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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 00:13

Lourdeur


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Histoire d’adultères. Théâtralement, deux possibilités. La première : jouer à la manière d’un mauvais vaudeville. Alors, on se dit que le thème du couple, de la maîtresse et de l’amant est décidément bien galvaudé, bon à faire rire le bourgeois ou celui qui se fait une idée du théâtre par la petite lucarne de l’écran télévisé. La seconde : jouer de manière si légère que chaque trait devienne saillie, tour d’esprit et que l’histoire du couple ne soit qu’un reflet désopilant de tous ces couples qui cafouillent. La pièce de Dario Fo et Franca Rame, « Couple ouvert à deux battants », s’est malheureusement alourdie tant et plus.

Sur scène, deux chaises, assez éloignées, placées en sens contraire et une porte, découpée par un hublot, campent la situation. Un couple se déchire ; ce n’est pas la première fois. C’est lui qui sème le trouble avec toutes ses conquêtes. Jean moulant, chemise rose, coupe de cheveux des années 1970-1980, petite moustache et une mauvaise foi qui ne se dément jamais. En bref, à claquer. Elle, la femme délaissée, devenue acariâtre à force de quémander un regard ou une petite attention, enchaîne tentative de suicide l’une après l’autre. Toujours avortée. Alors, lui, évidemment, le sait ; elle aussi, d’ailleurs. Il ne reste donc que les demandes d’explications, le harcèlement, les moqueries, etc. Un couple qui tourne en roue libre.

Sauf que… monsieur a l’esprit large et propose un couple ouvert, espérant que madame ne saura en faire autant. Couple « moderne », donc. Le renversement attendu a lieu. La machinerie s’emballe et la mécanique déraille. Monsieur, à son tour délaissé ou croyant l’être, prend la mesure non pas de l’amour mais de l’abandon. Trame assez classique, qui met à découvert les petites misères. À nouveau, voilà monsieur derrière le hublot de la salle de bain. Même stratégie que son épouse : il opte pour le suicide. Sèche-cheveux au poing et slip léopard à l’entrejambe, il montre qu’il veut s’électrocuter. Parce que tout tient dans la visibilité de l’acte.

Le texte joue des grosses ficelles. Mais pour le jouer justement, encore faut-il lui donner l’allure d’un jeu. La double énonciation théâtrale montre qu’il s’agit bien là d’un jeu et oblige à dire le texte dans toute sa légèreté. Alors pourquoi avoir donné à madame un tel accent de drame ? Mais, qui a bien pu conseiller à la comédienne, Claire Duthieuw-Tuloup, de conserver, pendant une heure un quart, les mêmes intonations et la même gestuelle. Sa voix est grave – trop – et chevrotante. Elle semble extrêmement surfaite. Le ton traîne et lui donne un air de tragédienne. Le choix n’est vraiment guère judicieux. Le spectateur, lassé, n’attend même plus un effet de surprise. Quand les plaisanteries fusent, elles paraissent d’une lourdeur incomparable. Pourquoi rire, quand le mari, voulant reprendre possession de sa femme, se défroque et, en slip léopard, se jette sur sa proie, lui arrache sa petite culotte sous sa robe, et la conserve entre ses dents, posée sur son visage, en lâchant un grand « grrrrr »… Quand le jeu est si lourd, tout devient vulgaire. Si la pièce de Dario Fo est à connaître, il faudra attendre une autre fois pour pouvoir rire. 

Fatima Miloudi


Couple ouvert à deux battants, de Dario Fo et Franca Rame

Adaptation : Valérie Tasca

Mise en scène : Stéphane Eichenholc

Avec : Claire Tuloup-Duthieuw, Denis Duthieuw

Régie : Céline Chegaray

Décors : Patrick Scarrone

Théâtre du Grand-Pavois • 13, rue Bouquerie • 84000 Avignon

Réservations : 06 65 61 11 74

Du 8 au 31 juillet 2009 à 18 h 55

Durée : 1 h 15

16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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