ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« C’est au coup de cœur. »
Avant-dernier jour du Off 2009, à l’ombre des arbres du jardin des Halles. Il est dix-sept heures, et la chaleur accablante n’en démord toujours pas. Accompagnée par la musique des cigales, Anne Danais revient sur son parcours, sur ce que l’on pourrait appeler le rôle de sa vie, de toute une vie, celui de Mariette dans « Belle du seigneur » d’Albert Cohen. Encore touchée par l’impact de son interprétation sur le public, elle évoque l’urgence de ce spectacle et le temps qu’elle lui a patiemment accordé, puis dévoile quelques-uns de ses projets. En dépit de la fatigue, un regard pétillant et une générosité débordante. Sans la moindre hésitation : la plus belle rencontre de ce Off du Festival 2009.
Les Trois Coups. — Vous avez un parcours artistique très personnel et très varié. Pouvez-vous nous raconter
comment vous êtes venue au théâtre, comment vous l’avez intégré à votre parcours ?
Anne Danais. — Comment je suis venue au théâtre ? Par hasard, je dirai. Je n’ai pas eu d’éducation à la littérature, mais il y avait des livres chez moi. En revanche, le théâtre, c’est par la pratique. Et puis j’ai eu l’occasion de faire un stage, un week-end, ça m’a plu, et j’ai continué. Tout simplement.
Les Trois Coups. — Vous l’avez alors associé à d’autres pratiques ?
Anne Danais. — Je dis souvent que j’ai le sentiment d’avancer à l’envers. C’est un peu bizarre de dire ça. J’ai une envie, et cette envie m’amène à des constats (que je ne suis pas capable, que j’ai besoin d’un outil que je ne connais pas, ou de quelqu’un…). Et de fil en aiguille, le théâtre m’a amenée au chant. J’avais monté une troupe amateur, il y a trente ans de ça, et j’avais trouvé des partitions que je ne savais pas déchiffrer. Je me suis alors rendu compte que ça n’était pas si simple de chanter. Quand j’ai besoin de quelque chose, je vais le chercher…
Les Trois Coups. — Vous avancez comme ça, en autodidacte, pour approfondir…
Anne Danais. — Oui, oui, voilà ! Je ne me suis formée auprès de personne. Évidemment, j’ai fait des stages, mais d’une manière très ponctuelle.
Les Trois Coups. — Et le personnage de Mariette dans Belle du seigneur, c’est une belle rencontre pour vous ? Décisive, vitale même ?
Anne Danais. — Ah ça, oui ! Mais moi, je suis comme ça dans la vie aussi. S’il y a l’amitié, ça va être pour toujours. C’est au coup de cœur. Quand j’ai lu ce livre-là, j’étais complètement emballée. Et quand j’ai lu le passage de Mariette, j’ai aussitôt su que je voulais en faire quelque chose. Voir un texte si théâtral dans un roman… J’ai mis ça de côté et puis j’ai attendu. J’étais même allée à Paris dans un studio de maquillage pour voir si l’on pouvait me vieillir. Quand j’ai fait cette démarche-là, j’avais entre vingt-cinq et trente ans.
Les Trois Coups. — Ça vous trotte dans la tête depuis si longtemps ?
Anne Danais. — Oui, vingt-cinq ans.
Les Trois Coups. — On perçoit cet amour chez vous, des mots et des gens aussi. C’est ce que vous essayez de faire ressentir dans votre travail, à la Maison du Chat-Bleu ?
Anne Danais. — Oui, c’est exactement ça. La Maison du Chat-Bleu, c’est la concrétisation d’un rêve, ou plutôt d’une vision que j’avais. Il a vingt-cinq ans, je me voyais vieille, dans un lieu de passage, où il y avait de la musique, un lieu où l’on reçoit les gens, un lieu culturel. Avec un piano. Mais c’était seulement une image. Je n’en ai jamais parlé à personne. J’avais donc cette sorte de vision dans la tête, dont la Maison du Chat-Bleu allait être la concrétisation. J’ai habité treize ans à côté de cet endroit sans le voir. Et un jour, je me suis arrêtée, un jour où j’étais prête. J’ai vu une grille, une ancienne école de campagne. Voilà, mon parcours est fait de trucs comme ça. Mettre des choses en attente. Et un jour, crac, j’ai su que c’était ça. Aussi bien Mariette que cette maison m’attendaient.
