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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 00:02

Vive le swing !


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Après la soirée mythique offerte par Sonny Rollins, la programmation de Jazz in Marciac revient à ses normes : deux concerts par soirée. Deux big bands sont programmés pour ce soir, le Barcelona Jazz Orchestra avec Ann Hampton Callaway et le Lincoln Center Jazz Orchestra, sous la direction de Winton Marsalis. Du beau monde et du swing musclé.

La soirée s’ouvre avec une prestation du Barcelona Jazz Orchestra, ensemble de dix-sept musiciens, qui offre un très beau solo de saxophone ténor au seul Noir de l’orchestre. Puis, c’est l’entrée de la chanteuse, Ann Hampton Callaway : une grande femme, tout de noir vêtue (pantalon, tee-shirt et longue tunique avec des manches en résille), qui arbore à chaque oreille une longue pendeloque brillante. Elle attaque par une de ses propres compositions, et le ton est donné : beaucoup de rythme, avec une voix ample, généreuse, et particulièrement étendue. À la fin du morceau, elle salue le festival en français avant de flatter le public français… en anglais. Elle annonce, avec un débit très rapide, le morceau suivant, Lullaby of Birdland, qui dans son interprétation, rapide et rythmée, n’a plus rien d’une berceuse. C’est l’occasion de son premier « scat ».

Alors qu’elle s’apprête à interpréter un morceau de Cole Porter, un incident se produit avec son micro. On lui en apporte un autre, qui n’est pas immédiatement opérationnel : le public proteste, mais, avec aplomb, elle fait quelques essais sur deux ou trois mesures de la Vie en rose. Elle a gagné, définitivement. Après Porter, elle annonce une imitation de quelques grandes chanteuses américaines. Celle de Billie Holiday, sous influence ou non, est particulièrement réussie. C’est que, au talent de chanteuse, elle ajoute un fort tempérament de meneuse de revue. Ainsi, ne manque-t-elle jamais de nommer le musicien qui vient de prendre un solo. Elle plaisante sur son nom, en évoquant son admiration pour Lionel Hampton et Cab Calloway, puis se lance, en scat, dans une étourdissante imitation de trompette.

Ann Hampton Callaway | © X. D. R.

Les morceaux s’enchaînent : Mister Paganini, Route 66 de Nat King Cole, Over the Rainbow – avec un long passage a cappella, très applaudi –, Diva Benediction, présenté comme « special gift », Romance, Come Back to Me et enfin un blues. Déjà une heure et demie de spectacle, mais le public, conquis par cette voix, cette aptitude au scat et ce punch incroyable, en redemande. La chanteuse s’excuse : il faut laisser la place à Winton Marsalis. La longueur des applaudissements vient confirmer à l’équipe de Jazz in Marciac qu’elle a bien fait de réinviter Ann Hampton Callaway, déjà programmée à Marciac en janvier dernier.

Après l’entracte, le Lincoln Center Jazz Orchestra, l’orchestre dirigé par Winton Marsalis, fait son entrée. Il s’agit aussi d’une grande formation de 15 musiciens, noirs et blancs, jeunes et personnes d’âge canonique mêlés. Le maître, arborant une splendide cravate mauve, est modestement assis au centre du dernier rang. C’est lui qui prend le premier solo, et le niveau est donné : grande vitesse d’exécution et aigus percutants.

Winton Marsalis | © Clay McBride

La section rythmique et celle des saxophones commencent le morceau suivant, Blues Walk, relayées par les trombones. Puis, c’est l’entrée des trompettes et un grand tutti avant un superbe solo de saxophone alto, qui sait trouver le ton de la confidence au milieu du déferlement de tous ces cuivres. Tous les instrumentistes du Lincoln Center Jazz Orchestra sont des solistes, et chacun le prouve par un ou plusieurs solos de belle longueur. Au milieu du concert, un morceau déchaîne l’enthousiasme du public : on jurerait une imitation de tous les cris de la jungle – barrissements, rugissements, feulements, etc.

L’orchestre excelle dans les reprises de standards comme dans les compositions originales aux échos de musique contemporaine. Il faudrait rendre compte de chaque intervention. Je me bornerai à noter l’excellence, dans l’humilité, de chaque solo de Winton Marsalis. La fin du concert voit le public debout, applaudissant à tout rompre. Son enthousiasme arrache deux bis. Pour le second, les spectateurs ont quitté leurs chaises et oscillent sur place au rythme d’un swing impeccable, en attendant de revoir Winton Marsalis en octette, le jeudi 6 août. 

Jean-François Picaut


Ann Hampton Callaway et The Barcelona Jazz Orchestra

Avec : Ann Hampton Callaway (voix), Ivó Ollé (trompette), Dennis Hernández (trompette), Matthew Simon (trompette), Alberto Perez (trompette), Dani Alonso (trombone), Josep Tutusaus (trombone), Jordi Gimenez (trombone), Sergi Vergés (trombone), Víctor De Diego (saxophone), Juli Aymí (saxophone), Xavier Figuerola (saxophone), Pep Pasqual (saxophone), Joan Chamorro (saxophone), Ignasi Terraza (piano), Manel Alvarez (contrebasse), Jean-Pierre Derouard (batterie)

www.annhamptoncallaway.com

http://bjo.cat/

The Jazz Lincoln Center Orchestra

Avec : Wynton Marsalis (trompette, direction), Sean Jones (trompette), Marcus Printup (trompette), Ryan Kisor (trompette), Walter Blanding (saxophone), Sherman Irby (saxophone), Francesco Cafiso (saxophone), Victor Goines (saxophone), Joe Temperley (saxophone), Vincent Gardner (trombone), Chris Crenshaw (trombone), Elliot Mason (trombone), Dan Nimmer (piano), Carlos Henriquez (contrebasse), Ali Jackson (batterie)

www.wyntonmarsalis.org

Marciac, sous chapiteau le 1er août 2009

Festival Jazz in Marciac du 31 juillet au 16 août 2009

Tarifs des billets de 10 € à 60 €

Abonnements de 124 € à 410 €

Location : 0892 690 277 (0,34 € | min)

www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

le tof 24/08/2009 17:37

désolé de ne pas partager votre enthousiasme sur la prestation de Ann Hampton - on s'est ennuyé ferme dans une bonne partie de la salle- elle a fait le job sans aucune chaleur ni conviction nous assénant quelques superlatifs sur la soirée qui ne sont venus qu'avec Wynton - elle a écourté la plupart des solos de l'ochestre qui aurait mérité meilleure accompagnatrice

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