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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 12:45

Courage, émotion et passion


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Trente ans après ses débuts dans la chanson, Anna Prucnal reprend la route et retrouve la scène. La comédienne-chanteuse, à moins que ça ne soit l’inverse, donne chaque soir un récital au Petit Louvre, salle Van-Gogh, en compagnie de son mari, le poète Jean Mailland.

La haute silhouette s’est un peu voûtée et amincie, mais Anna Prucnal arbore toujours, en guise de coiffure, cet invraisemblable champ de blé, lendemain d’orage. Chemise et pantalon noirs, courte veste blanche ornée d’une fleur noire, la démarche un peu hésitante, elle se lance dans la première chanson. Le charme de son accent inimitable agit toujours, même si la diction est moins précise. On retrouve aussi cette alternance de graves et d’aigus, mais ces derniers sont plus difficiles à atteindre et à tenir. Bref, le bel animal de scène a vieilli, mais il rugit encore, et le public ne va pas tarder à s’en rendre compte,  quand elle se lance, avec rage, dans C’était à Babelsberg.

Tous les textes des chansons de ce récital sont de Jean Mailland, qui lit lui-même quelques-uns de ses poèmes, en alternance avec les chansons interprétées par Anna, qui peut alors reprendre souffle. Tous ces textes, poèmes et chansons, n’ont rien perdu de leur intérêt, mais ils gagneraient à bénéficier d’une présentation un peu toilettée, notamment les poèmes qui méritent un interprète plus vif que leur auteur. Reste que ce vieux couple, éminemment complice, qui nous donne à voir son amour sur scène ne laisse pas d’être émouvant.

Plus le concert avance et plus « la Prucnal » semble prendre confiance en elle, portée par un public attentif et attendri. L’œil, toujours malicieux, s’enhardit. Force et humour dominent l’interprétation de la Valse de Brooklyn. L’émotion est palpable dans Élisabeth. Bleue la vie est interprétée sans micro, et la générosité éclate dans la Mañana.

La combattante revit dans Ma dissidence. Elle jette alors ce petit cahier d’écolier, tout écorné d’avoir été trop manipulé, qu’elle tenait serré dans sa main gauche parcheminée ou contre son cœur, bouée désormais inutile.

La fin du concert, avec Ivre-Vive et Luna Moon est tonitruante. Anna Prucnal, épuisée mais ravie du devoir accompli, peut saluer en compagnie de Jean Mailland et d’Antoine-Marie Millet, le pianiste impeccable, accompagnateur et arrangeur, complice d’Anna depuis 1985. Il ne lui reste plus qu’à inviter le public à partager un verre de cette « boisson tirée des grains d’orge », qu’elle semble apprécier.

Le public se sépare, ému par ce spectacle, à bien des égards poignant. Une petite troupe d’inconditionnels entoure les artistes, en quête d’une dédicace ou  heureux de partager des souvenirs. Une dame me confie : « Ce spectacle m’a beaucoup émue, mais j’ai, parfois, préféré fermer les yeux ». Son compagnon, venu retrouver l’Anna Prucnal des débuts, note que le rapport avec le public n’a rien perdu de sa force, pas plus que ce qu’elle chante. Un autre couple, qui découvre la chanteuse sur scène, dit : « On vient aussi voir Anna Prucnal pour ce qu’elle a été et l’histoire qu’elle continue d’incarner ». 

Jean-François Picaut


Anna Prucnal en concert

Contacts : scenedubalcon@aol.com (Harold David)

Avec : Anna Prucnal (chant), Jean Mailland (récitant), Antoine-Marie Millet (piano)

Le Petit Louvre, salle Van-Gogh • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 02 79

Du 8 au 31 juillet à 18 h 50

16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

arsenescu 12/08/2009 10:15

il n'y a rien à redire à l'interprétation d'Anna, pourquoi fuir les années, fermer les yeux c'est nier sa vie même
jean mailland n'est pas acteur, certes mais c'est leur histoire que ces deux là portent à bout de bras
et la complicité qui les lie ne peut être portée par un acteur.la fragilité de la Pruc la rend plus émouvante encore quand elle parle de ces révoltes et le commentaire du public que je retiens pour moi
c'est la réféxion d'une jeune femme qui disait que c'est bon d'entendre parler un peu de choses qui ne sont pas que décoratives
quand aux aigus, clairement on s'en fout

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