© Joël Mathieu
Les Trois Coups. — Vous avez rencontré un grand succès au Off du Festival. Vous l’attendiez ?
Anne Danais. — Je vais vous dire une chose : je ne l’attendais pas. Je crois que je suis à un stade de ma vie où justement je n’attends plus. Je suis contente d’être là, j’ai reçu énormément, j’ai donné beaucoup aussi, mais c’est très serein. Bien sûr, il y a eu des prémices : je l’ai joué quinze fois à Paris, huit fois chez moi. J’ai quand même bien testé le travail, pour être sereine en arrivant ici. Enfin, sereine… On n’est jamais sûr de rien. Mais la peinture n’était pas trop fraîche, quand même. La tranquillité de la mémoire.
Les Trois Coups. — Vous voulez ajouter quelques mots pour la fin ?
Anne Danais. — La fin de quoi ?
Les Trois Coups. — De l’entretien, bien sûr ! [Rires.]
Anne Danais. — Qu’est-ce que j’ai à dire ? C’est super ! Surtout que j’ai l’âge de le jouer maintenant. Je peux le faire jusqu’à… jusqu’à… ma mort [rires]. De toute façon, je serai de plus en plus dans l’âge. Je ne pense pas que je puisse m’ennuyer avec une chose pareille.
Les Trois Coups. — Vous avez d’autres projets en tête ?
Anne Danais. — Oui. J’ai aussi un autre spectacle qui existe déjà, que j’aimerais mettre dans le même sillage que Mariette. Je me disais que je viendrais bien avec ça l’année prochaine. C’est un solo, ça s’appelle Ida. C’est un spectacle avec des histoires de femmes que j’ai glanées aussi comme ça, des choses que j’ai ramassées dans ma vie. En revanche, je l’ai fait avec une bande-son jusque-là. J’aimerais être accompagnée par mon fils musicien et qu’il soit « en direct ». C’est un personnage de clown… Un travail sur le féminin. J’ai ce projet-là, donc, et puis, plus loin, un autre travail avec Gilone Brun, une des plus grandes metteuses en scène françaises. Je pense qu’on va travailler ensemble. En attendant, je vais retourner à la Maison du Chat-Bleu. J’ai déjà quelques dates dans le coin, et même dans le département. C’est un spectacle qui touche beaucoup de gens, et ça me touche de toucher les gens. Et toutes les générations, et tous les milieux, et les hommes et les femmes. Beaucoup d’hommes très touchés. Je suis contente d’apporter ça. Faire du théâtre qui s’adresse à tous. Je suis comblée : ça fait du bien de faire du bien aux autres.
Les Trois Coups. — Il n’y a pas de doute, Mariette, c’est vraiment votre personnage.
Anne Danais. — Oui, c’est vrai. Mariette, juste avant d’entrer, je la convoque, et elle vient. Elle est là. ¶
Recueilli par
Claire Stavaux
Les Trois Coups
Les Soliloques de Mariette, extraits de Belle du seigneur d’Albert Cohen
Avec l’aimable autorisation des éditions Gallimard
Compagnie La Maison du Chat-Bleu
Coproduction le Théâtre de la Vieille-Grille
Mise en scène : Anne Quesemand
Avec : Anne Danais
Répétitrice : Jocelyne Guillemeteau
Création lumière-régie : Samuel Zucca
Diffusion : Catherine Schlemmer
Administration : Reine Michaud
Affiche : Laurent Berman
Photos : Joël Mathieu
Les Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • 84000 Avignon
Réservations : 06 45 94 56 12
Du 8 au 31 juillet 2009 à 12 h 30
Durée : 1 h 20
14 € | 10 € | 6 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires