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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’équilibre des forces
Église Saint-Germain-des-Prés, il est 20 h 30. Les vitraux voient le soleil s’éteindre et les murmures montent sous la nef. Le public est nerveux, l’attente est forcément grande. Le « Requiem » de Mozart est un programme qu’on ne présente plus tant sa mythologie est étroitement liée à celle du génie total de Salzbourg. Ce tête-à-tête avec la mort, humblement dirigé par Frédéric Loisel et porté par le chœur du festival Musique en l’île, reste une expérience d’une grande intensité.
Ironie de la programmation, Joseph Haydn assure la première partie. Lui qui aujourd’hui peine tellement à sortir de l’ombre de ses contemporains, parmi lesquels Mozart
et Beethoven. Sa Symphonie 45 dite « des Adieux » nous emmène au cœur des turbulences du préromantisme. Un tumultueux voyage introspectif ponctué par les syncopes des
premiers mouvements et le très émouvant adagio final, où chacun des musiciens quitte progressivement la scène pour ne laisser que les deux premiers violons. Somptueux.
Place au Requiem. Cet opus légendaire, commandé anonymement par le comte Walsegg, et au sujet duquel Mozart confiera : « Cela est certain, c’est pour moi que je fais ce requiem, il servira à mon service mortuaire ». Dans cette conversation intime avec la mort, tout se joue dans l’équilibre entre la force et la grâce, l’angoisse et l’espérance. Une vision contrastée qui place la barre très haut pour les musiciens et les chanteurs. Sans être une démonstration de virtuosité, le Requiem demande de projeter tout ensemble le caractère et l’émotion.
Le chœur prend place derrière l’orchestre. On le sait, c’est lui la vraie star du Requiem. Cette voix universelle qui implore un dieu tout-puissant et qui fait se dresser les poils derrière la nuque. Les musiciens s’accordent. Puis l’église se remplit de silence. Les premières mesures de l’« Introït », sombres et jouées dans l’urgence, nous précipitent dans les ténèbres. Le chœur remplit l’espace. On y est. Et si la fuite du « Kyrie » souffre d’une légère précipitation, le « Tuba mirum » offre une jolie respiration grâce au souffle grave du soliste Julien Fanthou. Un joli calme avant la tempête.
L’explosion du « Rex tremendae » tant attendue ne déçoit pas. Le chœur, bien qu’inégal, reprend la main et nous projette dans l’angoisse du Jugement dernier. Le « Recordare » offre à nouveau une note d’espoir portée par la légèreté et le naturel de la soprano Marlène Assayag et de la mezzo-soprano Claire de Saint-Rémy. La pureté des timbres se veut rassurante et annonce un retour de flammes. C’est l’heure du « Confutatis ». Un climax qui secoue le chef d’orchestre Frédéric Loisel et nous avec. Le chœur supplie et nous entraîne avec lui au bord de l’abîme.
Le coup de grâce tombe enfin avec un « Lacrimosa » bien orchestré, qui va chercher l’émotion avec élégance. Du beau travail donc, et malgré quelques éléments parfois dissonants dans le chœur, le public est bel et bien transporté. Comme s’il nous avait été donné de voir quelque chose qu’on ne peut nommer. Ah, le divin Mozart !¶
Ingrid Gasparini
Les Trois Coups
Messe de requiem en ré mineur, de Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie nº 45 en fa dièse majeur, de Franz Josef Haydn
La Toison d’art • 31 bis, avenue Gambetta • 75020 Paris
Direction : Frédéric Loisel
Avec : Marlène Assayag (soprano), Claire de Saint-Rémy (mezzo-soprano), Edmond Hurtrait (ténor), Julien Fanthou (basse), l’orchestre de l’Académie de l’Île-Saint-Louis, le chœur du festival Musique en l’île
Réservations : 01 44 62 00 55
23e festival Musique en l’île 2009
– Samedi 1er août 2009 à 20 h 45 et dimanche 2 août à 17heures : œuvres d’Albinoni, Bach, Haendel et Vivaldi, église Saint-Louis-en-l’Île
– Mardi 4 août 2009 à 20 h 45 : Salve Regina de Pergolese, cantates d’Haendel, concertos le Printemps et l’Été de Vivaldi, église Saint-Germain-des-Prés
– Dimanche 9 août 2009 à 17 heures : œuvres d’Haendel et d’Henry Purcell en présence du contre-ténor anglais Iestyn Davies, église Saint-Louis-en-l’Île
Samedi 15 août 2009 à 17 heures et dimanche 16 août 2009 à 17 heures : Salve Regina de Vivaldi et Suite en si mineur de Bach, église Saint-Louis-en-l’Île
– Vendredi 21 août 2009 à 20 h 45, autour de Jean-Sébastien Bach, « L’architecte de la musique », église Saint-Germain-des-Prés
– Samedi 22 août 2009 à 20 h 45 et dimanche 23 août 2009 à 17 heures, Nuit blanche à Saint-Pétersbourg avec Les Voix de la Neva, église Saint-Louis-en-l’Île
– Vendredi 28 août 2009 à 20 h 45, Requiem de Mozart et chants orthodoxes russes, église Saint-Germain-des-Prés
– Samedi 29 août 2009 à 20 h 45 et dimanche 30 août à 17heures : œuvres de Tallis, Victoria, Purcell, Holst, Britten, église Saint-Louis-en-l’Île et temple protestant de l’Oratoire-du-Louvre
– Dimanche 13 septembre 2009 à 15 heures : Gloria et motet In furore de Vivaldi, église Saint-Roch
De 12 à 30 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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