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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 23:45

Terrible et puissant


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


« Douze hommes en colère », donc douze hommes sur scène. Sacrée décharge de testostérone sur la plateau de L’Adresse. Le lieu mutualiste qui réunit des compagnies du Languedoc-Roussillon accueille chaque soir cette pièce de Reginald Rose, par la compagnie montpellieraine Vertigo. Un vrai choc, théâtral et humain. Un spectacle urgent.

Ils sont réunis pour trancher en une fin d’après-midi orageuse. Décider, en tant que jurés, si le gamin de 16 ans dont ils ont suivi le procès est bel et bien coupable du meurtre de son père. Tout l’accuse. Les faits, les témoignages, les analyses psychologiques. Le vote devrait donc être rapidement réglé, promettant l’accusé à la chaise électrique. Il fait chaud. Il fait lourd. L’un d’entre eux avoue son doute. Et vote non coupable. Ce qui aurait dû être une décision évidente devient alors une lourde machine de conscience et de responsabilité. Et nous plonge dans des interrogations bien plus vastes, et profondes, que la question de cette culpabilité (ou non) : qu’est-ce-que la justice des hommes ? les différences ? le racisme ? La violence se cache-t-elle en chacun de nous ? Car, sous ce vote-là, sous cette nuit lourde et moite, c’est une véritable plongée dans les tréfonds de l’âme humaine qui nous est proposée. Entre ombre et lumière, entre humanité et animalité. Une plongée dont on ne ressort, à leur image, pas indemne.

Lorsque nous entrons, ils sont déjà sur scène. Nous attendent. Répartis sur le plateau, et tous vêtus d’un même costume blanc. L’image est superbe. Puissante. Puis elle prend vie, et on découvre des hommes sous le vernis du tableau figé. Des hommes de classes différentes, d’âges différents, de caractères différents. Les douze comédiens qui interprètent ces jurés sans nom, dont on ne connaît que le chiffre (« juré numéro… »), se livrent à une performance assez ahurissante. La vie est toujours là. Tout le temps. Partout. Étant toujours sur le plateau, ils sont toujours en jeu. Ne quittent jamais, pas une seconde, leur personnage. Bourrés de tics pour certains, qui parlent seuls pour d’autres, qui regardent, écoutent, interviennent, réagissent. On n’entend pas tout ce qu’ils se disent. Peu importe, car on les voit tellement vivre que peu à peu on se sent, nous aussi, membres de ce jury. Par un procédé assez époustouflant, Fred Tournaire, qui signe la mise en scène, nous propose une place de spectateur inédite, et ambivalente. Effectivement, on oscille en permanence entre la sensation éprouvante de faire partie de ce jury, d’abolir totalement le quatrième mur, et celle, jubilatoire, d’assister tel un infiltré à un moment hautement privé, et confidentiel. L’impression est bluffante, le choc en est d’autant plus fort.

Car si Douze Hommes en colère propose une réflexion sur des thèmes brûlants et nécessaires, c’est sans jamais rien imposer. C’est là la grande force du spectacle. Rien de didactique, juste de la chair. Des hommes qui se débattent, se battent, cherchent, doutent. Au plus crû de leur humanité. Les comédiens font preuve d’une humilité et d’une écoute rares et ne surfent jamais sur la vague du cabotinage, là où le rire (parfois gêné) du public pourrait les y inviter. À l’image du travail de Fred Tournaire, dont l’intelligence est de savoir disparaître complètement. La vie est partout. La mise en scène nulle part. Aucune patte, aucune empreinte, et pourtant tout coule dans l’évidence. Cette discrétion-là scelle la sensation tenace d’avoir vécu, face à ce spectacle, un moment d’exception, rare et unique. Plus qu’un spectacle, Douze hommes en colère est une expérience. 

Élise Noiraud


Douze hommes en colère, de Reginald Rose

Compagnie Vertigo • 14, rue Dom-Vaissette • 34000 Montpellier

04 67 41 19 83

compagnie.vertigo@gamil.com

Metteur en scène : Fred Tournaire

Avec : Cyril Amiot, Philippe Baron, Jean-Michel Boch, Claude Colonge, Éric Colonge, Bela Czuppon, Julien Guill, Laurent Joly, Didier Lagana, Grégory Nardella, Marc Pastor, Sébastien Portier

Univers sonore : Tony Bruneau

Chargée de diffusion : Anna Milani

L’Adresse • 2, avenue de la Trillade • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 92 22

Du 8 au 31 juillet 2009 à 21 heures, relâche les 16 et 25 juillet 2009

Durée : 1 h 30

15 € | 11 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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