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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 17:15

Brigitte Lafon, la diva

qui fait rire


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Les cantatrices ont la réputation d’être capricieuses. Un euphémisme en ce qui concerne celle qu’incarne en connaissance de cause Brigitte Lafon, elle-même chanteuse lyrique renommée. Sa diva se révèle au minimum… narcissique, azimutée, passablement mégalomaniaque et surtout très drôle. Une bonne leçon d’autodérision en même temps qu’un tour d’horizon déjanté des grands tubes de l’opéra.

Premier constat : Brigitte Lafon chante… Comment dirais-je… Bien. Elle qui a déjà arpenté les plus grandes scènes déploie une technique sans faille et se montre à l’aise dans tous les registres, ce qui n’est pas peu dire quand on pense que pas moins de vingt compositeurs sont passés à la moulinette au cours de cette heure et quart de spectacle. En vrac, Haendel, Rossini, Fauré, Verdi ou encore Gounod. C’est dire l’éclectisme du programme.

Deuxième constat : Brigitte Lafon est drôle. La chanteuse et ses deux complices font feu de tout bois, tantôt en illustrant au pied de la lettre les paroles de certains morceaux (« Ça fait peur aux oiseaux »), tantôt en utilisant, hors la musique, des formes de comique visuel plus burlesques. Je pense à une scène au cours de laquelle la diva engloutit un chamallow aussi voluptueusement que le fait la baigneuse du Bain turc d’Ingres avec son loukoum… Ce qui est certain, c’est que le plaisir de Brigitte Lafon à flinguer joyeusement tout le répertoire classique est contagieux et qu’elle sait créer un lien chaleureux avec le public.

« Show de divas » | © Jean-Claude Lemée

Il faut dire que la dame est bien entourée, si l’on peut parler ainsi des deux zigomars qui n’ont de cesse de perturber le bon déroulement du récital de la diva. D’un côté, on trouve un inénarrable pianiste qui endosse tous les rôles : accompagnateur, souffre-douleur de sa cyclothymique patronne, mais aussi empêcheur de vocaliser en rond soucieux d’imposer son propre répertoire. Dans ce rôle non moins déjanté que celui de la diva, Pierre Quintelier fait preuve lui aussi de grandes qualités musicales et de beaucoup de fantaisie. On sent chez lui un grand potentiel comique qui ne demande qu’à s’exprimer davantage. C’est aussi le cas du troisième larron, qui est un peu le Pierrot lunaire de l’histoire. Imaginez un technicien en bleu de travail avec un grand sourire et une coupe de cheveux aussi improbable que le Carmen version rap entonné par ses deux compères. Or, mine de rien, Francis Kagenaar-Larrière nous gratifie de quelques-uns des plus jolis moments du spectacle, comme cet inattendu O Solitude de Purcell.

Dommage que tout cela manque un peu d’un liant dramatique consistant et que la mise en scène reste, finalement, assez sage. En outre, un des buts affirmés du spectacle est de familiariser les spectateurs néophytes avec l’art lyrique, mais en réalité nombre d’effets comiques ne peuvent faire rire que les déjà initiés, même un tout petit peu. Beaucoup de numéros comiques sont des pastiches d’airs d’opéras connus, et c’est à ce titre qu’ils font rire. En outre, à vouloir dédramatiser ainsi à tout prix le chant lyrique, n’induit-on pas en erreur les spectateurs ? Cela ne risque-t-il pas de faire dire aux novices qu’en effet tout ce tralala caricaturé par la diva est bien risible ? Heureusement, certains passages, au-delà de la farce, suggèrent à quel point l’opéra peut réellement ravir les sens : ce sont, paradoxalement, les extraits d’opérettes, qui ne font pas l’objet d’un détournement et sont drôles tels quels. C’est dans ces moments-là que l’on sent à quel point Brigitte Lafon, avec sa grande expressivité et son sens de l’autodérision, doit être une remarquable interprète dans ce registre léger. 

Céline Doukhan


Show de divas, de Brigitte Lafon

Show de divas • La Bosse • 44630 Plessé

02 40 79 62 99

contact@brigittelafon.com

www.showdedivas.com

Avec : Brigitte Lafon, Pierre Quintelier, Francis Kagenaar-Larrière

Lumières : Philippe Arbert

Théâtre des Corps-Saints • 76, place des Corps-Saints • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 16 07 50

Du 8 au 31 juillet 2009 à 21 h 30, relâche les 21, 22 et 23 juillet

Durée : 1 h 20

15 € | 10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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