux
Création des marionnettes : Didier Balsaux
Musiques originales : Bernard Massuir
Scénographie : Évelyne de Behr, Jean Louyest
Costumes : Anne Bariaux
Lumières : Manu Maffei
Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers-Sainte-Anne • 84000 Avignon (sous chapiteau à Villeneuve-en-scène)
Réservations : 04 90 14 07 99
Du 8 au 24 juillet 2009 à 19 h 30, relâche les 13 et 20 juillet 2009
Durée : 1 heure
14,30 € | 11 € | 6 €
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