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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 19:17

La légèreté, pour le pire
et le meilleur


Par Lorène de Bonnay

Les Trois Coups.com


Après avoir joué « Sad Face, Happy Face » au Festival de Salzburg en 2008, Jan Lauwers & Needcompany présentent leur trilogie à Avignon. « La Chambre d’Isabella », « le Bazar du homar » et « la Maison des cerfs » ont été assemblées au fur et à mesure du travail que Lauwers a construit dans le temps. Loin de former une réelle unité, les trois pièces se révèlent même franchement inégales.

« la Chambre d’Isabella » | © Éveline Vanasshe

En 2004, Jan Lauwers triomphe à Avignon avec sa nouvelle création, la Chambre d’Isabella. Inspirée par la mort de son père, la pièce met en scène une femme contemporaine qui dialogue avec des membres de sa famille décédés. Centenaire, aveugle, elle vit dans une chambre peuplée d’objets ethnologiques ayant appartenu à son père. Un espace à la fois mental, muséal et dramatique. L’histoire d’Isabella, qui couvre l’Histoire d’un siècle tragique, se décline sous forme de récits hétéroclites, de chants choraux ou de ballets chorégraphiques. L’absurde se mêle à l’aérien, le banal au poétique. La scène se trouve envahie de signes (plastiques, sonores, textuels) et les espaces de jeu foisonnent. Sans parler de la présence des acteurs – personnages ou performeurs – qui irradient constamment.

L’écriture de Lauwers, faite d’adresses au public, de ruptures de tons allègres et de télescopages spatio-temporels, empêche tout pathos. Elle brise la linéarité de l’histoire pour mettre en jeu la fiction et, par là même, interroger la fonction du théâtre. Mais, surtout, sa troublante légèreté dit la profondeur de la vie. La peur de souffrir d’Isabella. L’angoisse de la mort qui sourd.

« le Bazar du homard » | © Éveline Vanasshe

Si la légèreté et la surabondance d’effets (décors, chant, danse, objets d’art, textes divers) ont du sens dans la Chambre d’Isabella, c’est loin d’être le cas dans le Bazar du homard. Cette deuxième pièce de la trilogie – également créée pour Avignon en 2006 – traite encore d’une histoire de deuil familial. Mais, cette fois, il n’existe plus aucun fil narratif directeur. La scénographie (œuvres abstraites en guise de décor) figure d’ailleurs l’emboîtement des récits. La pièce évoque non plus le passé, mais un futur cauchemardesque : Axel, un généticien qui perd son fils, parvient à créer un clone humain. Sur scène, un ours cloné qui semble tout droit sorti d’un cartoon, déambule. Quant à Salman (le bien nommé fils cloné), il copule avec une prostituée avant d’incendier un hôpital… Jan Lauwers a voulu faire cohabiter Disney et Duchamp dans son théâtre : un mariage fantaisiste qui sonne creux ici. En dehors d’un monologue intéressant sur l’ennui existentiel (situé dans l’épilogue), le propos de ce Bazar est bien trop léger.

« la Maison des cerfs » | © Maarten Van den Abeele

Mais la Maison des cerfs l’est bien davantage encore. Cette fois, l’inspiration de Lauwers semble s’être étiolée. Le point de départ de la représentation est la mort du frère d’une des danseuses de la Needcompany – alors en pleine tournée. Le jeune homme était photographe de guerre au Kosovo. La pièce met donc en scène une troupe de théâtre confrontée, dans ses propres fictions, à la guerre et au deuil. Les acteurs se travestissent en lutins de contes de fées, en gardiens mythiques de cerfs en caoutchouc, et tentent de dérouler leur fable. Mais le récit explose. Les déconstructions et mises en abyme, loin de servir un message fort, forment un ramassis d’éléments surréalistes. La scénographie a beau être spectaculaire, la présence scénique des comédiens indéniable, le talent des danseurs, performeurs, musiciens et techniciens de toutes nationalités inouï, ça ne prend pas. Cette légèreté-là est insupportable. Même pas insoutenable. Quel dommage. 

Lorène de Bonnay


Sad Face, Happy Face

Théâtre-danse-musique

Needcompany • Hooikaai 35 • 1000 Bruxelles, Belgique

+ 32 485 35 86 96

Elke Janssens | elke@needcompany.org

www.needcompany.org

Texte, mise en scène et scénographie : Jan Lauwers (Bruxelles)

Assistanat à la mise en scène : Elke Janssens

Avec : Grace Ellen Barkey, Anneke Bonnema, Hans Petter Dahl, Viviane de Muynck, Misha Downey, Julien Faure, Benoît Gob, Tijen Lawton, Maarteen Seghers, Inge Van Bruystegem

Musique : Hans Petter Dahl, Marteen Seghers

Lumière : Ken Hiocco

Son : Dré Lemm

Costumes : Lot Lemm

Production : Luc Galle | Needcompany

Chateaublanc-parc des Expositions • 84000 Avignon

Du 12 au 18 juillet 2009

Durée : 6 h 30, entractes compris

47 € | 39 € | 20 €

Tournée :

– deSingel, Anvers le 20 décembre 2009

– M.C.2 Grenoble le 20 mars 2009

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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